mercredi 21 juillet 2010

La poésie des chiffres

Ils laissent songeur, les chiffres publiés par Le magazine littéraire dans son numéro de juillet-août... Dans le cadre d'un dossier consacré à l'état de l'édition poétique, la publication dévoile les 10 meilleures ventes chez "Poésie/Gallimard", collection de recueils au format poche bien connue des amateurs. Certains de ces ouvrages ont dépassé 175 000 exemplaires vendus ! On apprend, dans le même article, que le tirage moyen d'un recueil de poèmes en France oscille entre 800 et 2000 unités... Décidément, l'édition de poésie est un secteur hétérogène ! Du côté de la marque au liseré rouge, sans surprise, les meilleurs ventes se situent du côté des valeurs sûres : Apollinaire et ses "Alcools" (soit 1 135 000 exemplaires depuis 1966 !). Puis les incontournables fleurs maladives de Baudelaire, qui aurait eu bien besoin de ce pactole de son vivant. Viennent ensuite Paul Eluard ("Capitale de la douleur"), Arthur Rimbaud ("Poésies") et Francis Ponge ("Le parti pris des choses"). Les programmes scolaires et universitaires expliquent sans doute pour une part ces scores florissants... Mais cela n'est pas suffisant.

Tous ces auteurs disparus symbolisent aussi, dans l'inconscient du public, la crème d'un âge d'or révolu, la fine fleur d'une poésie noble, partagée par le plus grand nombre (l'était-elle vraiment?). Avec ses chiffres astronomiques, le palmarès affiché par Gallimard est l'arbre qui cache la forêt. Celle des innombrables revues littéraires, qui publient chaque mois des textes inédits. Celle des éditeurs passionnés qui oeuvrent dans l'ombre à faire connaître les auteurs d'aujourd'hui. Personnellement, je reste un fidèle des titres de la collection "Poésie/Gallimard", qui ont le mérite d'être peu onéreux et très bien conçus... Grâce à ce catalogue, j'ai découvert de très nombreux poètes du XXe siècle et goûté des textes auxquels je n'aurais jamais eu accès par ailleurs. D'autant que l'éditeur parisien a le courage d'éditer certaines fines plumes du moment, et non des moindres ! Le fossé entre la "grande" et la "petite" édition pose néanmoins quelques questions : comment expliquer le divorce entre le public et le marché de la poésie contemporaine ? Et, finalement, la poésie a-t-elle vocation à être lue massivement, comme le souhaiteraient - et on les comprend - les poètes ? Pas sûr...

François-Xavier Maigre

1 commentaire:

  1. Personnellement j'écris de la poésie, et ça me désole de lire la réalité que vous décrivez, qui est véritable hélas. La vocation de la poésie paraît plutôt être un souvenir d'une époque à travers ceux qui en écrivent, mais il me semble aussi qu'elle est un art trop pure pour que beaucoup de gens "accrochent" avec. Je me trompe peut-être. En tout cas je soutiens l'avenir de la poésie, et donc votre travail! Bonne continuation.

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