mercredi 24 février 2010

Deux poèmes dans "Comme en poésie" n° 41

Un petit coup de pub... Après tout, ce blog sert aussi à cela ! Deux de mes poèmes ("Houlgate" et "Indélicatesses") seront au sommaire de la revue Comme en poésie n°41, à paraître ces jours-ci. Cette publication, animée par le truculent Jean-Pierre Lesieur, vient de fêter ses dix ans. Merci à lui, et bonne lecture aux nombreux fidèles de cette revue éclectique et attachante !

F-X.M.

mardi 23 février 2010

A quoi sert un poème ?

Éternelle question, sans cesse débattue, jamais tranchée... Au détour d'un billet publié sur son blog, le poète et universitaire Jean-Michel Maulpoix a cette réflexion, très juste : Le poème, dit-il, est "un curieux objet de langue, généralement de petite taille – on le dira volontiers « portatif » – fait pour être porté, appris par cœur, offert, transmis, issu du plus intime de soi et destiné au plus intime de l’autre". En somme, poursuit le directeur du Nouveau Recueil, "c’est un don fait à quiconque", il "appartient à celui qui le trouve, à celui qui le lit et qui peut-être va le faire sien". Ainsi, "le poème porte en lui comme sa raison d’être l’espérance d’être lu".

F-X.M.

mercredi 17 février 2010

Tomislav, la voix qu'on n'attendait plus

Assister à un concert de Tomislav, c'est subir un choc physique. Comment un gars aussi timide, planté seul, sur scène, muni du strict nécessaire, peut-il générer pareille profusion de sons et de couleurs ? De mémoire de mélomane, jamais je n'avais reçu une telle décharge d'adrénaline en "live". Trentaine bien sonnée, Tomislav est l'un des visages montants de la scène alternative francilienne. Je vous l'accorde : le coup de l'homme orchestre, on nous l'a déjà fait (Matt Mahaffey, Ed Harcourt...) Avec sa grosse caisse, sa cymbale charleston, sa guitare et son harmonica, notre homme n'a, d'évidence, rien inventé. Sans doute aussi le blondinet à la six cordes cabossée surfe-t-il intelligemment sur la vague "chanson-folk" du moment... Il reste qu'avec Tomislav, la formule atteint une perfection et une justesse rarement égalées. Pour un peu, on jurerait entendre, par instants, un groupe au grand complet. Sa musique ? Une folk de la plus haute facture, traversée de réminiscences funk et bluesy, scandée par un phrasé guitaristique très hendrixien.

Son timbre de voix, contemporain à souhait et moins gracile qu'il n'y paraît, évoque parfois Sinclair (mais la comparaison s'arrête là), John Butler ou Tété, auquel Tomislav pourrait faire une sérieuse concurrence, si une "major" finissait par le signer. Au-delà de la forme, celui qu'on surnomme parfois le "one man band" et qui a déjà ouvert pour Bruce Springsteen, son idole de toujours, témoigne d'une réelle finesse d'écriture. Il y a de l'orfèvre chez Tomislav, auteur attendrissant et lettré, souvent drôle. Son répertoire, ciselé dans la langue de Molière, laisse parfois deviner un regard critique sur le monde actuel ("Comme une balle", "Je suis là"...), explorant ailleurs les vertiges de l'âge adulte, et ses renoncements ("James Dean", "Le temps est à la fête"...) Effet miroir garanti ! Le thème du voyage, de l'itinérance déclinée sous toutes ses formes, est également très présent dans l'œuvre de ce fils de banlieue parisienne, partagé entre ses racines françaises et croates ("Demain", "Où vont les hommes"). Car il s'agit bien d'une œuvre. Une œuvre en devenir, certes - Tomislav n'a pas encore sorti d'album -, mais singulière et authentique, pleine de promesses dans un paysage radiophonique terriblement formaté. A goûter, de toute urgence.

François-Xavier Maigre

Un nouveau visage des écrivains croyants

("La Croix" du 8 décembre 2009)

Christophe Henning, écrivain.

Ce journaliste, auteur de nombreux ouvrages, a repris en octobre la présidence de l'Association des écrivains croyants d'expression française.

Il le dit lui-même avec humour : « Être un écrivain croyant n'est ni un handicap ni un privilège ! » Christophe Henning, 48 ans, assume sereinement cette source discrète qui irrigue chacun de ses travaux. « Dieu se révèle à l'homme dans des histoires sans cesse à écrire et à raconter », résume ce père de famille, journaliste pendant vingt ans à La Voix du Nord avant de rejoindre il y a trois ans le mensuel de spiritualité Panorama (édité par Bayard), qui considère que l'on « n'écrit pas d'abord pour soi, mais pour la rencontre ». Un goût de l'échange que cet auteur prolifique (1) entend cultiver au sein de l'Association des écrivains croyants d'expression française (AECF), dont il vient de reprendre la présidence.

Fondée à la fin des années 1970, l'AECF a été marquée par de grandes figures comme le théologien orthodoxe Olivier Clément, l'islamologue tunisien Mohamed Talbi ou encore l'auteur franco-israélien André Chouraqui. L'association, précise Christophe Henning, se veut en effet « espace de dialogue » entre écrivains appartenant aux traditions monothéistes. À travers des conférences, colloques et rencontres, de la fiction à la poésie en passant par la biographie, elle ambitionne ainsi de mieux faire connaître des auteurs qui, chacun à leur manière, creusent un sillon spirituel, explicite ou non.

Aujourd'hui, la famille des écrivains croyants peut sembler moins influente. Sans doute la plupart sont-ils loin de « l'écriture flamboyante des Bernanos, Claudel, Péguy ou Mauriac », avance Christophe Henning, qui juge l'expression contemporaine « plus intimiste, charriant tout ce qui fait le monde d'aujourd'hui, dont une part de désillusion ».

Peu connue, l'AECF décerne chaque année un prix. Son nouveau président aimerait la faire connaître davantage, en recrutant de nouvelles plumes, bien sûr, mais aussi en lançant un blog et, pourquoi pas, en proposant des résidences d'écrivains pour soutenir la création. « Nous ne voulons étiqueter personne, mais, comme le dit le poète Henry Bauchau, "aller vers la beauté à travers l'écriture et l'art en vue d'ouvrir une porte intérieure par où Dieu pourrait entrer" », conclut-il.

François-Xavier Maigre

(1) Dernier ouvrage paru : Ils n'ont pas choisi les trottoirs de Manille, avec Dominique Lemay (Presses de la Renaissance, 196 p., 17 €).

mardi 9 février 2010

Le tout premier "e-book" poétique est disponible

Nous l'annoncions... c'est fait ! L'éditeur Bataillon, pionnier de l'e-book poétique, lance ses premières publications : "Je vous laisse découvrir notre site dédié et notre tout premier eBook, Amoureuse. Saint-Valentin et Printemps des Poètes oblige, cette mini-anthologie présente les dix plus beaux poèmes d'amour au féminin", détaille Stéphane Bataillon sur son blog. Ce premier recueil est téléchargeable gratuitement aux formats PDF et ePub (Sony Reader, Cybook, iPhone et bientôt, iPad). Première surprise : l'ouvrage est esthétiquement très réussi, tout en étant adapté aux contraintes de la lecture numérique (format court, lisibilité maximale...) Il faudra s'y faire : le vers est dans la pomme "Apple" ! Adieu, papier ? L'avenir le dira, mais rien n'est joué. Si l'e-book creuse l'appétit de lecteurs qui, jusqu'ici, n'achetaient pas ou peu de livres, il pourrait même finir par redynamiser l'édition traditionnelle. Car ce nouveau support représente, me semble-t-il, une occasion inespérée de proposer aux jeunes - notamment aux ados - une autre façon de lire, d'aborder l'écrit. Et, pourquoi pas, de réconcilier le grand public et la poésie contemporaine...

Les éditions Bataillon

François-Xavier Maigre

jeudi 4 février 2010

Haïti réveille ce qu'il y a de meilleur chez les poètes

Dans leur bulle, les poètes ? Trop préoccupés par leur propre sort pour se soucier des autres, et, disons-le, un brin narcissiques ? Sans doute… Mais la caricature mérite d’être nuancée. L’expérience, ancienne et récente, a démontré maintes fois l’acuité de la parole poétique face aux vicissitudes de l’Histoire, face aux injustices les plus criantes. Le drame que traverse le peuple haïtien le confirme une nouvelle fois. Artistes de tous bords – comédiens, humoristes, chanteurs, etc – ont fait entendre leur voix et contribué à mobiliser les foules. Et les poètes, me direz-vous ? Certes, on ne les prend plus au sérieux, on ne les lit plus - ou si peu. La plupart s’y sont résignés, même les plus illustres d’entre eux. Mais cela ne les empêche pas de retrousser leurs manches, en toute discrétion. Deux initiatives, parmi d’autres : celle de Jean-Benoit Desnel, dont la maison d’édition éponyme lance "un appel à la solidarité des auteurs avec Haïti, en les invitant à exprimer, sous la forme d’un texte en prose ou en poésie, leur soutien au peuple haïtien. Ces textes seront réunis dans un ouvrage collectif, dont le bénéfice des ventes sera reversé à une association” (1). De son côté, Dana Shishmanian organise elle aussi "une collecte de poèmes voués à constituer un “volume” virtuel, les bénéfices étant collectés par une œuvre humanitaire agissant sur place en Haïti et digne de confiance” (2). Deux gestes qui prouvent, s’il en était besoin, l’utilité d’une poésie vivante, actuelle, partagée. Loin de l’objet de musée, loin de la relique poussiéreuse à laquelle on la réduit trop souvent. Y compris dans le monde de l’édition…

François-Xavier Maigre

(1) Textes à envoyer avant le 10 février : mediaeditiondesnel@wanadoo.fr
(2) Contact : dshishma@wanadoo.fr

mercredi 3 février 2010

L'édition numérique au service des poètes

L'excellent Stéphane Bataillon - poète audacieux dont je vous recommande la lecture, ici - lance sa propre maison d'édition de poésie, exclusivement sous format numérique. Par ce biais, l'éditeur mise sur l'essor prévisible de ce nouveau mode de lecture pour développer son activité, en conjuguant les grands classiques du genre (premier volume consacré à Baudelaire) et les nouvelles pousses qui émergent ça et là. On ne peut que l'encourager dans cette voie ! En effet, l'eBook apparaît comme un compagnon idéal pour le lecteur nomade du XXIe siècle, citadin ou rural, voué à d'interminables trajets dans les transports publics, condamné à patienter des heures chez le médecin, le coiffeur, le banquier... On rêverait de pouvoir télécharger, en quelques clics, des ouvrages poétiques de qualité ! Reste à savoir si ce nouveau format dématérialisé aura raison du bon vieux papier, du toucher granuleux de la page et du plomb frappé, que persistent à cultiver quelques maisons. Les amateurs de poésie, peu nombreux, resteront sans doute très attachés à l' "objet livre", à son esthétique, à son aspect charnel... Pour ma part, je crois que l'un et l'autre peuvent parfaitement coexister, pourvu que ce soit au service des lecteurs... et des auteurs.

François-Xavier Maigre

Site des Editions Bataillon

mardi 2 février 2010

Chronique littéraire de Pol-Jean Mervillon

Citation parue dans "Kiosq" de janvier 2010 n°71, supplément culturel du "Petit Quentin", journal d'information de Saint-Quentin-en-Yvelines.

CHRONIQUE LITTERAIRE

Mon petit Quentin,

Tu as beaucoup de connivences bretonnes, je le sais. C’est pourquoi je te signale deux ouvrages qui vont te réjouir : Promenades littéraires en Finistère de Nathalie Couilloud (1) et 365 méditations sur les chemins de la Bretagne sacrée (2 ) avec de superbes photographies d’Yvon Boëlle – au moins une par jour puisque, tu l’as deviné, il s’agit d’un livre-calendrier à ouvrir chaque jour sur un ou des textes et une ou deux photographies en couleurs. Les écrits vont de l’Antiquité jusqu’à de jeunes poètes contemporains comme François-Xavier Maigre. À offrir, à t’offrir. Quant au premier livre, c’est une de ces promenades que chaque département devrait offrir à ses habitants : hélas cela va devenir impossible avec la nouvelle loi sur les collectivités locales, je le crains… On a beaucoup parlé ces temps derniers des minarets suisses… cela évite évidemment de parler du reste : chômage, crise du logement, précarité, etc., mais aussi de parler de Ces chrétiens qu’on assassine comme les appelle René Guitton (3), prix des Droits de l’homme 2009. Il y aurait trop d’exemples à citer : tel homme mis en prison en Algérie pour une Bible trouvée dans sa voiture. Tel autre dont la maison est brûlée, tout comme l’église qu’il fréquentait. Sans parler des chrétiens assassinés chaque jour ou des chiffonniers égyptiens, chrétiens coptes, persécutés parce qu’ils élèvent des porcs. Grand silence médiatique et grand silence complice des beaux esprits pourtant si prompts à la dénonciation… On a déjà connu ça… Pour d’autres crimes… Le livre de Jean-Claude Tardif, La Nada ( 4 ), nous rappelle d’autres silences mais aussi d ’autres courages, comme celui des « brigadistes » pendant la guerre d’Espagne. Composé d’une suite de nouvelles très intenses, ce petit livre est un livre important, bouleversant. L’écriture est à la hauteur du propos : généreuse, puissante, soignée. Le souvenir du grand-père – et ses souvenirs – hantent chaque page. À travers des personnages différents qui racontent chacun « leur » guerre, J.-C. Tardif nous fait revivre avec force et émotion ce que lui-même porte en lui de par ses origines. Mais comment ne pas terminer cette trop brève lettre sans t’alerter sur La Douleur des arbres (5), terribles et superbes photos en noir et blanc de Patrice Leterrier avec des textes très travaillés de Mario Urbanet pour les illustrer ? Tu te souviens de la tempête du 26 décembre 2009 ? Dix ans plus tard, en voici les cicatrices dont certaines jamais ne se refermeront. Ta Maison de la poésie a d’ailleurs exposé l’ensemble. Encore un exemple de livre soutenu par une collectivité territoriale et qui risque lui aussi de ne plus être possible avec la nouvelle loi… Bon, allez, je te souhaite quand même une très bonne année de lecture et de liberté, petit Quentin de mon territoire !

Pol-Jean Mervillon

1) Éd. Coop Breizh, 20 €
2) Éd. Presses de la renaissance, 28 €
3) Éd. Flammarion, 21 €
4) Éd. Le temps qu’il fait, 15 €
5) Éd. de l’Amandier, 18 €