mercredi 14 avril 2010

Où sont les grandes voix ?

Question posée, récemment, par Xavier Bordes sur son blog. Le poète fait ce constat : "Ce qui est inquiétant pour la poésie, en cette période du moins, c’est que parmi une profusion de poètes, ou considérés comme tels, sur le Net ou en édition de livres, on ne trouve pas souvent le poème qu’on a envie de relire cent fois. Certes, il faut une bien grande puissance poétique pour que de tels poèmes existent. Mais on aimerait vraiment en découvrir plus souvent…" Plus préoccupant selon lui, le monde de la poésie se trouverait désormais "devant une mer de vagues minuscules, rarement dérangées par une lame de fond qui s’en détacherait". Et de s'interroger : "Où les Baudelaire, les Hugo, les Shakespeare, les Verlaine, etc… - les « grandes voix » - d’aujourd’hui ?" Bref, lâche Xavier Bordes, on dirait bien "que ces temps-là sont terminés".

Un constat lucide, à l'évidence. Il suffit d'observer le peu de place accordé aux poètes dans les médias grand public, que ce soit sur papier ou sur écran. Ou simplement de flâner dans les rayons des librairies et autres enseignes culturelles pour mesurer le désintérêt généralisé pour la poésie... Peu en lisent, peu en achètent. Certes. Faut-il en conclure qu'il n'y a plus de brillants poètes ? La fidélité d'éditeurs passionnés, d'innombrables revues et de dizaines de blogs n'est-elle au contraire le signe d'une vitalité plus tenace qu'il n'y paraît ? Et puis, attention, me semble-t-il, à l'effet trompeur du temps : beaucoup, parmi les grandes plumes de naguère, n'ont été réellement sacrées que longtemps après leur mort !

Nul doute que les poètes qui comptent aujourd'hui seront reconnus demain, au-delà du petit cercle de leurs confrères et des rares passionnés. Si ce n'est pas - heureusement ! - déjà chose faite pour certains : Jacques Réda, Philippe Jaccottet, Jean-Pierre Lemaire, François Cheng, Gilles Baudry, Gérard Bocholier, Roland Nadaus, Jehan Despert, Pierre Oster, Charles Juliet, Philippe Delaveau, Jean-Marie Kerwich, Jean-Michel Maulpoix, Bruno Doucey... ou Xavier Bordes, pour ne citer qu'eux ! Au fond, notre monde ne manque pas de prophètes, de "grandes voix" comme on s'en inquiète parfois. Il manque plutôt d'oreilles et d'âmes en quête d'une Parole essentielle, avides d'un regard pénétrant sur le réel et l'invisible. Sans doute parce qu'il tourne trop vite, notre monde est un peu sourd.

François-Xavier Maigre

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