mardi 28 décembre 2010

Tomislav taille sa route

Il a souvent été question de Tomislav sur ce blog en 2010 ! Bon, ok, c'est un ami. Il n'empêche, le garçon est bougrement doué. Il faut l'entendre sur scène. Un disque est en préparation. Et son Myspace est actualisé régulièrement, signe d'une fougue intacte, malgré des dizaines de concerts en France, et jusqu'en Afrique. N'hésitez pas à écouter ces folk songs picaresques et colorées dont Tomislav a le secret. C'est finement écrit, interprété avec générosité, plein de souffle : on voyage, à peu de frais.



Enfin, cadeau de fin d'année, une vidéo de l'artiste !


samedi 25 décembre 2010

Trois raisons pour lesquelles j'ai aimé ce Noël 2010

Pour mes enfants, bien sûr. Bonheur de les voir grandir. Cet émerveillement simple qui ranime peu à peu le vôtre. Cette joie qui n'a pas encore de mots - ou peu - mais qui capte l'essentiel. Noël avec les siens, comme une entorse au cynisme ambiant. Antidote à l'usure. Une nouvelle naissance peut-être...

Ensuite, pour cette fine pellicule blanche qui a recouvert la France. Noël sous la neige ? Oui. Et il m'aura fallu attendre d'avoir 28 ans pour le voir ! A 7 ou 8 ans, j'en rêvais. Décidément, l'enfance est fidèle.

Enfin, pour la pagaille dans les transports. Il ne s'agit pas de se réjouir des galères des autres ! Evidemment, non. Mais l'abolition des distances, le tourisme éclair aux antipodes... c'est tout un monde qui vacille aux premiers flocons. Comment ne pas y voir une invitation pressante à réinvestir la proximité, à changer nos habitudes avant de changer de fuseau horaire ? Sur ce créneau, la poésie a de l'avenir.

Bref, un Noël réussi.

J'espère qu'il en fut de même pour vous.



mercredi 22 décembre 2010

Etendue



Âpre comme un départ
qui ne dit pas son nom

L'étendue, soudain
me laisse un grand vide.

Que savais-je des trains
avant de te connaître ?


lundi 20 décembre 2010

Portuaire



C'était un coin du port
où nous aimions plonger
aux plus chaudes marées

J'imagine aujourd'hui
que d'autres enfants
l'éclaboussent de rires.



vendredi 10 décembre 2010

Quand la poésie sonde les voix de l’enfance

Article paru dans le cahier "Livres & Idées" de La Croix du 9 décembre 2010

Deux poètes publient simultanément deux superbes chroniques d’enfance, l’une racontée à travers le regard du fils, l’autre à travers celui du père

Journal d’un enfant sage de Jean-Michel Maulpoix, Mercure de France, 138 p., 14 €.

Petit carnet de paternité de Pierre Tanguy, La part commune, 94 p., 13 €

Voici deux ouvrages que liront à bon escient les jeunes parents et tous ceux qui rêvent de retrouver les charmes de l’enfance. Que les adultes trop sérieux passent d’emblée leur chemin : le poète et essayiste Jean-Michel Maulpoix a choisi de s’effacer derrière la parole de Louis, son fils âgé… de 3 ans ! « N’ayant pas atteint l’âge de la majorité, je confie à mon père (…) le soin de signer ce volume. Je sais qu’il ne manquera pas de corriger quelques étourderies et qu’il saura se garder de trop mêler sa voix à la mienne. » L’idée peut certes prêter à sourire. Mais il faut jouer le jeu. Car l’auteur, optant pour une écriture simple et inventive, parvient à donner à sa posture une crédibilité étonnante. « Je saute à pieds joints dans les flaques. N’y voyez pas de malice, c’est mon bonheur ! J’aurai trois ans en juillet : je marche sur le ciel. »

Au fil des pages de ce journal imaginaire se recompose un monde merveilleux, peuplé de jouets sonores, de héros et de géants, d’humeurs saisonnières, de saynètes perçues à hauteur de gosse : « Parfois, j’envie les fleurs qui sont au jardin. Il me semble que si j’étais l’une d’elles je n’aurais besoin pour me nourrir que d’un peu d’eau et de soleil », confesse Louis, en rêvassant à la fenêtre. Son regard enfantin semble pénétrer la véritable nature des êtres et des choses : « Un arbre, c’est de la terre qui s’élève, se ramifie et s’épanouit vers le bleu. C’est une conversation de feuillages et de fruits entre le soleil et la mort », lance-t-il, dans un raccourci puissant. C’est sans doute cette acuité au réel qui fait la force de ce livre, qui n’est léger qu’en apparence. Le poète n’est-il pas celui qui a su garder la fraîcheur de son jeune âge, capable d’embrasser le monde avec un étonnement toujours neuf ?

Avec son Petit carnet de paternité, Pierre Tanguy s’inscrit dans la même veine, à ceci près qu’ici c’est la voix du père qui se laisse entendre. Alors que le premier déroule une prose savoureuse, le phrasé du second se déploie sous une forme ramassée proche du haïku japonais. Père de deux filles – aujourd’hui adultes –, le poète breton a choisi d’attendre l’âge mûr pour revisiter ses notes prises sur le vif, il y a vingt-cinq ans de cela. Des émois consignés dans les couloirs de la maternité aux instants fugitifs des premières années, l’auteur ne cesse de s’émerveiller en observant ses filles : « Quand la vie/plus tard/viendra les secouer,/auront-elles le souvenir/de ces cris proférés dans la mousse ?/Pourront-elles à nouveau/entendre la voix fraternelle des vagues/venant à leur rencontre/par un après-midi d’avril ? » Au-delà de leurs expériences de la paternité, Maulpoix et Tanguy livrent, chacun à leur façon, une somptueuse chronique de l’enfance et de ses féeries.

François-Xavier Maigre

mardi 23 novembre 2010

Récital autour de Jean-Pierre Lemaire

Cette rencontre parisienne est organisée par Marina Poydenot, bien connue des lecteurs de ce blog. Le programme vaut vraiment le déplacement, Jean-Pierre Lemaire étant l'une des voix les plus captivantes de notre époque. Les autres invités, tel François Clairambault, méritent eux aussi le détour, tant leur univers est attachant, accessible et exigeant à la fois. A ne pas manquer !

jeudi 18 novembre 2010

Perplexe

Une quatrième de couverture élogieuse. Presque trop. L'éditeur en question - l'un des plus importants de France, plus habitué aux best-sellers et aux prix littéraires qu'aux tirages confidentiels - cherche visiblement à "faire monter" celui (ou celle) qu'il croit être "le" nouveau fleuron poétique. Chaud devant. Que l'une des plus influentes maisons parisiennes mise encore, en 2010, sur la poésie est une aubaine. Ouvrons vite. Las ! Quelle déception ressentie à la lecture de ce triste fatras de poèmes sans syntaxe, dépourvus d'images convaincantes, de rythme ou de musicalité, jets hasardeux de paroles brouillonnes et désarticulées, pompeusement scandées sur des pages aux trois quarts vierges, genre "slam inversé". Au bout d'une vingtaine de pages, je me demande même si l'éditeur ne se fout pas de nous... Les tenants d'une poésie avant-gardiste et élitiste pourront m'objecter que je n'y comprends rien, que ce type d'écriture requiert une initiation littéraire que je n'ai sans doute pas. Soit. Je me demande toutefois qui aura le courage de lire jusqu'au bout ce volume indigeste et distant. Je m'interroge aussi sur l'intérêt, pour de tels éditeurs, avec tout leur savoir faire et leur force de frappe, de promouvoir ce type d'écriture, franchement inaccessible. Où est la logique ? Il ne faudra pas se lamenter, encore et toujours, du divorce largement consommé entre la poésie contemporaine et le grand public. Ce genre de promotion ne fait que saper le travail minutieux des centaines de revues et petites maisons qui abritent, sous de modestes voilures, certaines des voix les plus pénétrantes du moment.

mardi 16 novembre 2010

Cette disparue





L'humble palais de nos vacances
veille son propre oubli
blotti contre l'hiver
vasque de silence
derrière un rideau d'averses


Passer le long couloir
où le temps s'épanche
comme pluie battante
dans le tamis
des volets fossiles


Frôler le galbe des tomettes
avant que d'autres pas
demain ne les piétinent
avant que l'objet
ne redevienne chose


Avant que tout ne soit soldé
fouiller un instant encore
les miettes de l'enfance
- cette disparue
qui hurle tout bas.



vendredi 12 novembre 2010

Yves Bonnefoy se confie au Monde des Livres

C'est rare : un poète en couverture d'un grand quotidien national ! Yves Bonnefoy, en l'occurrence, qui vient de se confier, à 87 ans, au Monde des livres daté du vendredi 12 novembre, sous la plume d'Amaury da Cunha. Il faut dire que l'auteur bénéficie d'une aura considérable dans le paysage littéraire français. Son nom a longtemps circulé pour le prix Nobel. Son oeuvre impose le respect, tout comme la discrétion du personnage. Actualité ? La parution, entre autres, d'un recueil chez Galilée : Raturer outre. Beau présage.
L'occasion, pour l'auteur des Planches courbes, de défendre une poésie accessible au monde ("le besoin d'établir avec d'autres êtres un champ de projets et de partages") et d'exprimer les liens entre l'esprit d'enfance et l'écriture du poème, "ce chant qui régénère les mots ; et qui, je l'espère bien, n'a pas cessé et ne cessera jamais de hanter les instants anxieux de nos grandes décisions". A lire.

lundi 8 novembre 2010

Vieillerie sortie des cartons

Cette petite chanson écrite en quelques heures, en compagnie de l'ami Tomislav, nous ramène en 2005... Tomi assure les choeurs et joue guitare, basse et kazoo, Amélie G. est au violon. Quant à moi, je chantonne et maltraite un peu mon piano. Nous avions dû enregistrer à Vincennes, je crois. Le titre figurait sur l'album "La Saison morte". Bons souvenirs ! Même si la musique est un peu derrière. Pour l'instant.

dimanche 7 novembre 2010

Le « lyrisme des sources » de Stéphane Bataillon

Article paru dans le cahier "Livres & Idées" de La Croix du jeudi 4 novembre 2010

Stéphane Bataillon publie un recueil magnifique et ambitieux où le
deuil et l’amour cheminent au milieu des mots

Où nos ombres s’épousent de Stéphane Bataillon
Éditions Bruno Doucey, 94 p., 10 €

S’il ne fallait lire qu’un recueil de poésie cet automne, ce pourrait bien être celui-ci… Certes, son auteur n’est ni un slameur branché, ni une grande figure de la poésie contemporaine, ni même un nouveau génie des mots. D’ailleurs, rien, chez Stéphane Bataillon, ne correspond à l’idée fantasque et un brin égocentrique qu’on peut se faire – parfois à juste titre – des poètes. Loin de tout tapage, ce jeune auteur de 35 ans, rédacteur en chef du site bayardKids (groupe Bayard), et collaborateur régulier du cahier « Livres et idées » de La Croix, signe avec ce petit livre très réussi son entrée en littérature dans la plus grande discrétion. Il faudra pourtant désormais compter avec cette voix singulière et ténue, qui n’est pas sans évoquer Guillevic, ou Claude Vigée. Même si le jeu des comparaisons est toujours risqué. Surtout en poésie.

