vendredi 12 mars 2010

Mieux se connaître grâce à la poésie

Les meilleures choses ne viennent pas toujours des spécialistes. En l'occurrence, je viens de lire un très bon papier sur la poésie dans un magazine... de psycho ! "Mettez de la poésie dans votre vie", scande ce dossier de trois pages paru dans le n° de février de Psychologies magazine, sous la plume de Flavia Mazelin Salvi. On devine que la proximité de l'immanquable "Printemps des poètes" n'est pas étrangère à cet honneur inhabituel. Sans doute fallait-il, comme on dit dans le jargon, "coller à l'actu" et sacrifier à ce marronnier - sujet récurent - de façon originale. Il n'empêche : la démarche est suffisamment rare pour être saluée, d'autant qu'elle touche au coeur de ce qui fonde la poésie. Et c'est un philosophe qui nous l'enseigne : « Par ses sonorités, ses rythmes, ses images, la poésie exprime l'état le plus achevé de la "maison de l'être" », affirme Jacques de Coulon, qui n'hésite pas, dans ses travaux, à rapprocher la poésie d'une méthode de développement personnel.

Pour en faire l'expérience, il suffit, dit-il, « de choisir un poème, de le réciter à voix haute et de se laisser porter. Aussitôt, notre imaginaire compose une mélodie et un paysage singuliers». Quatre exercices pratiques sont ainsi proposés pour apprendre à se recentrer, sortir des sentiers des battus, traverser des difficultés ou enrichir son quotidien... Tout cela, grâce au seul pouvoir des mots ! Ces petits conseils, nourris d'exemples concrets, visent à creuser l'écoute autant qu'à libérer une parole. Le témoignage de Sabine, décoratrice de 32 ans, est, à cet égard, éloquent : « Une dizaine de poèmes, découverts à l’école, me reviennent dans des situations très précises. Si je marche en montagne ou sur une plage, Baudelaire (“La Nature est un temple où de vivants piliers…”) vient nourrir mon sentiment de plénitude ; quand je me sens fragile, Nietzsche me redonne confiance (“Car je suis flamme assurément!”) ; et dans les moments difficiles, réciter Aragon en boucle (“Donne-moi tes mains pour l’inquiétude…”) m’apaise : par l’effort de mémoire que cela exige, par le rythme qui peu à peu me berce et me fait entrevoir autre chose que ce que je suis en train d’affronter. Je vis la poésie comme une pratique spirituelle – la seule qui me touche ». Les meilleures choses, décidément, ne viennent pas toujours des spécialistes.

François-Xavier Maigre

2 commentaires:

  1. J'aime cette approche de la poésie comme ressourcement intérieur. Deux réflexions :
    - Il y a la poésie lue, relue, mâchée et remâchée, et la poésie que l'on écrit, laquelle est aussi une "surgence" ou résurgence de cette source intérieure ;
    - et aussi : cela est très proche de la pratique des psaumes (lire, relire, mâcher, apprendre par cœur) et de la Parole en général.

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  2. Merci François ! Je partage ton analyse. De quel côté tu situes ton travail ? A bientôt j'espère ! fxavier

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