mardi 2 février 2010

Chronique littéraire de Pol-Jean Mervillon

Citation parue dans "Kiosq" de janvier 2010 n°71, supplément culturel du "Petit Quentin", journal d'information de Saint-Quentin-en-Yvelines.

CHRONIQUE LITTERAIRE

Mon petit Quentin,

Tu as beaucoup de connivences bretonnes, je le sais. C’est pourquoi je te signale deux ouvrages qui vont te réjouir : Promenades littéraires en Finistère de Nathalie Couilloud (1) et 365 méditations sur les chemins de la Bretagne sacrée (2 ) avec de superbes photographies d’Yvon Boëlle – au moins une par jour puisque, tu l’as deviné, il s’agit d’un livre-calendrier à ouvrir chaque jour sur un ou des textes et une ou deux photographies en couleurs. Les écrits vont de l’Antiquité jusqu’à de jeunes poètes contemporains comme François-Xavier Maigre. À offrir, à t’offrir. Quant au premier livre, c’est une de ces promenades que chaque département devrait offrir à ses habitants : hélas cela va devenir impossible avec la nouvelle loi sur les collectivités locales, je le crains… On a beaucoup parlé ces temps derniers des minarets suisses… cela évite évidemment de parler du reste : chômage, crise du logement, précarité, etc., mais aussi de parler de Ces chrétiens qu’on assassine comme les appelle René Guitton (3), prix des Droits de l’homme 2009. Il y aurait trop d’exemples à citer : tel homme mis en prison en Algérie pour une Bible trouvée dans sa voiture. Tel autre dont la maison est brûlée, tout comme l’église qu’il fréquentait. Sans parler des chrétiens assassinés chaque jour ou des chiffonniers égyptiens, chrétiens coptes, persécutés parce qu’ils élèvent des porcs. Grand silence médiatique et grand silence complice des beaux esprits pourtant si prompts à la dénonciation… On a déjà connu ça… Pour d’autres crimes… Le livre de Jean-Claude Tardif, La Nada ( 4 ), nous rappelle d’autres silences mais aussi d ’autres courages, comme celui des « brigadistes » pendant la guerre d’Espagne. Composé d’une suite de nouvelles très intenses, ce petit livre est un livre important, bouleversant. L’écriture est à la hauteur du propos : généreuse, puissante, soignée. Le souvenir du grand-père – et ses souvenirs – hantent chaque page. À travers des personnages différents qui racontent chacun « leur » guerre, J.-C. Tardif nous fait revivre avec force et émotion ce que lui-même porte en lui de par ses origines. Mais comment ne pas terminer cette trop brève lettre sans t’alerter sur La Douleur des arbres (5), terribles et superbes photos en noir et blanc de Patrice Leterrier avec des textes très travaillés de Mario Urbanet pour les illustrer ? Tu te souviens de la tempête du 26 décembre 2009 ? Dix ans plus tard, en voici les cicatrices dont certaines jamais ne se refermeront. Ta Maison de la poésie a d’ailleurs exposé l’ensemble. Encore un exemple de livre soutenu par une collectivité territoriale et qui risque lui aussi de ne plus être possible avec la nouvelle loi… Bon, allez, je te souhaite quand même une très bonne année de lecture et de liberté, petit Quentin de mon territoire !

Pol-Jean Mervillon

1) Éd. Coop Breizh, 20 €
2) Éd. Presses de la renaissance, 28 €
3) Éd. Flammarion, 21 €
4) Éd. Le temps qu’il fait, 15 €
5) Éd. de l’Amandier, 18 €

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