À l’origine de cette œuvre, un deuil. Stéphane a perdu un être cher, à l’âge où l’idée de la mort semble habituellement lointaine, voire hors de propos. Épreuve relatée, dès les premiers vers, avec une sobriété bouleversante, une économie de mots qui semble être la marque de fabrique de ce jeune auteur : « Je n’ai pas la douleur/Je n’ai pas le besoin/et je n’ai pas l’exil//J’ai juste perdu/celle que j’aimais. » Dès lors, l’écriture s’impose à lui comme un chemin de guérison, la seule voie possible pour conjurer l’absence. Même dans les pires moments, le poète s’accroche à cet instinct de vie qu’il pressent en lui-même, sans parvenir à l’exprimer : « Bien sûr, l’asphyxie/Bien sûr, le pourquoi/crier sans voix au fond de l’ombre//Mais quelque chose/qui nous dit d’attendre//Que nous devrons nommer/Quelque chose de simple. » La simplicité : c’est sans doute la grande force de ce recueil qui se lit d’un seul trait, comme un journal intime, et qui fait mouche par l’universalité de son propos, son authenticité et sa modestie. Jamais le poète ne prend la pause, ne cherche à extorquer une larme facile.

En explorant ses profondeurs, attentif à la lumière qui, tôt ou tard, doit rejaillir, Stéphane Bataillon livre un témoignage exemplaire de combativité et d’optimisme : « Refuser en silence/tous ceux de votre camp/qui ne pensent qu’à venger// Raviver face à vous/les forges de l’enfance// Cette ancienne certitude/qu’il faut se relever. »

Au fil des pages, par la seule force de la poésie, la vie reprend peu à peu ses droits. On sent bientôt se dessiner « un jardin/où chaque pierre/aurait sa place// où le chaos/saurait se tenir », comme il le dit dans un stupéfiant raccourci.

Impeccablement servi par l’éditeur Bruno Doucey, naguère aux commandes des prestigieuses Éditions Seghers, le poète anime aussi un blog (1), sur lequel il vient de publier un manifeste pour un « lyrisme des sources », un lyrisme qui, dit-il, « ne refuserait aucune des expériences ni aucune des routes, sensibles ou spirituelles, mais qui privilégierait une certaine clarté. Pour former doucement une image nouvelle, lisible. Celle d’un monde qui se dirait tout bas, avec ces mots de tous les jours. »

L’intention résume assez bien la démarche de Stéphane Bataillon, qui n’a pas son pareil pour exprimer les joies simples et vraies de celui qui a su traverser son propre désert : « La plus belle conquête/est histoire d’instants// Un flagrant délit d’être. »

François-Xavier Maigre

(1) http://www.stephanebataillon.com

mercredi 3 novembre 2010

dimanche 31 octobre 2010

André Breton, les sources fécondes du hasard

Une petite lecture d'André Breton, retrouvée par hasard sur YouTube. Il y a quelque chose d'intense et de grisant dans cette expérience poétique. A explorer de nouveau, à la lumière des dernières évolutions littéraires. Peut-être pour trouver un point d'équilibre entre l'exigence de sens et le jaillissement spontané de la Parole. En tout cas, cela vaut tous les slams indigestes et niais qu'on entend çà et là.

mercredi 27 octobre 2010

Intervention sur Radio Notre-Dame

L'émission La Voix est Libre, diffusée demain (jeudi) sur Radio Notre-Dame entre 9h et 10h, sera consacrée aux liens entre poésie et spiritualité. J'y interviendrai en compagnie de Marina Poydenot, religieuse et poète, ainsi que Roland Nadaus, qui se joindra à nos échanges par téléphone, avec d'autres auteurs dont je n'ai pas encore le nom. Programme animé par Faustine Fayette. A partir de 9h.
Fréquence : 100.7

jeudi 14 octobre 2010

Bande-son d'un automne idéal

Avigdor Zahner-Isenberg n'a même pas 20 ans. Et pourtant, ce frêle Américain parvient à ressusciter en un tour de chant la Californie rêvée des Byrds ou des Beach Boys. Avi Buffalo, une bande-son parfaite pour conjurer l'automne, la crise et la réforme des retraites.

mardi 12 octobre 2010

Jean-Marie Barnaud obtient le prix Apollinaire

Le poète Jean-Marie Barnaud a reçu, lundi 11 octobre 2010, le prix Appolinaire pour Fragments d’un corps incertain (Cheyne éditeur, 80 p.,15 €). Né en 1937 à Saintes, l'auteur vit à Mougins et collabore à de nombreuses revues. Je ne l'ai pas encore lu. Mais cela paraît tentant. Certains y ont-ils déjà glissé un oeil ? Dites-moi.



Extrait :

Ici
dit la raison
C’est peut-être encore la mer
la vie puissante
sa tendre indifférence.

Passer est le lot le plus
simple
Passer
et cependant rendre les
armes
à la splendeur

lundi 11 octobre 2010

Une bonne raison de croire en l'avenir du papier

Une touche de légèreté. Il en faut ! Cette petite démonstration est valable aussi pour l'édition. Pas sûr que les lecteurs de poésie, ou de romans, soient tous enclins à débourser 500 € pour un objet certes séduisant et bourré d'ingéniosité, mais aussi terriblement impersonnel, désincarné. Il suffit d'avoir goûté le bonheur de lire un recueil de poésie façonné dans la plus pure tradition typographique (au hasard chez Cheyne, Jacques Brémond, Rougerie...) pour douter de la supposée explosion des tablettes numériques. En tout cas, il restera toujours d'irréductibles nostalgiques, attachés à lire "en trois dimensions". Un contenu, oui. Mais aussi un toucher granuleux où le plomb a laissé son empreinte, une épaisseur de page, un parfum, même, qui change selon la nature du papier... bref, une densité. A tous niveaux.

jeudi 7 octobre 2010

La voix discrète et lumineuse des poètes chrétiens

Article paru dans le cahier "Livres et idées" de La Croix du 7 octobre 2010.

La poésie d’inspiration chrétienne connaît actuellement un nouvel essor, portée par des auteurs audacieux et méconnus

Une bouffée d’air pur ! Dans un marché de l’édition de plus en plus standardisé, la voix discrète et lumineuse de ces poètes chrétiens détonne. Bien sûr, ils ne vendront pas des milliers de livres – la plupart de ces tirages sont modestes, quelques centaines d’exemplaires tout au plus. On ne les verra pas sur les plateaux de télévision. Pas, ou peu, dans la presse écrite. Au mieux dans une poignée de revues littéraires spécialisées. Il n’empêche. Cette cuvée mérite d’être lue, méditée, partagée. Déjà, parce qu’elle signe le grand retour d’une parole poétique au service du sens, limpide et signifiante, alors que les expérimentations récentes avaient fini par assécher le langage, au risque de le rendre abscons… et de dérouter les lecteurs. Ensuite, parce qu’elle révèle des plumes injustement confidentielles, auxquelles on s’attache instantanément.

Ni bavardage ni esthétisme vain chez ces auteurs. Mais une sensibilité partagée sous des formes diverses, un même mystère qui se laisse approcher par petites touches, comme autant de métaphores voilées d’une présence jamais nommée. « Le poème est le pas/dont la parole rêve/quand le geste est perdu », énonce ainsi Bernard Jakobiak (La Tendresse intacte, Éd. Le Nouvel Athanor, 92 p., 15 €), poète et prêtre orthodoxe, qui entend se poster, par l’écriture, comme un veilleur attentif à l’invisible : « J’entends l’inattendu,/j’écoute, je regarde », dit-il simplement. Dans un petit recueil très réussi, l’auteur s’efforce de restituer une expérience spirituelle indissociable d’une disponibilité totale au réel : « Brise,/délivre-moi/de la blessure incompréhensible,/et maintiens-moi/où l’esprit baigne en la joie/dès qu’il émerge. » Par un raccourci habile, le poète a cette parole saisissante : « La louange a le goût/du soleil sans déclin ».

Proche, dans sa facture délicate et ramassée, Patiente variation, de Jean-Pierre Boulic (Éd. La Part commune, 116 p., 13 €), envoûte elle aussi par son évidence, sa fraîcheur revigorante : « L’éternité s’en allait et venait/Dans la voix miraculeuse du soir/Et ses nuées d’hortensias », souffle l’auteur dès les premiers vers, habité par cette terre bretonne qui imprègne chacun de ses textes. Économe de ses mots, ce poète des sentiers parvient à saisir, au fil du vagabondage, « La note juste/D’un imprévu/Dans l’espérance d’exister/En plénitude ». Ces deux ouvrages, facilement lisibles, séduiront même les lecteurs peu coutumiers du genre.

Beaucoup plus copieuse en revanche – plus de 300 pages ! –, la somme publiée par Dominique Daguet (De l’obscur à l’aurore, Zurfluh éditeur, 372 p., 30 €) donne l’occasion de redécouvrir la flamme d’un poète singulier, surtout connu pour son travail d’éditeur – il a fondé en 1975 les Cahiers bleus, revue littéraire de référence. Couvrant une vaste période (1954-2009), cette rétrospective rend justice au lyrisme généreux d’une voix qui n’est pas sans évoquer celle du psalmiste : « Que mon âme enfin sorte de son rêve noir,/oublie son bavardage si cher quoique si vain/pour n’être plus qu’écoute,/attention,/telle la feuille prête à recevoir,/dans l’intime recueillement du silence,/l’empreinte vive d’un visage/par qui elle-même redeviendra vivante. »

De ces quatre recueils, celui de Jean-Pierre Denis (Dans l’éblouissant oubli, Éd. Ad Solem, 96 p., 19 €) requiert sans doute la lecture la plus attentive, tant la démarche y est exigeante, radicale. De fait, personne n’attendait le directeur de la rédaction de l’hebdomadaire La Vie dans ce registre ! Il faut pourtant reconnaître que l’éditorialiste se révèle étonnant poète. Sa poésie s’attache à explorer les confins de l’indicible, à mettre des mots sur l’insaisissable. Il y a comme un parfum de genèse dans ces textes superbement tournés : « Je cherche un lieu qui nous précède/Une empreinte en avant de nos pas/Comme si longtemps avant qu’elle ne fût pierre/La pierre avait habité la vie. » Loin de toute joliesse, la poésie est, pour Jean-Pierre Denis, une impulsion vitale, un acte de foi dans le langage. « C’est un feu qui se prépare/Dans l’oubli de l’ombre/Dans la chair du vivant. »

François-Xavier Maigre

mercredi 6 octobre 2010

Six poèmes dans la revue Voix d'encre

Une petite pub, promis elle sera courte ! La revue Voix d'encre, dans son 43e numéro, vient de publier six de mes poèmes. Certains avaient déjà été livrés en pâture sur ce blog. Cette superbe publication, qui abrite aussi une maison d'édition, paraît deux fois l'an. Elle a été fondée par Alain Blanc en 1990 à Montélimar et doit son nom aux poètes René Char et Edmond Jabès. Parmi les poètes publiés depuis 20 ans figurent notamment Adonis, Charles Juliet, Michel Butor, ou encore Béatrice Douvre. Certains sont mes auteurs de chevet ! Merci, donc, au poète Jean-Pierre Chambon pour sa confiance, pour l'attention et la délicatesse manifestées lors de notre correspondance en vue de cette collaboration. Merci aussi au comité de lecture de Voix d'encre. N'hésitez pas à visiter leur site, et à vous procurer cette belle revue via internet, ici par exemple. Au sommaire également : Pierre Dhainaut, Gabriel Cousin, Sandro Penna, Marc Le Gros, J.-M. Undriener, L. Breysse-Chanet, Dimitrios Kraniotis, Keltoum Staali, Yvan Exposito et Franck Castagné. J'espère n'avoir écorché aucun nom !

dimanche 3 octobre 2010

Manifeste pour un lyrisme des sources

L'ami Stéphane Bataillon propose de signer sur son blog un petit manifeste, qui reflète bien, me semble-t-il, une certaine famille poétique actuelle, soucieuse de renouer avec la pulsion originelle de la poésie, avec le grand Mystère. Sous des formes diverses. Et avec simplicité. Avec cette voix ténue, sobre, qui tranche avec notre époque. Un "lyrisme des sources", nous dit Stéphane : "Un lyrisme pour dire tous nos « je », aujourd’hui, au plus juste. Qui ne refuserait aucune des expériences ni aucune des routes, sensibles ou spirituelles, mais qui privilégierait une certaine clarté. Pour former doucement une image nouvelle, lisible. Celle d’un monde qui se dirait tout bas, avec ces mots de tous les jours. Un murmure souterrain accumulant la force, vers une joie possible". Je signe.

lundi 27 septembre 2010

Soirée poétique à Paris

Vendredi, Stéphane Bataillon présentera son nouveau recueil Où nos ombres s’épousent (Éditions Bruno Doucey) avec lecture, dédicaces et de nombreux invités dont Céline Liger (comédienne), Ghislaine Hillard (illustratrice), Thomas Durcudoy (illustrateur), François-Xavier Maigre, James Noël, Bruno Doucey, Danièle Corre, Bernard Fournier (poètes) et Christophe Rosenberg (musicien).

Rendez-vous le 1er octobre, de 20h à 22h au MOTIF, Observatoire du livre et de l’écrit de la région Ile-de-France,6, villa Marcel Lods – Passage de l’Atlas 75019 ParisMétro BellevilleEntrée libre dans la limite des places disponibles.




(Affiche de Ghislaine Hillard)

mardi 21 septembre 2010

La photo retrouvée est bien celle de Rimbaud

C'était donc lui. Et c'est une dépêche AFP qui nous le confirme. Selon l'agence, de nouveaux documents inédits, récemment mis en ligne par les découvreurs de la célèbre photographie d'Arthur Rimbaud à Aden (Yemen), laissent à penser qu'il s'agit bien du poète.

Cette enquête (1), menée en collaboration avec Jean-Jacques Lefrère, biographe d'Arthur Rimbaud, avec l'aide de nombreux chercheurs, institutions et particuliers "confirme et précise l'attribution initiale. Pas un élément ne la contredit", assure Jacques Desse, l'un des deux libraires qui a découvert ce cliché présenté au public en avril et qui depuis déchaîne les passions.

Début septembre, Claude Jeancolas, spécialiste du poète, avait ainsi mis en doute l'authentification de "l'homme aux semelles de vent", arguant de l’impossibilité de sa présence à Aden début août 1880. Mais l'enquête semble confirmer que le cliché a été réalisé en août 1880 par l'explorateur Georges Révoil, sur le perron de l'hôtel Univers à Aden. Rimbaud, âgé de 26 ans, venait d'y arriver. "Quasiment tous les autres personnages de la photo sont identifiés", précise Jacques Desse.

De toute évidence, le mystère photographique est levé. Soit ! On s'en remettra. Cette frénésie médiatique est finalement assez symptomatique de notre obsession, très contemporaine, de l'image, de notre besoin de nous raccrocher à des mythes. Or, la poésie de Rimbaud est autrement intrigante que ce bout de papier jauni. Et il faudra sans doute encore du temps pour en explorer tous les confins... avec ou sans photo !

La photo d'Arthur Rimbaud à l'âge adulte, et l'un des libraires qui l'a découverte, Jacques Desse, le 15 avril 2010 (Source : AFP)

jeudi 16 septembre 2010

Stéphane Bataillon, une voix limpide et profonde

C'est une bonne nouvelle. Très bonne, même. Elle nous vient du poète et éditeur Bruno Doucey. Jadis aux commandes des prestigieuses éditions Seghers, ce dernier vient de fonder sa propre maison éponyme. On y trouve une collection « Jeunes plumes », destinée à publier le premier recueil d’un poète. Choix courageux, quand on sait la santé fragile de l'édition poétique. Mais Bruno Doucey n'est visiblement pas homme à céder au pessimisme.

Lun des premiers apprentis poètes publiés sous ces auspices prometteurs n'est autre que Stéphane Bataillon, bien connu des lecteurs de ce blog. Ce poète discret mais furieusement prolifique (voir son blog) publiera au mois d'octobre Où nos ombres s'épousent, dans lequel, affirme son éditeur, l'auteur parvient "à dire des choses profondes avec des mots simples. Les siens, en tout cas, seront la petite lampe de nos soirées d’automne", assure-t-il.

Ayant eu la chance d'en lire les épreuves (merci Stéphane!), je ne peux qu'appuyer cet enthousiasme ! Voilà exactement le type d'oeuvre, à la foi exigeante et proche, susceptible de séduire un large public. Jusqu'au plus rétif des lecteurs.





Extrait :

Je t'avais promis

une caresse chaque soir

désormais, ce sera un poème



Ce qu'en dit l'éditeur :

"L’auteur de ce livre, né à Paris en 1975, d’une mère égyptienne et d’un père français, n’est ni un poète maudit ni un homme en exil. Avec lui, nulle entrée tapageuse en littérature, nulle propension à faire parler de soi sans avoir rien à dire. Stéphane a juste perdu celle qu’il aimait. Que dire de plus ? Il aurait pu s’enfermer dans un silence fracassé, il ne l’a pas fait. Son chant pouvait devenir le lamento d’un être inconsolable, il ne l’est pas. Limpide et profonde, sa poésie est de celles que ne renieraient ni Guillevic ni Claude Vigée. Elle parle juste et parle vrai. Peut-être ceux qui la liront se sentiront-ils aussi deux fois vivants."


En librairie le 1er Octobre 2010 / 96 pages • 13,5 x 17,5 cm • 10 €

lundi 13 septembre 2010

La poésie doit-elle à tout prix rimer ?

Certains pensent que oui, faute de quoi le poème ne serait qu'une parole hasardeuse, dénuée de beauté formelle... C'est en tout cas ce qu'avance une lectrice de La Croix, dans le courrier des lecteurs de l'édition du 13 septembre 2010, en réaction à la série menée tout au long de l'été par Colette Nys-Mazure autour de la poésie. Série pourtant audacieuse ! En effet, la poétesse a fait le pari de convoquer dans les colonnes du quotidien nombre de plumes contemporaines, chose plutôt rare à une époque où la corporation des poètes est souvent présentée comme un musée de cire. Aussi ce choix de textes a-t-il fait une large place à l'expression poétique actuelle, qui ne cherche pas forcément la rime, la métrique parfaite... mais plutôt un espace de liberté, affranchi des limites formelles. On aime, ou pas.

Or, s'interroge notre lectrice, "la poésie, mais vraiment où est-elle dans ces quelques lignes où les mots s'ajoutent aux mots sans aucune rime? Poésie : art de faire des vers, nous dit le Petit Larousse. Je sais bien que la poésie en prose existe aussi, mais n'est-il pas plus beau de lire une pièce en vers, où les rimes distillent ce "chant" ponctué par la césure coupant le vers alexandrin en deux hémistiches?" Question légitime ! D'autant, pour reprendre les mots de Philippe Delaveau, qu'à une époque pas si lointaine, la parole poétique "s’est mise à tourner à vide, à se détruire elle-même". Voilà sans doute le risque d'une écriture minimaliste et composant sa propre grammaire. Pour ma part, je suis cependant convaincu qu'il y a parfois plus d'inspiration dans un vers libre maîtrisé que dans bien des pages de poésie "classique", plus ou moins qualitative. Sans pointer tel ou tel auteur, on ne peut pas dire que la métrique et la rime sont toujours un gage de perfection !

D'ailleurs, combien de poètes actuels s'évertuent à perpétuer l'art de l'alexandrin, sans vraiment convaincre ou apporter quelque chose de nouveau, de personnel ? A force de vouloir rimer à tout prix, certains auteurs finissent par ne plus rien dire du tout ! Ou alors par tomber dans des lieux communs... qui ne riment à rien. Un comble. N'est pas Jacques Réda qui veut. Une autre partie de la réponse se trouve peut être dans cette analyse de Jacques Roubaud, qui va jusqu'à parler d'un « vers international libre », d'origine américaine, pour désigner l'écriture dominante dans la poésie contemporaine. Celui-ci "n'est ni compté ni rimé et plus généralement ignore les caractéristiques d'une tradition poétique dans une langue donnée ; il "va à la ligne" en évitant les ruptures syntaxiques trop fortes ", analyse-t-il. Certes, ses exigences formelles sont faibles. Cela signifie-t-il pour autant que cette forme de poésie est moins recevable sur le plan esthétique ?

Récemment, j'assistais à une soirée organisée par une commune francilienne à l'occasion d'un concours de poésie. La plupart des poèmes primés se conformaient à la plus stricte observance des usages de la poésie "classique" : des vers plus ou moins réguliers (encore faut-il en respecter scrupuleusement les règles, ce qui est loin d'être toujours le cas!), des rimes en veux-tu en voilà... ça oui ! Il y en avait, des rimes. Mais très peu de musicalité, très peu d'images inédites, très peu de paroles fortes... Bref, très peu de poésie.

dimanche 12 septembre 2010

Des hommes et des dieux, à voir et à revoir !

N'étant pas critique cinéma, je ne me risquerai pas à disséquer le long métrage proprement inouï que vient de nous livrer le réalisateur Xavier Beauvois... Un dossier très complet lui est d'ailleurs consacré sur le site de La Croix, si vous souhaitez mieux apprécier la qualité de ce film rare, et tout le contexte historique qui entoure la tragédie de Tibhirine.

En tout cas, cela faisait bien longtemps que je n'étais pas sorti aussi troublé, sonné, d'une séance en salle obscure ! D'ailleurs, la salle ne l'est pas restée longtemps. Il aura suffi de quelques minutes pour se laisser gagner par le soleil rasant de l'Atlas algérien - en fait, le tournage a eu lieu au Maroc -, par les visages lumineux de ces moines dont on parvient à oublier qu'ils sont des acteurs. Sans compter la beauté sobre des psaumes qui ponctuent cette lente montée vers le sacrifice consenti...

Il n'y a, chez ces frères de Tibhirine, aucun héroïsme, aucun orgueil mal placé. Mais simplement la foi, la fidélité à un peuple, la conviction que le dialogue est toujours possible... Jusqu'au bout. On ne ressort pas de ce film tout à fait indemne. Chacun en fera sa lecture. Bonne séance !

jeudi 9 septembre 2010

La prose lumineuse de Nicolas Vélimirovitch

Une découverte que je voulais vous partager depuis longtemps...

C'est récemment, lors d'un reportage pour La Croix (lire), que j'ai eu la chance d'embrasser pour la première fois les eaux bleutées du lac d'Ohrid, dans le sud-ouest de la Macédoine. Un endroit sublime. Et chargé d'histoire. A voir, si vous passez à l'entour.


(Photo F-X.M.)

J'y ai surtout découvert la pensée et l'oeuvre d'un grand spirituel orthodoxe, Nicolas Vélimirovitch (1880-1956), qui fut évêque de Jitcha et d'Ohrid. Ce dernier a laissé une oeuvre littéraire d'une qualité sidérante, dont le style a parfois été comparé à celui de Khalil Gibran (le prophète) ou Nietzsche (Ainsi parlait Zarathoustra).

Ce qui est sûr, c'est qu'il y a chez saint Nicolas de Jitcha une incandescence et un souffle poétique, voire prophétique, qui ne peut laisser indifférent. Voici l'ouverture de Prières sur le lac (Éditions L'Âge d'homme), brillamment traduit du serbe par Zorica Terzic :

"Qui donc me regarde sans sourciller à travers tous les astres du ciel et toutes les choses de la terre?
Fermez vos yeux, astres et choses ; ne regardez pas ma nudité. La honte à travers mes yeux brûle assez !
Que peut-on y voir ? L'arbre de vie qui en épine sur la route se rétrécit, s'érafle et érafle autrui. Quoi d'autre qu'une flamme céleste plongée dans la boue, qui ne luit ni ne s'éteint ?
Laboureurs, ce n'est pas votre labeur qui est essentiel, mais le Seigneur qui observe !
Chantres, ce n'est pas chant qui est essentiel, mais le Seigneur qui écoute !
Dormeurs, ce n'est pas votre sommeil qui est essentiel, mais le Seigneur qui veille !
Ce n'est pas l'eau rare dans les gravillons autour du lac qui est essentiel, mais le lac !
Qu'est-ce que le temps humain, depuis toujours, sinon une vague qui inonde le sable brûlant sur la rive, puis se repent d'avoir abandonné le lac parce qu'elle s'est tarie ?
Ô astres, ô choses, ne me regardez pas ! Regardez plutôt le Seigneur qui a des yeux. Il est le seul à voir. Regardez-le, et vous vous verrez dans votre patrie !
A quoi bon me regarder ? Pour voir l'image de votre exil dans le miroir de votre hâtive précarité ?
Seigneur, mon beau mandylion ourlé de Séraphins d'or, pose-Toi sur moi comme le voile sur la veuve, et recueille mes larmes où frémit le regret de toutes Tes créatures !
Seigneur, ma splendeur, sois mon hôte ! Pour que je n'aie pas honte de ma nudité. Pour que les regards assoiffés sans nombre qui s'abattent sur moi ne s'en retournent chez eux assoiffés !"

samedi 28 août 2010

Les râleurs de l'arrière-pays

Et commençons la rentrée par un agacement matinal : chaque matin de cette fin d'été, j'ai pris l'habitude de m'extraire discrètement de la demeure familiale, perchée dans un petit village médiéval du sud de la France. Histoire de ne pas réveiller femme et fille, et de profiter un peu des heures les plus fraîches, quand les touristes n'ont pas encore jugé utile d'envahir la pierre blanche des ruelles biscornues, les canaux et les fontaines de ce petit coin de paradis... Rituel oblige, cette escapade se conclut toujours par un café dans le petit hôtel du village, dans l'ombre monumentale d'un platane plus que centenaire... Là, je dégaine l'indispensable ordinateur portable (on est geek ou on ne l'est pas), afin d'avancer, paisiblement, l'écriture de mon recueil, jetant de temps à autre une oreille aux ragots de comptoir. Le cadre est parfait. Sauf que ce matin, un couple de vacanciers grincheux a tout gâché. Descendus en trombe de la chambre où ils venaient de passer une nuit agitée, ils ont à moitié brusqué la pauvre hôtelière qui n'y pouvait pas grand chose : "On a jamais aussi mal dormi", lui dit la touriste mécontente, visiblement peu au fait de la vie à la campagne. "Il fait très chaud, ici. Et en plus, ya pas la clim. Alors on a ouvert les fenêtres, mais le son des cloches nous a empêché de dormir, c'est vraiment un cauchemar chez vous". Les cloches en question sont celles d'une très ancienne abbaye, où vivent encore des religieuses. Le poumon spirituel du village. Mais cela, nos touristes bruyants de l'hôtel s'en fichent pas mal. Ils voulaient sans doute s'offir une parenthèse avant la rentrée, sur fond de carte postale, mais sans le son. Dans ce cas, autant rester chez soi. Pour la petite musique de l'arrière-pays et pour ceux qui aiment s'en imprégner sans râleurs.
F-X.M.

Un an, déjà !

Voilà, l'été est - presque - passé ! Dans moins de deux jours, reprise. Au bureau, les dossiers ne manquent pas. L'agenda attend d'être noirci, la lessiveuse de la vie parisienne, prête à jouer du tambour ; il faudra suivre. Brrr ! Mais les vacances m'auront laissé aussi de quoi faire vivre ce blog : lectures diverses, longues marches, écriture de chansons, temps de retrait et joies en famille, avec toutes les notes et poèmes qui en découlent... D'ailleurs, cela fait un an jour pour jour que ce petit blog existe ! Merci aux amis qui le fréquentent régulièrement, me font partager leurs travaux, découvertes, commentaires. J'espère nourrir le plus longtemps possible cet espace de rencontre, certes virtuel, autour de la poésie et des mots ! Bonne reprise à tous.
F-X.M.

mardi 27 juillet 2010

Poèmes sauvés de la noyade

Depuis plusieurs jours, je les cherchais fébrilement : 45 pages de poèmes dactylographiés, soigneusement coupés, réécrits, ordonnés... Bref, l'ébauche d'un premier essai poétique, en devenir certes, mais auquel j'avais déjà consacré de longues heures. Et dont l'unique sauvegarde tenait sur une clé USB devenue introuvable. J'ai mis mon bureau à sac, puis la voiture familiale. Dévasté le moindre tiroir à la maison. Rien. Le salut est venu du bac à linge propre : la précieuse carte à puce a résisté à la fureur du tambour, aux assauts des flots domestiques. Ouf. Et surtout merci à Dane-elec de concevoir du matériel aussi résistant. Je vais pouvoir me remettre au travail. En plus les vacances approchent !

jeudi 22 juillet 2010

"Les cahiers du sens" en ligne

Je vous en avais déjà parlé. Le dernier numéro des Cahiers du sens est disponible en ligne, sur le site Decitre. Vous y trouverez de très nombreux textes, dont ceux de votre serviteur ! Bonne lecture. Et à très vite ! F-X.M.



