vendredi 2 avril 2010

Lettre à tous les jeunes poètes

C'est à Jean-Pierre Lesieur, vétéran incontesté dans l'art de concevoir et de produire une revue qui dure dans le temps (Le Pilon, et, depuis dix ans, Comme en poésie), que l'on doit cette précieuse missive, adressée à tous ceux qui briguent un brin d'espace dans ses colonnes. Des conseils d'une justesse avisée, à méditer avant de se lancer...
"Je réponds enfin à l’envoi de vos poèmes et je vous prie d’excuser le retard de cette réponse. Je reçois en effet énormément de textes à croire que les poètes poussent comme des champignons dans les sous bois par temps d’orage d’automne", commence Jean-Pierre Lesieur, qui n'y va pas par quatre chemins : " Sachez que je privilégie chez les auteurs ceux qui n’ont pas envoyé leurs poèmes à l’aveuglette c'est-à-dire après avoir longuement fréquenté, en tant que lecteurs les différents numéros de poésie que j’ai publiés depuis la naissance de la revue. Je donne aussi ma préférence aux poètes qui m’envoient des textes inédits en recueils et en revue car les abonnés étant tous ou presque abonnés à plusieurs revues ils n’aiment pas, et je les comprends, retrouver le même texte au même moment dans plusieurs".
Ne se réclamant d' "aucune chapelle" poétique, le poète d'Hossegor conseille aussi de sélectionner ses textes "les plus aboutis" : ceux, dit-il, "que vous feriez lire à votre petite amie, votre belle-mère ou le secrétaire perpétuel de l’Académie". Les autres, "laissez les mûrir ou mourir au fond de votre tiroir, celui que vous n’ouvrez que pour les grandes occasions".
Notre expert souligne par ailleurs que "s’abonner à une ou plusieurs revues paraît le meilleur moyen pour connaître, lire, apprendre la poésie qui se fait aujourd’hui". Sachez aussi, poursuit-il, que d’être édité dans une revue de poésie "n’ouvre pas automatiquement le droit à la célébrité et à la gloire". Bref, "laissez cela à la star académie". Et "si vous êtes refusé n’en faites pas une maladie de peau, il y a plus grave dans la vie, une autre revue prendra vos poèmes, c’est seulement que vous n’avez pas frappé à la bonne porte", ajoute-t-il, en vieux sage.

François-Xavier Maigre

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