mardi 25 août 2009

Le capital des mots n°17 (mai 2009)

Revue de poésie contemporaine animée par le poète Eric Dubois
extraits

onde

sonatine longue à léguer
au plus offrant au plus offert
pour en couler un or
plus pur que mer

fane l'heure liquide
au front d'un peuplier
je ne manque l'appel
de l'un de l'autre
quand glisse en moi
l'hymne mineur

à rebours en retrait
sous les calendes de l'aube
démêle l'onde
en sourdine.

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ciel

blanc murmure et pèlerines
sillage rénové à la chaux
échappée dentellière
au nez des lucarnes
mes cavalières
ont vaincu pour de bon

écrire
aux temps premiers
l'hymne des mousselines
désensablées

raviver
l'harmonie du seuil
et les mourants d'air
revivre !

baldaquin en bandoulière
les yeux rivés haut
essaime l'hélium
d'hier.

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grandir



les chemins qui mènent à toi sont nombreux
infime est la saison de l'homme
et je me promène

tu as soufflé sur moi
comme on souffle une flamme
doucement, doucement
un bouquet de feuilles
d'érable jaunies
se défait sur mon chemin
tapisse mes pas
pas de velours
pas comptés
à chacun son tour

des écoliers rient dans le parc
file la saison de l'enfance
elle est loin
c'est la rentrée des glaces
j'ai froid
et tout à apprendre.

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commencement



au commencement

l'anthologie du monde
restait à écrire

l'orfèvrerie de la terre
attendait d'être ciselée

et moi
de te connaître.

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matinale



foutoir merveilleux de coeurs battants
vous madame et vous monsieur
qu'avez-vous de si lourd
qu'il n'en faut point parler ?

sur le mauve défraîchi
d'un fauteuil universel
me voici parmi vous
vous, costumes aux couleurs de la nuit, vous
saltimbanques du fond de la ville
vous, chevelures parfumées
vous, solitudes clandestines
foules d'aujourd'hui, foules fascinantes

nous nous ressemblons tous un peu
mais nous n'en savons rien
tandis qu'un crépuscule en friche
se superpose à nos reflets
fuyants

foutoir merveilleux
dont nous ne savons
que faire.

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blanche


cape de brume sur les provinces
et les croix de chemin
entendez-vous le train
blanchir au creux du soir ?

les transparences
laissent leurs fantômes crucifiés
mains tendues
bras ouverts
à la ouate qui file

un grésillement nomade
berce les pylônes
écume les coeurs
et la vague des tôles

tout blanchit
à l'aune des trains
qu'on s'oblige
à prendre.

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te voici



pelote de tiédeur
ma toute petite
te voici soudain
dans la maladresse
de mes bras

l'ancien monde
écroulé
pour presque rien
écroulé !
pour toi seule

chère de ma chair
chair prodigieuse, enfin !
le sang nouveau se lève
sur nous ce matin

te voici

tiédeur nouvelle
au glas
de l'hiver.

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voir la mer



ville emmêlée de cheveux vierges
te quitter pour un bout d'océan
te quitter ! j'y pense j'y repense
ne pense qu'à ça
te quitter
folie
provisoire
qu'éternise un regard

paris-août a mis les voiles
plat-paris comme grève
ah ! ma folie
folie aller folie retour
de la folie
j'en ai plein mes filets

laisser tout laisser
pour une poignée de douleurs
me voici phare-ouest
bretagne ! vendée ! charente !
qu'importe le flacon
me voici !

quitter
mais comment
tout m'amarre à toi
enfant de la dalle, fils des faubourgs
qui ne boit la tasse
qu'à l'heure
du thé

que dis-tu
les bords de mer n'existent pas
le citadin les invente pour
se consoler.

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au hasard des stèles


voici venir le temps du marbre
et de l'immobilité
ce temps n'est pas le mien
patience, patience
me dit le vent
je sais, je sais
lui réponds-je

nous revoilà
tous les deux
avec nos caresses infidèles
et nos éternelles
querelles.

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patience


sèves incandescentes à bras le jour
patience recomposée sous
l'oeil rutilant
de la saint-jean

empruntant l'âge clair
je vais je viens je veux
respirer goûter connaître !
nouveau nez de saison
embrasseur de ciel
humeur de cirrus

naphte docile et vigne vierge
sous la semelle
du flâneur
hier encore
passeur indigent
me voici
marchand de grâce

dealer d'éternité
reconquise.

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mérinos



la peau gémit dans son mérinos
se faufile en grelottant
des néons pleurnichent
leur pull-over vert-ampoule

voici janvier ô mon parnasse
où s'égosillent les frileux
geignement d'outre ciel
sur le plancher des lâches

chairs fraîches en pagaille
petits pas
souffles courts
bercer !
bercer l'homme
qui sommeille en soi
le bercer chaudement
il gèle à pierre-fendre
il souffle à glace-que-veux-tu
et la glaise
friable
sent

ville emmaillotée
de froides pensées
montparnasse la haute
file la laine bleuie
d'un sillage.

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deux passagers



une rame
un wagon
deux passagers

c'est la première fois ? la première.
vous n'êtes pas de Paris ! pas vraiment.
qui vous l'a dit ? Vous m'avez souri.

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sablonceaux



pénombre à pas de loup
dans le silence des marais
regarde-les puiser
le dernier nectar
à la fleur de la vie

deux colibris
ont suspendu leur vol
parmi les tombes et les grilles
à flanc de pierre

bientôt le vent
les rappellera
et tournera la page
du grand livre des soirs.

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