jeudi 9 septembre 2010

La prose lumineuse de Nicolas Vélimirovitch

Une découverte que je voulais vous partager depuis longtemps...

C'est récemment, lors d'un reportage pour La Croix (lire), que j'ai eu la chance d'embrasser pour la première fois les eaux bleutées du lac d'Ohrid, dans le sud-ouest de la Macédoine. Un endroit sublime. Et chargé d'histoire. A voir, si vous passez à l'entour.


(Photo F-X.M.)

J'y ai surtout découvert la pensée et l'oeuvre d'un grand spirituel orthodoxe, Nicolas Vélimirovitch (1880-1956), qui fut évêque de Jitcha et d'Ohrid. Ce dernier a laissé une oeuvre littéraire d'une qualité sidérante, dont le style a parfois été comparé à celui de Khalil Gibran (le prophète) ou Nietzsche (Ainsi parlait Zarathoustra).

Ce qui est sûr, c'est qu'il y a chez saint Nicolas de Jitcha une incandescence et un souffle poétique, voire prophétique, qui ne peut laisser indifférent. Voici l'ouverture de Prières sur le lac (Éditions L'Âge d'homme), brillamment traduit du serbe par Zorica Terzic :

"Qui donc me regarde sans sourciller à travers tous les astres du ciel et toutes les choses de la terre?
Fermez vos yeux, astres et choses ; ne regardez pas ma nudité. La honte à travers mes yeux brûle assez !
Que peut-on y voir ? L'arbre de vie qui en épine sur la route se rétrécit, s'érafle et érafle autrui. Quoi d'autre qu'une flamme céleste plongée dans la boue, qui ne luit ni ne s'éteint ?
Laboureurs, ce n'est pas votre labeur qui est essentiel, mais le Seigneur qui observe !
Chantres, ce n'est pas chant qui est essentiel, mais le Seigneur qui écoute !
Dormeurs, ce n'est pas votre sommeil qui est essentiel, mais le Seigneur qui veille !
Ce n'est pas l'eau rare dans les gravillons autour du lac qui est essentiel, mais le lac !
Qu'est-ce que le temps humain, depuis toujours, sinon une vague qui inonde le sable brûlant sur la rive, puis se repent d'avoir abandonné le lac parce qu'elle s'est tarie ?
Ô astres, ô choses, ne me regardez pas ! Regardez plutôt le Seigneur qui a des yeux. Il est le seul à voir. Regardez-le, et vous vous verrez dans votre patrie !
A quoi bon me regarder ? Pour voir l'image de votre exil dans le miroir de votre hâtive précarité ?
Seigneur, mon beau mandylion ourlé de Séraphins d'or, pose-Toi sur moi comme le voile sur la veuve, et recueille mes larmes où frémit le regret de toutes Tes créatures !
Seigneur, ma splendeur, sois mon hôte ! Pour que je n'aie pas honte de ma nudité. Pour que les regards assoiffés sans nombre qui s'abattent sur moi ne s'en retournent chez eux assoiffés !"

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