mercredi 18 novembre 2009

Roland Nadaus, de la politique à la poésie

À 63 ans, cet ancien conseiller général des Yvelines vient de recevoir un prix pour l’ensemble de son œuvre poétique

(La Croix du 9 avril 2009)

«Un débutant, un inconnu. » C’est ainsi que Roland Nadaus se présente, avec une once de malice. Mais sans amertume. Pendant quarante ans, cet écrivain a souvent vu son œuvre desservie par un parcours politique sans doute trop encombrant aux yeux des élites littéraires. Inconfort qui, parfois, l’incita à se fendre d’un pseudonyme. Mais depuis qu’il s’est retiré de la vie publique et n’est « plus membre d’aucun parti », le vent tourne. Le 24 mars 2009, il recevait le grand prix de l’Académie des sciences morales, lettres et arts de Versailles et d’Île-de-France pour « l’ensemble de son œuvre ». Quelques mois plus tôt, l’anthologie Poésies de langue française (1) lui dédiait plusieurs pages.

En quatre décennies, l’homme a publié une soixantaine d’ouvrages, dans des registres très diversifiés – poésie, pamphlets, contes, romans –, portés par une incandescence et un souffle rarement pris en défaut. Chez Nadaus, les mots claquent, surgissent là où on ne les attend pas, se jouent de la polysémie, les images fusent, la ponctuation s’affranchit de ses carcans… Une écriture généreuse et exigeante, teintée d’humour, et, parfois, de provocation, qui reflète avec justesse l’affabilité et la bonhomie du personnage.

De sa double vie passée, il évoque l’une et l’autre avec égale ferveur. « Sans la poésie, je n’aurais pas pu supporter la politique, elle aussi nécessaire », confesse-t-il, de sa voix légèrement rauque. Maire socialiste de Guyancourt de 1983 à 2002, conseiller général des Yvelines de 1995 à 2008, il contribua à l’essor de la ville nouvelle de Saint-Quentin. Sous ses mandats naquirent une université, une maison de la poésie et des quartiers entiers… D’innombrables poètes – parfois même vivants ! – ont vu leurs noms envahir le fronton des bâtiments publics, des places et des rues. Car le maire a fait sienne la devise d’Aimé Césaire : « Bâtir un poème et bâtir une ville/C’est un peu la même chose. »

À l’écouter, poésie et action n’ont rien d’incompatible. Art de vivre à part entière, la première est même la source de la seconde : « J’ai toujours voulu donner des mains à mes mots et vice versa », assure l’ancien élu. Libéré de ses fonctions, il se consacre à sa famille – marié, une fille et un petit-fils –, à son verger normand et à son œuvre de papier. Avec une acuité nouvelle : voici trois ans, le poète renouait avec une foi longtemps ensommeillée (lire son témoignage dans La Croix du 24 janvier). Ses Prières d’un recommençant, publiées ces jours-ci (2), témoignent du « retour au bercail » de celui qui se veut désormais « ouvrier de la Parole ». La poésie, dit-il, « est, avec la foi, la quintessence des activités supérieures de l’homme ».

François-Xavier Maigre

(1) De Stéphane Bataillon, Sylvestre Clancier et Bruno Doucey, Éd. Seghers, 480 p., 21 €.
(2) Éd. de l’Atlantique, 92 p., 19 €

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire