lundi 28 juin 2010

Ce qu'on trouve dans les sous-sols

La scène se passe devant l'étal d'une grande enseigne de livres d'occasion, dans un quartier touristique de Paris. Ouvrages d'art, guides linguistiques, romans de tous calibres... Sur le trottoir, on se bouscule pour dénicher la perle rare. J'accoste maladroitement un jeune vendeur : "Excusez-moi, je cherche le rayon poésie". "Ah, mais il n'y a presque rien dehors... Là, ce sont surtout les ouvrages grand public. Vous trouverez votre bonheur à l'intérieur du magasin, au sous-sol". Au sous-sol ? Grand public ? Soit ! Après tout, la poésie n'intéresse plus grand monde. Ni une ni deux, je pousse la porte et dévale le colimaçon d'acier. Me voici dans l'antre du libraire, vaste fouillis de succès jaunis et autres best-sellers en voie de désuétude. Des romans. Encore des romans. Du sol au plafond ! Tel l'archéologue obstiné, je finis par exhumer le fameux "rayon poésie" : quelques livres en décomposition, entassés dans un bac, comme de vieux ossements. Bon, regardons quand même. "Les plus beaux poèmes d'amour" ? Passons. "Anthologie des poètes français" ? Une de plus, une de moins, pas sûr que ça change ma vie. Ah : et ce mystérieux "Traité d'anatomie" (1), de Yves Mabin Chennevière ? Jamais entendu parler - honte à moi ! Pour 2 €, achetons.

Je ressors illico, ma précieuse trouvaille en poche. Direction le square voisin, pour goûter ces petits poèmes sauvés de l'abandon, à l'ombre d'un tilleul. Et là... une tempête de mots, un magma de visions prophétiques, des aphorismes à en couper souffle... Tenez : "Le poème fabrique, contient et son secret et sa clef", "Le roman s'adresse à l'homme, le poème à Dieu" ou encore "Un poème qui n'est pas hermétique est une chanson"... Quelques vérités bien senties sur la poésie, qu'on sent être le fruit d'une longue expérience (lire sa biographie). Encore un : "Deux catégories d'hommes : ceux qui consomment et ceux qui se consument". Un dernier pour la route ? "Écrire c'est explorer la réalité même invisible, en inventant sa propre méthode pour le faire". On peut toujours discuter le bien-fondé de ces affirmations. Mais elles donnent matière à réflexion. Et il fallait oser. Depuis quelques jours, ces petites phrases m'accompagnent, tournent dans ma tête, bousculent ma façon d'envisager la poésie, la création... et bien davantage. Bref, une découverte stimulante, et, pour tout dire, un vrai choc ! Moralité : si vous passez chez votre bouquiniste, n'oubliez pas de visiter son sous-sol...

François-Xavier Maigre

(1) Editions La Difference, avril 2005, 224 p., 20 €

samedi 26 juin 2010

Voyage au pays des poètes chrétiens

(paru dans La Croix du 24 juin 2010)

Le Dur métier d'apôtre : Les poètes catholiques à la découverte d'une réelle authenticité (1870-1914), de Bernard Bonnejean, Cerf, 322 p., 32 €

Cette étude minutieuse tente d'esquisser une définition de la poésie catholique, en revisitant l'œuvre de Verlaine, Péguy et Claudel

Poète catholique... L'association peut surprendre, voire prêter à sourire. En effet, beaucoup considèrent que le « vrai » poète est d'abord celui qui dérange, qui sonde la noirceur de l'âme plus que les choses de la foi, qui explore les limites du langage plus qu'il ne poursuit une quête de sens. L'étiquette spirituelle - et pire encore, catholique ! - étant souvent perçue comme un gage de prosélytisme, d'amateurisme ou de mièvrerie. Il suffit pourtant de relire Paul Verlaine ou Charles Péguy pour mesurer combien la fibre religieuse, loin de brider la créativité, peut féconder un souffle poétique d'une rare intensité lorsqu'elle rencontre un talent authentique.

C'est l'un des grands mérites de cet ouvrage que de remettre à l'honneur la famille des poètes catholiques. Pour en brosser le portrait, Bernard Bonnejean, fin connaisseur de la poésie du XIXe siècle, a choisi de se restreindre à une période comprise entre 1870 et 1914, en se concentrant sur une poignée d'auteurs connus pour leur orientation chrétienne - Verlaine, donc, mais aussi Péguy et Claudel. Au point de départ de sa réflexion, l'inévitable « gageure », à laquelle, selon lui, tout poète croyant est un jour confronté : celle de « rendre compatible la liberté créatrice inhérente à l'inspiration » et « la discipline » liée à la « transmission de concepts et d'idéaux évidents et irrécusables ». Il s'agit en clair de définir à quelles conditions poésie et foi chrétienne peuvent s'accorder.

La poésie, s'interroge l'universitaire, a-t-elle « un sens, c'est-à-dire non seulement une signification ou une utilité, mais aussi une "direction" », qui ferait du poète le « serviteur de Dieu », voire son « acolyte privilégié » ? Loin d'asséner des réponses toutes faites, cette étude minutieuse se déploie dans la longueur, nourrie de très nombreux extraits de poèmes, correspondances et articles.

Pas de certitudes, donc, mais quelques intuitions fortes. Ainsi, dans le sillage de Claudel, Bernard Bonnejean avance que « plus la poésie se donne une finalité haute, plus elle doit se départir d'une originalité formelle et rhétorique où l'artiste ne s'ingénierait qu'à faire valoir son génie propre et à rechercher un plaisir égoïste d'esthète ». D'une érudition parfois décourageante pour le simple amateur, cette étude fournit néanmoins de précieuses clés de lecture pour aborder les poètes chrétiens d'aujourd'hui, de Jean-Pierre Lemaire à Gilles Baudry, en passant par Philippe Delaveau ou Roland Nadaus. Et tous ceux qui creusent un sillon spirituel, par-delà les étiquettes.

François-Xavier Maigre

jeudi 17 juin 2010

18 juin, mon plat de Résistance

Question aperçue, ce matin, à la une des grands quotidiens et des blogs d'actualité : qu'est-ce que résister, en 2010 ? Il y a 70 ans, le général de Gaulle lançait outre Manche son fameux appel à la France vaincue. Certes, les menaces idéologiques et militaires semblent désormais lointaines (quoique!), et la vie s'écoule plutôt paisiblement pour une majorité d'entre nous, malgré les inévitables épreuves individuelles. Chacun cultive à sa manière l'esprit de résistance. Au coeur de ses propres tentations bien sûr, de ses propres faiblesses. Vis-à-vis des autres aussi. Vis-à-vis des injustices et des courants dominants, du prêt-à-penser et du politiquement correct, de l'injustice... A l'évidence, il y a mille et une façon de résister. En voilà une : ce week-end se tient à Paris, place Saint-Sulpice, la 28ème édition du Marché de la poésie. Allez donc y faire un tour ! Et si, résister en 2010, c'était... lire et écrire ?

François-Xavier Maigre

vendredi 4 juin 2010

Soutenez Tomislav !

Je vous en avais parlé ici même. Vous pouvez désormais soutenir Tomislav via internet, en investissant sur la production de son futur album ! L'artiste le mérite, vraiment. A écouter, à faire connaître autour de vous !
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