Présentation de l'éditeur :

Dans ce vingtième numéro des Cahiers du Sens, le jeune poète Jean Guiony ose écrire " un poète mort qui est encore évoqué est un poète sauvé, sanctifié par la postérité.
Plus de doutes, et plus besoin de preuves a son sujet" et il déplore un peu plus avant dans son article intitulé le syndrome de l'albatros : "En revanche, le poète vivant, le poète présent, qui produit en ce moment, est un poète sans crédit, un homme dont est mise en cause, du moins mis en doute, la valeur de son travail". Presque tous les auteurs proposés ici sont vivants à l'heure où paraissent ces Cahiers.
Tous, ou presque, essayent, avec effronterie et talent, de répondre à la question : "l'inaccessible étoile, la poésie ?". Pourraient-ils tous signer le manifeste pour un vibrato majeur de Juliette Darle ? Acceptent-ils tous de considérer la poésie "comme extase" (Christophe Dauphin) ou d'épouser le point de vue d'Evelyne Morin affirmant " la poésie est ce Dadichten - dire là - Pour paraphraser le Dasein - être là - d'Heidegger".
Une chose est sûre : la richesse du sommaire de ce numéro 20 nous interdit de citer tous les auteurs qui se pressent à "notre" portillon de mots et de révoltes, au risque parfois de se faire de l'ombre et de la lumière les uns les autres ! Pour une fois, au discours de présentation, nous préférerons donc la mise en appétit de lecture par l'énumération, en quelque sorte. Guy Allix, Didier Ayres, Jean-Marie Berthier, Nathalie Picard, Brigitte Broc, Michel Cazenave, Gérard Engelbach, Dominique Dumont, Gwen Garnier-Duguy, Jean-Pierre Boulic, certes, mais aussi le retour d'Etienne Crosnier, les confirmations de Bruno Thomas, Etienne Orsini, Dany Moreil, Bernard Jakobiak ou Gérard Pfister, le premier poème publié d'Olivier Germain-Thomas, et les apparitions dans nos colonnes de Jean-Yvees Reuzeau, Josette Ségura, Alain Callès, Dominique Sutter, François-Xavier Maigre, Armen Tapinian, quelques autres encore...
Mais nous n'aimons guère les palmarès, chacun le sait. Nous avons horreur des certitudes poétiques affichées comme les décorations au salon des vanités humaines. Nous ne sommes ni juges ni partis. Nous vagabondons d'instinct hors des tribunaux universitaires et cela nous permet de respirer encore ! Vingt ans déjà que cela dure...

mercredi 21 juillet 2010

La poésie des chiffres

Ils laissent songeur, les chiffres publiés par Le magazine littéraire dans son numéro de juillet-août... Dans le cadre d'un dossier consacré à l'état de l'édition poétique, la publication dévoile les 10 meilleures ventes chez "Poésie/Gallimard", collection de recueils au format poche bien connue des amateurs. Certains de ces ouvrages ont dépassé 175 000 exemplaires vendus ! On apprend, dans le même article, que le tirage moyen d'un recueil de poèmes en France oscille entre 800 et 2000 unités... Décidément, l'édition de poésie est un secteur hétérogène ! Du côté de la marque au liseré rouge, sans surprise, les meilleurs ventes se situent du côté des valeurs sûres : Apollinaire et ses "Alcools" (soit 1 135 000 exemplaires depuis 1966 !). Puis les incontournables fleurs maladives de Baudelaire, qui aurait eu bien besoin de ce pactole de son vivant. Viennent ensuite Paul Eluard ("Capitale de la douleur"), Arthur Rimbaud ("Poésies") et Francis Ponge ("Le parti pris des choses"). Les programmes scolaires et universitaires expliquent sans doute pour une part ces scores florissants... Mais cela n'est pas suffisant.

Tous ces auteurs disparus symbolisent aussi, dans l'inconscient du public, la crème d'un âge d'or révolu, la fine fleur d'une poésie noble, partagée par le plus grand nombre (l'était-elle vraiment?). Avec ses chiffres astronomiques, le palmarès affiché par Gallimard est l'arbre qui cache la forêt. Celle des innombrables revues littéraires, qui publient chaque mois des textes inédits. Celle des éditeurs passionnés qui oeuvrent dans l'ombre à faire connaître les auteurs d'aujourd'hui. Personnellement, je reste un fidèle des titres de la collection "Poésie/Gallimard", qui ont le mérite d'être peu onéreux et très bien conçus... Grâce à ce catalogue, j'ai découvert de très nombreux poètes du XXe siècle et goûté des textes auxquels je n'aurais jamais eu accès par ailleurs. D'autant que l'éditeur parisien a le courage d'éditer certaines fines plumes du moment, et non des moindres ! Le fossé entre la "grande" et la "petite" édition pose néanmoins quelques questions : comment expliquer le divorce entre le public et le marché de la poésie contemporaine ? Et, finalement, la poésie a-t-elle vocation à être lue massivement, comme le souhaiteraient - et on les comprend - les poètes ? Pas sûr...

François-Xavier Maigre

lundi 12 juillet 2010

Un peu de poésie au coeur de l'été

C'est à La Croix qu'on doit cette heureuse initiative, peu commune pour un grand quotidien national. Et je ne dis pas cela par corporatisme ! Pendant tout l'été, le journal a confié sa der à Colette Nys-Mazure. Dès aujourd'hui, la poétesse belge ouvre généreusement son anthologie de poètes francophones, avec chaque jour un extrait de texte accompagné d'un décryptage. La poésie, écrit-elle dans ce premier volet, "est tout sauf un luxe".
"Substantielle, elle aide à vivre et celui qui l’écrit et ceux qui la lisent (...) Nous avons besoin de poèmes comme de l’air que nous respirons. Une longue fréquentation de la poésie de tous bords m’a convaincue que la vision poétique, loin de nous éloigner du réel, du présent, communique au quotidien – ses visages et ses paysages, ses émotions et ses actes – une qualité particulière, une lumière et une chaleur, un émerveillement ponctuel ou continu, comparable à l’effet du feu sur le bois sec." Parfait pour l'été. Et même après...

F-X.M.

samedi 10 juillet 2010

Les bons mots d'Eric Dubois

Ce très beau texte (lire ci-dessous) provient du blog d'Eric Dubois, poète prolifique et militant, notamment sur le Web où il anime - de façon parfois offensive, il faut bien le dire ! - la revue Le capital des mots, qui reprend du service après une longue interruption. A force de clamer sa soif de reconnaissance à tous les vents de la Toile, le poète suscite parmi ses pairs empathie ou agacement, affection ou hostilité, c'est selon. Moi, je l'aime bien, Eric. Je vous en avais d'ailleurs déjà parlé sur ce blog. Restons-en à l'écriture, puisque c'est de poésie qu'il s'agit : l'homme a développé un phrasé moderne et nerveux, souvent incantatoire, parfois elliptique, mais truffé d'évidences que l'on avait pas vues soi-même, d'images instantanément savoureuses, tout en restant lisible, par n'importe qui. Voilà un poète qui n'a pas oublié qu'il écrivait pour être lu. Au risque, parfois, de tomber dans une certaine facilité. Ce texte aux accents spirituels remplit néanmoins parfaitement sa mission. Une fois encore, Eric Dubois vise juste, en disant simplement des choses pas simples à dire.

F-X.M.

Voici le poème dont il est question (source) :


Le sentiment d'appartenir
à plus grand que soi

Est-ce Dieu
ou autre chose?


Nous sommes tous Dieu
en puissance

Nous sommes comme lui
nus

Nous lui ressemblons
il est des nôtres

Il est dans le geste
le regard

La peur et la joie

L'amour

Il s'endort avec nous
il a la même odeur que nous


Il est dans le corps
dans l'esprit

Extase et orgasme

Il est dans nos pas
dans nos errements

Il est dans ce poème
il m'écrit

C'est lui qui guide ma main
qui trouve les mots

Il me parle

Le mot est Dieu

Le mot est univers

Dieu est l'alphabet du silence

Eric Dubois,
Juillet 2010

mercredi 7 juillet 2010

Un concert de Tomislav en ligne

L'ami Tomislav vient de poster sur son myspace un extrait de concert, aperçu efficace de ce qu'il est capable de produire sur scène. A voir. Notamment "James Dean", la première chanson, qui a tout d'un tube potentiel... et à faire circuler, surtout !

vendredi 2 juillet 2010

Bientôt dans la revue Voix d'encre

Cinq de mes poèmes figureront au sommaire de la prochaine livraison de Voix d'encre, au début de l'automne prochain - Merci encore à leur comité de lecture ! Recueil après recueil, comme au fil de sa revue qui paraît deux fois l’an, cette maison d'édition s'est attachée depuis vingt ans à publier "aussi bien les inédits de quelques grands aînés d’hier que ceux des alliés substantiels du temps présent", apprend-on sur leur site Web. "Parce qu’il faut sans trêve agrandir davantage ce domaine où nous voulons respirer, tout parcourir du monde comme des possibles, toutes les dimensions du jour comme les innombrables ailleurs. Il faut encore ne pas mourir au moins avant d’avoir allumé pour jamais un brasier de mots tellement clair et brûlant qu’il semble les choses mêmes, comme le voulait Alain Borne", lit-on encore. N'hésitez pas à jeter un oeil à l'impressionnant catalogue de cet éditeur aussi discret que prolifique.

Dernier nunéro paru :

lundi 28 juin 2010

Ce qu'on trouve dans les sous-sols

La scène se passe devant l'étal d'une grande enseigne de livres d'occasion, dans un quartier touristique de Paris. Ouvrages d'art, guides linguistiques, romans de tous calibres... Sur le trottoir, on se bouscule pour dénicher la perle rare. J'accoste maladroitement un jeune vendeur : "Excusez-moi, je cherche le rayon poésie". "Ah, mais il n'y a presque rien dehors... Là, ce sont surtout les ouvrages grand public. Vous trouverez votre bonheur à l'intérieur du magasin, au sous-sol". Au sous-sol ? Grand public ? Soit ! Après tout, la poésie n'intéresse plus grand monde. Ni une ni deux, je pousse la porte et dévale le colimaçon d'acier. Me voici dans l'antre du libraire, vaste fouillis de succès jaunis et autres best-sellers en voie de désuétude. Des romans. Encore des romans. Du sol au plafond ! Tel l'archéologue obstiné, je finis par exhumer le fameux "rayon poésie" : quelques livres en décomposition, entassés dans un bac, comme de vieux ossements. Bon, regardons quand même. "Les plus beaux poèmes d'amour" ? Passons. "Anthologie des poètes français" ? Une de plus, une de moins, pas sûr que ça change ma vie. Ah : et ce mystérieux "Traité d'anatomie" (1), de Yves Mabin Chennevière ? Jamais entendu parler - honte à moi ! Pour 2 €, achetons.

Je ressors illico, ma précieuse trouvaille en poche. Direction le square voisin, pour goûter ces petits poèmes sauvés de l'abandon, à l'ombre d'un tilleul. Et là... une tempête de mots, un magma de visions prophétiques, des aphorismes à en couper souffle... Tenez : "Le poème fabrique, contient et son secret et sa clef", "Le roman s'adresse à l'homme, le poème à Dieu" ou encore "Un poème qui n'est pas hermétique est une chanson"... Quelques vérités bien senties sur la poésie, qu'on sent être le fruit d'une longue expérience (lire sa biographie). Encore un : "Deux catégories d'hommes : ceux qui consomment et ceux qui se consument". Un dernier pour la route ? "Écrire c'est explorer la réalité même invisible, en inventant sa propre méthode pour le faire". On peut toujours discuter le bien-fondé de ces affirmations. Mais elles donnent matière à réflexion. Et il fallait oser. Depuis quelques jours, ces petites phrases m'accompagnent, tournent dans ma tête, bousculent ma façon d'envisager la poésie, la création... et bien davantage. Bref, une découverte stimulante, et, pour tout dire, un vrai choc ! Moralité : si vous passez chez votre bouquiniste, n'oubliez pas de visiter son sous-sol...

