mercredi 17 février 2010

Tomislav, la voix qu'on n'attendait plus

Assister à un concert de Tomislav, c'est subir un choc physique. Comment un gars aussi timide, planté seul, sur scène, muni du strict nécessaire, peut-il générer pareille profusion de sons et de couleurs ? De mémoire de mélomane, jamais je n'avais reçu une telle décharge d'adrénaline en "live". Trentaine bien sonnée, Tomislav est l'un des visages montants de la scène alternative francilienne. Je vous l'accorde : le coup de l'homme orchestre, on nous l'a déjà fait (Matt Mahaffey, Ed Harcourt...) Avec sa grosse caisse, sa cymbale charleston, sa guitare et son harmonica, notre homme n'a, d'évidence, rien inventé. Sans doute aussi le blondinet à la six cordes cabossée surfe-t-il intelligemment sur la vague "chanson-folk" du moment... Il reste qu'avec Tomislav, la formule atteint une perfection et une justesse rarement égalées. Pour un peu, on jurerait entendre, par instants, un groupe au grand complet. Sa musique ? Une folk de la plus haute facture, traversée de réminiscences funk et bluesy, scandée par un phrasé guitaristique très hendrixien.

Son timbre de voix, contemporain à souhait et moins gracile qu'il n'y paraît, évoque parfois Sinclair (mais la comparaison s'arrête là), John Butler ou Tété, auquel Tomislav pourrait faire une sérieuse concurrence, si une "major" finissait par le signer. Au-delà de la forme, celui qu'on surnomme parfois le "one man band" et qui a déjà ouvert pour Bruce Springsteen, son idole de toujours, témoigne d'une réelle finesse d'écriture. Il y a de l'orfèvre chez Tomislav, auteur attendrissant et lettré, souvent drôle. Son répertoire, ciselé dans la langue de Molière, laisse parfois deviner un regard critique sur le monde actuel ("Comme une balle", "Je suis là"...), explorant ailleurs les vertiges de l'âge adulte, et ses renoncements ("James Dean", "Le temps est à la fête"...) Effet miroir garanti ! Le thème du voyage, de l'itinérance déclinée sous toutes ses formes, est également très présent dans l'œuvre de ce fils de banlieue parisienne, partagé entre ses racines françaises et croates ("Demain", "Où vont les hommes"). Car il s'agit bien d'une œuvre. Une œuvre en devenir, certes - Tomislav n'a pas encore sorti d'album -, mais singulière et authentique, pleine de promesses dans un paysage radiophonique terriblement formaté. A goûter, de toute urgence.

François-Xavier Maigre

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