François-Xavier Maigre

(1) Editions La Difference, avril 2005, 224 p., 20 €

samedi 26 juin 2010

Voyage au pays des poètes chrétiens

(paru dans La Croix du 24 juin 2010)

Le Dur métier d'apôtre : Les poètes catholiques à la découverte d'une réelle authenticité (1870-1914), de Bernard Bonnejean, Cerf, 322 p., 32 €

Cette étude minutieuse tente d'esquisser une définition de la poésie catholique, en revisitant l'œuvre de Verlaine, Péguy et Claudel

Poète catholique... L'association peut surprendre, voire prêter à sourire. En effet, beaucoup considèrent que le « vrai » poète est d'abord celui qui dérange, qui sonde la noirceur de l'âme plus que les choses de la foi, qui explore les limites du langage plus qu'il ne poursuit une quête de sens. L'étiquette spirituelle - et pire encore, catholique ! - étant souvent perçue comme un gage de prosélytisme, d'amateurisme ou de mièvrerie. Il suffit pourtant de relire Paul Verlaine ou Charles Péguy pour mesurer combien la fibre religieuse, loin de brider la créativité, peut féconder un souffle poétique d'une rare intensité lorsqu'elle rencontre un talent authentique.

C'est l'un des grands mérites de cet ouvrage que de remettre à l'honneur la famille des poètes catholiques. Pour en brosser le portrait, Bernard Bonnejean, fin connaisseur de la poésie du XIXe siècle, a choisi de se restreindre à une période comprise entre 1870 et 1914, en se concentrant sur une poignée d'auteurs connus pour leur orientation chrétienne - Verlaine, donc, mais aussi Péguy et Claudel. Au point de départ de sa réflexion, l'inévitable « gageure », à laquelle, selon lui, tout poète croyant est un jour confronté : celle de « rendre compatible la liberté créatrice inhérente à l'inspiration » et « la discipline » liée à la « transmission de concepts et d'idéaux évidents et irrécusables ». Il s'agit en clair de définir à quelles conditions poésie et foi chrétienne peuvent s'accorder.

La poésie, s'interroge l'universitaire, a-t-elle « un sens, c'est-à-dire non seulement une signification ou une utilité, mais aussi une "direction" », qui ferait du poète le « serviteur de Dieu », voire son « acolyte privilégié » ? Loin d'asséner des réponses toutes faites, cette étude minutieuse se déploie dans la longueur, nourrie de très nombreux extraits de poèmes, correspondances et articles.

Pas de certitudes, donc, mais quelques intuitions fortes. Ainsi, dans le sillage de Claudel, Bernard Bonnejean avance que « plus la poésie se donne une finalité haute, plus elle doit se départir d'une originalité formelle et rhétorique où l'artiste ne s'ingénierait qu'à faire valoir son génie propre et à rechercher un plaisir égoïste d'esthète ». D'une érudition parfois décourageante pour le simple amateur, cette étude fournit néanmoins de précieuses clés de lecture pour aborder les poètes chrétiens d'aujourd'hui, de Jean-Pierre Lemaire à Gilles Baudry, en passant par Philippe Delaveau ou Roland Nadaus. Et tous ceux qui creusent un sillon spirituel, par-delà les étiquettes.

François-Xavier Maigre

jeudi 17 juin 2010

18 juin, mon plat de Résistance

Question aperçue, ce matin, à la une des grands quotidiens et des blogs d'actualité : qu'est-ce que résister, en 2010 ? Il y a 70 ans, le général de Gaulle lançait outre Manche son fameux appel à la France vaincue. Certes, les menaces idéologiques et militaires semblent désormais lointaines (quoique!), et la vie s'écoule plutôt paisiblement pour une majorité d'entre nous, malgré les inévitables épreuves individuelles. Chacun cultive à sa manière l'esprit de résistance. Au coeur de ses propres tentations bien sûr, de ses propres faiblesses. Vis-à-vis des autres aussi. Vis-à-vis des injustices et des courants dominants, du prêt-à-penser et du politiquement correct, de l'injustice... A l'évidence, il y a mille et une façon de résister. En voilà une : ce week-end se tient à Paris, place Saint-Sulpice, la 28ème édition du Marché de la poésie. Allez donc y faire un tour ! Et si, résister en 2010, c'était... lire et écrire ?

François-Xavier Maigre

vendredi 4 juin 2010

Soutenez Tomislav !

Je vous en avais parlé ici même. Vous pouvez désormais soutenir Tomislav via internet, en investissant sur la production de son futur album ! L'artiste le mérite, vraiment. A écouter, à faire connaître autour de vous !
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mercredi 26 mai 2010

Parution dans les Cahiers du Sens 2010

Une bonne nouvelle ! J'ai la joie de figurer au sommaire de l'édition annuelle des Cahiers du Sens édités par le Nouvel Athanor, sous la houlette de Danny-Marc et Jean-Luc Maxence. Cette année, la revue fête ses vingt ans ! Son thème ? "La poésie", tout simplement ! On y retrouve de fines lames (à côté desquelles je fais pâle figure!) : France Burghelle Rey, Andrée Chedid, Christophe Dauphin, Bernard Jakobiak, Jean-Pierre Lesieur, Dana Shishmanian ou Patrice Delbourg, pour ne citer qu'eux... La revue sera disponible (236 pages, 19 €) lors du 28e Marché de la Poésie qui se tiendra place Saint-Sulpice (Paris 6e) du 17 au 20 juin, au stand D5 pour être précis. L'occasion de découvrir toute la richesse et la diversité d'un univers poétique moins éteint qu'il n'y paraît. Bonne lecture !

lundi 17 mai 2010

Ed Harcourt, l'âme des brumes anglaises

Retenez bien ce nom. Celui d'un grand songwriter à découvrir... Son nouveau disque ("Lustre" le bien-nommé, tout d'élégance et de contrastes) ne sera disponible qu'au mois de juin. Mais on peut l'écouter en avant-première grâce à la magie du web ! Musicien surdoué (piano, guitare, basse, banjo...), Edward Harcourt est surtout un chanteur aux capacités immenses, dont les râles gorgés de houblon évoquent parfois le meilleur de Tom Waits, tutoyant ailleurs les sommets de pureté d'un Jeff Buckley ou d'un Elliott Smith. Ajoutez à cela un phrasé pianistique immédiatement reconnaissable, un brun rétro, façon Rufus Wainwright, et le décor est planté. Sauf qu'Ed Harcourt fait du Ed Harcourt. D'album en album, son oeuvre ne ressemble à aucune autre. Tant mieux ! Les anglophiles apprécieront aussi la poésie singulière d'un auteur lettré, volontiers fantasque, qui reste hélas trop méconnu - barrière de la langue ? - de ce côté de la Manche. S'il poursuit son exploration, et si son exigence finit par rencontrer un écho populaire, Ed Harcourt pourrait bien être à la pop music ce que Jim Jarmush ou Tim Burton sont au cinéma grand public. Pas assez tubesque, sans doute, pour les radios... Mais quel plaisir, pour le mélomane, de plonger dans cette ambiance crépusculaire, peuplée de fantômes et de croque-mitaines, de monstres et d'humeurs saisonnières, de tendresse aussi.
Ce disque est un bijou, donc.

François-Xavier Maigre









samedi 15 mai 2010

Lecture de poèmes dimanche 16 mai 2010

Bonjour ! Petite pub de dernière minute ! J'aurai le plaisir d'assister à cette rencontre, lors de laquelle je dirai trois poèmes parus dans le dernier numéro d'Ici é Là. N'hésitez pas à passer si vous êtes à Paris, l'entrée est libre, il y aura plusieurs poètes qui valent le détour.
Bon week-end, à très vite ! F-X.M.

La Maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines

présente sa revue

Ici é Là, n°12


Halle Saint Pierre – auditorium

Dimanche 16 mai à 15h00

Entrée libre dans la limite des places disponibles

Avec :
Roland Nadaus, Dan Bouchery, Christophe Dauphin, Claude Ber, Philippe Biget, François-Xavier Maigre, James Noël, Nathalie Pascal, Hervé Martin,

samedi 8 mai 2010

Saint-Pol-Roux par Roland Nadaus

La prochaine émission « Dieu écoute les poètes » (RCF 61) sera consacrée à Saint-Pol-Roux ; elle sera diffusée en direct le lundi 10 mai à 11h15.
On peut l’écouter en FM dans la région ornaise et sur internet, en direct uniquement : sur le site de RCF ou sur cet autre site.
Rediffusion samedi 19 à 17h15 et dimanche 20 à midi.
On peut aussi en demander un cd à RCF 61 : 02.33.80.20.61
Connaissant la passion de Roland Nadaus pour l’oeuvre magistrale mais - hélas - quelque peu oubliée du Mage de Camaret, cette émission devrait valoir son pesant d’or.

dimanche 2 mai 2010

Parution de trois poèmes dans "Ici é là"

Bonjour à vous, rares - mais précieux - lecteurs ! Pardonnez ma légère baisse d'activité ces dernières semaines : beaucoup de travail sur le plan professionnel, et donc, forcément, moins de temps pour l'écriture, le furetage sur le web... et le partage des mots !

De plus, je travaille sur un éventuel recueil et, de ce fait, m'efforce de laisser reposer davantage mes textes, pour leur permettre de mûrir, de se bonifier (je l'espère!). J'en mettrai quelques uns en ligne, d'ici peu. En essayant d'être plus sélectif, plus exigeant que je ne l'ai été jusqu'ici. Ce blog est une improvisation permanente, je teste, tâtonne !

Par ailleurs, pour ceux qui connaissent la très belle revue "Ici é là", éditée par la Maison de la poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines, vous y trouverez dans son n°12, qui vient de paraître, trois poèmes envoyés il y a un bout de temps, à tout hasard... Merci à leur comité de lecture pour leurs encouragements et leur suivi irréprochable.

F-X.M.

lundi 19 avril 2010

Si la photo est bonne...

Fallait-il vraiment exhiber le visage adulte de Rimbaud ? Avait-on besoin de voir au grand jour ce vieux cliché sépia, déniché il y a peu par deux libraires chanceux ? La question agite la blogosphère et les sites de presse depuis plusieurs jours (384 résultats rien qu'en tapant "Rimbaud" dans l'onglet actualité de Google !) Certains, minoritaires, crient au scandale : on ne reconnaît pas l'auteur des Illuminations, disent-ils, ce visage est flou, décevant, son expression est banale... Bref, on s'en serait volontiers passé. D'autres allant même jusqu'à nier l'évidence - Non, ce n'est pas lui. Etonnant. Les mêmes qui snobent habituellement l'actualité poétique et les poètes s'insurgent soudain contre une odieuse profanation du mythe rimbaldien. C'en est presque cocasse ! Mais il y a aussi du vrai dans ces réticences. Car ces reliques n'apportent rien à l'oeuvre du poète. Sans doute l'intéressé aurait-il souri, un rien agacé, devant tant d'emballement. Le meilleur moyen de sonder le mystère de Rimbaud, c'est encore de le lire.
F-X.M.

mercredi 14 avril 2010

Où sont les grandes voix ?

Question posée, récemment, par Xavier Bordes sur son blog. Le poète fait ce constat : "Ce qui est inquiétant pour la poésie, en cette période du moins, c’est que parmi une profusion de poètes, ou considérés comme tels, sur le Net ou en édition de livres, on ne trouve pas souvent le poème qu’on a envie de relire cent fois. Certes, il faut une bien grande puissance poétique pour que de tels poèmes existent. Mais on aimerait vraiment en découvrir plus souvent…" Plus préoccupant selon lui, le monde de la poésie se trouverait désormais "devant une mer de vagues minuscules, rarement dérangées par une lame de fond qui s’en détacherait". Et de s'interroger : "Où les Baudelaire, les Hugo, les Shakespeare, les Verlaine, etc… - les « grandes voix » - d’aujourd’hui ?" Bref, lâche Xavier Bordes, on dirait bien "que ces temps-là sont terminés".

Un constat lucide, à l'évidence. Il suffit d'observer le peu de place accordé aux poètes dans les médias grand public, que ce soit sur papier ou sur écran. Ou simplement de flâner dans les rayons des librairies et autres enseignes culturelles pour mesurer le désintérêt généralisé pour la poésie... Peu en lisent, peu en achètent. Certes. Faut-il en conclure qu'il n'y a plus de brillants poètes ? La fidélité d'éditeurs passionnés, d'innombrables revues et de dizaines de blogs n'est-elle au contraire le signe d'une vitalité plus tenace qu'il n'y paraît ? Et puis, attention, me semble-t-il, à l'effet trompeur du temps : beaucoup, parmi les grandes plumes de naguère, n'ont été réellement sacrées que longtemps après leur mort !

Nul doute que les poètes qui comptent aujourd'hui seront reconnus demain, au-delà du petit cercle de leurs confrères et des rares passionnés. Si ce n'est pas - heureusement ! - déjà chose faite pour certains : Jacques Réda, Philippe Jaccottet, Jean-Pierre Lemaire, François Cheng, Gilles Baudry, Gérard Bocholier, Roland Nadaus, Jehan Despert, Pierre Oster, Charles Juliet, Philippe Delaveau, Jean-Marie Kerwich, Jean-Michel Maulpoix, Bruno Doucey... ou Xavier Bordes, pour ne citer qu'eux ! Au fond, notre monde ne manque pas de prophètes, de "grandes voix" comme on s'en inquiète parfois. Il manque plutôt d'oreilles et d'âmes en quête d'une Parole essentielle, avides d'un regard pénétrant sur le réel et l'invisible. Sans doute parce qu'il tourne trop vite, notre monde est un peu sourd.

François-Xavier Maigre

mercredi 7 avril 2010

Un poème primé lors d'un concours

Le poème "Onde" (ci-dessous) a reçu hier un prix à l'issue du concours organisé par la municipalité de Ville d'Avray (Hauts-de-Seine). Merci à leur jury !


onde


sonatine longue à léguer
au plus offrant au plus offert
pour en couler un or
plus pur que mer

fane l’heure liquide
au front d’un peuplier
je ne manque l’appel
de l’un de l’autre
quand glisse en moi
l’hymne mineur

à rebours en retrait
sous les calendes de l’aube
démêle l’onde
en sourdine.

F-X.M.

samedi 3 avril 2010

La lueur de Pâques sous l'œil de Nadaus

Ce soir, la lumière l'emporte sur les ténèbres... Belles fêtes de Pâques aux rares lecteurs de ce blog poétique ! A vous aussi, beaucoup de vie dans tous vos engagements, projets, désirs. Je vous livre en partage ce magnifique poème de circonstance, reçu de l'ami Roland Nadaus. Certains l'auront peut-être déjà lu dans la revue belge « L’Inédit » d’avril 2010. A très vite ! F-X.M.

LE GRAND HÊTRE/LE GRAND ETRE


Comme un grand frère païen
l’Arbre Ancestral
proclame au ciel ses racines

Dans la posture de l'orant
mais mille fois multipliée
ses mains de feuilles implorent Dieu
paumes ouvertes vers l'Amour

Il faut donc le déconstruire
l’éparpiller
sans tronçonneuse
juste par le regard

Puis le reconstruire
dans sa frêle puissance
pour retrouver en lui
l'hommage de la sève qui monte

Alors l’Arbre Ancestral devient vitrail
feuilles en éclats de couleurs
Ses reflets dispersés sur les herbes humides
proclament la Vie réconciliée

Nous nous inclinons devant lui : je te salue Grand Autre
et je pense au Grand Pendu
au Crucifié agoni d'injures
agonisant dans sa Lumière


–dont le soleil n'est qu'un reflet–

Roland Nadaus

vendredi 2 avril 2010

Lettre à tous les jeunes poètes

C'est à Jean-Pierre Lesieur, vétéran incontesté dans l'art de concevoir et de produire une revue qui dure dans le temps (Le Pilon, et, depuis dix ans, Comme en poésie), que l'on doit cette précieuse missive, adressée à tous ceux qui briguent un brin d'espace dans ses colonnes. Des conseils d'une justesse avisée, à méditer avant de se lancer...
"Je réponds enfin à l’envoi de vos poèmes et je vous prie d’excuser le retard de cette réponse. Je reçois en effet énormément de textes à croire que les poètes poussent comme des champignons dans les sous bois par temps d’orage d’automne", commence Jean-Pierre Lesieur, qui n'y va pas par quatre chemins : " Sachez que je privilégie chez les auteurs ceux qui n’ont pas envoyé leurs poèmes à l’aveuglette c'est-à-dire après avoir longuement fréquenté, en tant que lecteurs les différents numéros de poésie que j’ai publiés depuis la naissance de la revue. Je donne aussi ma préférence aux poètes qui m’envoient des textes inédits en recueils et en revue car les abonnés étant tous ou presque abonnés à plusieurs revues ils n’aiment pas, et je les comprends, retrouver le même texte au même moment dans plusieurs".
Ne se réclamant d' "aucune chapelle" poétique, le poète d'Hossegor conseille aussi de sélectionner ses textes "les plus aboutis" : ceux, dit-il, "que vous feriez lire à votre petite amie, votre belle-mère ou le secrétaire perpétuel de l’Académie". Les autres, "laissez les mûrir ou mourir au fond de votre tiroir, celui que vous n’ouvrez que pour les grandes occasions".
Notre expert souligne par ailleurs que "s’abonner à une ou plusieurs revues paraît le meilleur moyen pour connaître, lire, apprendre la poésie qui se fait aujourd’hui". Sachez aussi, poursuit-il, que d’être édité dans une revue de poésie "n’ouvre pas automatiquement le droit à la célébrité et à la gloire". Bref, "laissez cela à la star académie". Et "si vous êtes refusé n’en faites pas une maladie de peau, il y a plus grave dans la vie, une autre revue prendra vos poèmes, c’est seulement que vous n’avez pas frappé à la bonne porte", ajoute-t-il, en vieux sage.

François-Xavier Maigre

jeudi 1 avril 2010

Le veilleur amoureux

précédé de Eucharis, de Philippe Delaveau
Gallimard, 350 p., 9,30 €

(Recension parue dans La Croix du 1er avril 2010)

Ces deux recueils, publiés en 1989 et 1992, sont enfin réédités dans la prestigieuse collection «Poésie/Gallimard », au format poche. Cette heureuse initiative devrait permettre aux plus jeunes de découvrir une grande voix de la poésie contemporaine, qui a su imposer son élégance sereine, parfois contre les vents dominants. Comme le remarque Michel Jarrety en préface, l’écriture de Philippe Delaveau tranche en effet « sur une époque de poésie française qui avait été surtout soucieuse d’expérimentation, d’un travail où les mots composaient trop souvent une grammaire du poème refermé sur lui-même et son déchiffrement ». À l’inverse, Delaveau n’a cessé d’être ce « veilleur amoureux », attentif au sens des mots, ce puisatier capable de faire jaillir la sève d’une parole quasi sacrée : « J’accomplis un rituel qui n’a pas d’égal,/Je m’enfonce dans la nuit des temps./Je suis la tour à l’avant de la nuit,/Les mains sur le rebord de pierre. »

François-Xavier Maigre

jeudi 18 mars 2010

Saint-Pol-Roux, le magnifique

Un petit reportage fort bien fait sur Saint-Pol-Roux (1861-1940), immense poète et dramaturge, injustement oublié. Grâce aux éditions Rougerie, et grâce au travail d'une poignée de passionnés, celui que les Bretons avaient surnommé "le Mage de Camaret" retrouve peu à peu les faveurs d'une nouvelle génération de lecteurs. Comme le relève très justement Roland Nadaus, « plus d'un jeune poète serait bien avisé de lire les poèmes en prose du Magnifique : prose inspirée, qui déferle dans une tempête d'images stupéfiantes, de rimes intérieures à en devenir saoul, de sonorités dignes d'un orchestre symphonique et d'un quatuor à la fois, mais aussi d'une modernité à côté de laquelle certaines célébrités actuelles font pâle figure » (lire revue Ici é Là n°9)Tout cela, précise Roland Nadaus, « s'appuyant sur une vision prophétique de la Poésie, loin des modes et de l'esbroufe ».

Le manoir de Saint-Pol-Roux à Camaret (11/8/2008) - Ma-Tvideo France3
Le manoir de Saint-Pol-Roux à Camaret (11/8/2008)

Dans un indispensable volume de la collection "Poètes d'aujourd'hui" consacré à Saint-Pol-Roux (Seghers, 1952), Théophile Briant - un autre grand poète breton - résume ainsi la modernité du père des "Litanies de la mer" : « Peu d'écrivains montrèrent autant d'indépendance que le Magnifique, qui ne se recommanda jamais de personne, et qui disait laisser "le privilège de la lecture" aux "lugubres forbans de l'assimilation". Inventeur étonnant, éveilleur presque unique de pensées et de rythmes, il introduisit dans une partie de son oeuvre un mélange de science et de sorcellerie, forgeant, quand le vocabulaire lui semblait trop pauvre, des néologismes qui firent grincer des dents à certains gardes-barrières de la syntaxe : ouraganer, plage sabuleuse... » Saint-Pol-Roux se définissait lui-même comme un puisatier de la Parole. L'Univers, disait-il, est « une catastrophe tranquille : le poète démêle, cherche ce qui respire à peine sous les décombres et le ramène à la surface de la vie ». Peu l'ont exprimé avec autant de clairvoyance...

A voir : un blog très complet sur Saint-Paul-Roux

François-Xavier Maigre

lundi 15 mars 2010

Je suis allé au soufre natif

de Francis Coffinet, Zurfluh / « Les Cahiers bleus », 66 p., 8 €

(recension parue dans La Croix du 11 mars 2010)

Ses mots sont rares mais résonnent de façon magistrale. Francis Coffinet, 54 ans, poète, plasticien et acteur de cinéma, délivre dans son dernier recueil une grande leçon d’écriture. Sans métrique ni rimes, son phrasé démontre, par sa seule musicalité, qu’un poème en vers libres requiert une science tout aussi exigeante que celle des formes fixes de naguère. « Ce livre est une remontée vers la puissance native du sens », explique l’auteur, qui conçoit la poésie comme une « respiration essentielle du cœur et de la pensée ». Bien que parfois opaques, on pressent, dans ces textes courts, le « soufre natif » d’une parole venue de loin, charnelle et intime.
Truffée d’images éblouissantes (« L’énigme tourne deux fois plus lentement/que la terre autour du soleil »), son œuvre est celle d’un orfèvre : « Je parle à rebours/j’enroule la prière autour de son axe./Féerie dans le sens/je travaille la substance même du désir. »

François-Xavier Maigre

vendredi 12 mars 2010

Mieux se connaître grâce à la poésie

Les meilleures choses ne viennent pas toujours des spécialistes. En l'occurrence, je viens de lire un très bon papier sur la poésie dans un magazine... de psycho ! "Mettez de la poésie dans votre vie", scande ce dossier de trois pages paru dans le n° de février de Psychologies magazine, sous la plume de Flavia Mazelin Salvi. On devine que la proximité de l'immanquable "Printemps des poètes" n'est pas étrangère à cet honneur inhabituel. Sans doute fallait-il, comme on dit dans le jargon, "coller à l'actu" et sacrifier à ce marronnier - sujet récurent - de façon originale. Il n'empêche : la démarche est suffisamment rare pour être saluée, d'autant qu'elle touche au coeur de ce qui fonde la poésie. Et c'est un philosophe qui nous l'enseigne : « Par ses sonorités, ses rythmes, ses images, la poésie exprime l'état le plus achevé de la "maison de l'être" », affirme Jacques de Coulon, qui n'hésite pas, dans ses travaux, à rapprocher la poésie d'une méthode de développement personnel.

Pour en faire l'expérience, il suffit, dit-il, « de choisir un poème, de le réciter à voix haute et de se laisser porter. Aussitôt, notre imaginaire compose une mélodie et un paysage singuliers». Quatre exercices pratiques sont ainsi proposés pour apprendre à se recentrer, sortir des sentiers des battus, traverser des difficultés ou enrichir son quotidien... Tout cela, grâce au seul pouvoir des mots ! Ces petits conseils, nourris d'exemples concrets, visent à creuser l'écoute autant qu'à libérer une parole. Le témoignage de Sabine, décoratrice de 32 ans, est, à cet égard, éloquent : « Une dizaine de poèmes, découverts à l’école, me reviennent dans des situations très précises. Si je marche en montagne ou sur une plage, Baudelaire (“La Nature est un temple où de vivants piliers…”) vient nourrir mon sentiment de plénitude ; quand je me sens fragile, Nietzsche me redonne confiance (“Car je suis flamme assurément!”) ; et dans les moments difficiles, réciter Aragon en boucle (“Donne-moi tes mains pour l’inquiétude…”) m’apaise : par l’effort de mémoire que cela exige, par le rythme qui peu à peu me berce et me fait entrevoir autre chose que ce que je suis en train d’affronter. Je vis la poésie comme une pratique spirituelle – la seule qui me touche ». Les meilleures choses, décidément, ne viennent pas toujours des spécialistes.

François-Xavier Maigre

mercredi 3 mars 2010

Le « secours poétique » au chevet d’Haïti

Article paru dans "La Croix" du 03/03/2010
rubrique "Une idée pour agir"

Bien qu’étant peu lue, la poésie contemporaine reste un vivier fécond et moins replié sur lui-même qu’on ne le pense. Depuis plusieurs semaines, des centaines d’auteurs se retroussent les manches pour venir en aide au peuple haïtien, à la suite du cataclysme qui a frappé l’île, en janvier. Mais que peuvent-ils, les poètes, face à la souffrance ? « Partager ce cri intérieur, l’ouvrir au monde pour qu’il soit l’acte de solidarité espéré », répondent la poétesse roumaine Dana Shishmanian et l’écrivain mauricien Khal Torabully, initiateurs du projet « Poètes pour Haïti ». À travers ce geste de « secours poétique », il s’agit, disent-ils, de provoquer un sursaut de « créativité devant l’anéantissement ».

Le collectif rassemble près de 70 auteurs originaires des cinq continents, dans un ouvrage éponyme de 122 pages, sobre et poignant, à consulter sur le Web. Le recueil peut être téléchargé au format PDF en échange d’un don à une association (Action contre la faim, Croix-Rouge, Secours catholique, Solidarités ou Unicef). Loin de n’être qu’un prétexte humanitaire, l’ouvrage étonne par la qualité de ses textes. De grandes voix de la poésie actuelle s’y font entendre, comme celle de Colette Nys-Mazure, chroniqueuse pour le mensuel de spiritualité Panorama (édité par Bayard) : « Il s’agit de faire face/à l’innommable ;/Aucun mot pour dire./ Tendre l’oreille./ Saisir les mains pantelantes./ Inventer des relevailles. » Ailleurs, le poète Éric Dubois s’efface, avec un profond respect, derrière le cri des fils d’Haïti : « Nous avons faim/nous n’éprouvons pas même la colère/Contre qui contre quoi ?/Ne parlez pas de fatalité/ne dites rien/Nous sommes de la même humanité/qui souffre/Vos frères et vos sœurs/de la même espérance/Aidez-nous/à nous tenir droit/Venez. » Sans aucune promotion, l’initiative s’est propagée via les blogs et réseaux sociaux tels que Facebook. Dana Shishmanian aimerait trouver un éditeur qui accepte de publier l’ouvrage sous forme papier, afin d’accentuer sa diffusion… et ses retombées financières en Haïti.

François-Xavier Maigre

mercredi 24 février 2010

Deux poèmes dans "Comme en poésie" n° 41

Un petit coup de pub... Après tout, ce blog sert aussi à cela ! Deux de mes poèmes ("Houlgate" et "Indélicatesses") seront au sommaire de la revue Comme en poésie n°41, à paraître ces jours-ci. Cette publication, animée par le truculent Jean-Pierre Lesieur, vient de fêter ses dix ans. Merci à lui, et bonne lecture aux nombreux fidèles de cette revue éclectique et attachante !

F-X.M.

mardi 23 février 2010

A quoi sert un poème ?

Éternelle question, sans cesse débattue, jamais tranchée... Au détour d'un billet publié sur son blog, le poète et universitaire Jean-Michel Maulpoix a cette réflexion, très juste : Le poème, dit-il, est "un curieux objet de langue, généralement de petite taille – on le dira volontiers « portatif » – fait pour être porté, appris par cœur, offert, transmis, issu du plus intime de soi et destiné au plus intime de l’autre". En somme, poursuit le directeur du Nouveau Recueil, "c’est un don fait à quiconque", il "appartient à celui qui le trouve, à celui qui le lit et qui peut-être va le faire sien". Ainsi, "le poème porte en lui comme sa raison d’être l’espérance d’être lu".

F-X.M.

mercredi 17 février 2010

Tomislav, la voix qu'on n'attendait plus

Assister à un concert de Tomislav, c'est subir un choc physique. Comment un gars aussi timide, planté seul, sur scène, muni du strict nécessaire, peut-il générer pareille profusion de sons et de couleurs ? De mémoire de mélomane, jamais je n'avais reçu une telle décharge d'adrénaline en "live". Trentaine bien sonnée, Tomislav est l'un des visages montants de la scène alternative francilienne. Je vous l'accorde : le coup de l'homme orchestre, on nous l'a déjà fait (Matt Mahaffey, Ed Harcourt...) Avec sa grosse caisse, sa cymbale charleston, sa guitare et son harmonica, notre homme n'a, d'évidence, rien inventé. Sans doute aussi le blondinet à la six cordes cabossée surfe-t-il intelligemment sur la vague "chanson-folk" du moment... Il reste qu'avec Tomislav, la formule atteint une perfection et une justesse rarement égalées. Pour un peu, on jurerait entendre, par instants, un groupe au grand complet. Sa musique ? Une folk de la plus haute facture, traversée de réminiscences funk et bluesy, scandée par un phrasé guitaristique très hendrixien.

Son timbre de voix, contemporain à souhait et moins gracile qu'il n'y paraît, évoque parfois Sinclair (mais la comparaison s'arrête là), John Butler ou Tété, auquel Tomislav pourrait faire une sérieuse concurrence, si une "major" finissait par le signer. Au-delà de la forme, celui qu'on surnomme parfois le "one man band" et qui a déjà ouvert pour Bruce Springsteen, son idole de toujours, témoigne d'une réelle finesse d'écriture. Il y a de l'orfèvre chez Tomislav, auteur attendrissant et lettré, souvent drôle. Son répertoire, ciselé dans la langue de Molière, laisse parfois deviner un regard critique sur le monde actuel ("Comme une balle", "Je suis là"...), explorant ailleurs les vertiges de l'âge adulte, et ses renoncements ("James Dean", "Le temps est à la fête"...) Effet miroir garanti ! Le thème du voyage, de l'itinérance déclinée sous toutes ses formes, est également très présent dans l'œuvre de ce fils de banlieue parisienne, partagé entre ses racines françaises et croates ("Demain", "Où vont les hommes"). Car il s'agit bien d'une œuvre. Une œuvre en devenir, certes - Tomislav n'a pas encore sorti d'album -, mais singulière et authentique, pleine de promesses dans un paysage radiophonique terriblement formaté. A goûter, de toute urgence.

François-Xavier Maigre