lundi 27 septembre 2010

Soirée poétique à Paris

Vendredi, Stéphane Bataillon présentera son nouveau recueil Où nos ombres s’épousent (Éditions Bruno Doucey) avec lecture, dédicaces et de nombreux invités dont Céline Liger (comédienne), Ghislaine Hillard (illustratrice), Thomas Durcudoy (illustrateur), François-Xavier Maigre, James Noël, Bruno Doucey, Danièle Corre, Bernard Fournier (poètes) et Christophe Rosenberg (musicien).

Rendez-vous le 1er octobre, de 20h à 22h au MOTIF, Observatoire du livre et de l’écrit de la région Ile-de-France,6, villa Marcel Lods – Passage de l’Atlas 75019 ParisMétro BellevilleEntrée libre dans la limite des places disponibles.




(Affiche de Ghislaine Hillard)

mardi 21 septembre 2010

La photo retrouvée est bien celle de Rimbaud

C'était donc lui. Et c'est une dépêche AFP qui nous le confirme. Selon l'agence, de nouveaux documents inédits, récemment mis en ligne par les découvreurs de la célèbre photographie d'Arthur Rimbaud à Aden (Yemen), laissent à penser qu'il s'agit bien du poète.

Cette enquête (1), menée en collaboration avec Jean-Jacques Lefrère, biographe d'Arthur Rimbaud, avec l'aide de nombreux chercheurs, institutions et particuliers "confirme et précise l'attribution initiale. Pas un élément ne la contredit", assure Jacques Desse, l'un des deux libraires qui a découvert ce cliché présenté au public en avril et qui depuis déchaîne les passions.

Début septembre, Claude Jeancolas, spécialiste du poète, avait ainsi mis en doute l'authentification de "l'homme aux semelles de vent", arguant de l’impossibilité de sa présence à Aden début août 1880. Mais l'enquête semble confirmer que le cliché a été réalisé en août 1880 par l'explorateur Georges Révoil, sur le perron de l'hôtel Univers à Aden. Rimbaud, âgé de 26 ans, venait d'y arriver. "Quasiment tous les autres personnages de la photo sont identifiés", précise Jacques Desse.

De toute évidence, le mystère photographique est levé. Soit ! On s'en remettra. Cette frénésie médiatique est finalement assez symptomatique de notre obsession, très contemporaine, de l'image, de notre besoin de nous raccrocher à des mythes. Or, la poésie de Rimbaud est autrement intrigante que ce bout de papier jauni. Et il faudra sans doute encore du temps pour en explorer tous les confins... avec ou sans photo !

La photo d'Arthur Rimbaud à l'âge adulte, et l'un des libraires qui l'a découverte, Jacques Desse, le 15 avril 2010 (Source : AFP)

jeudi 16 septembre 2010

Stéphane Bataillon, une voix limpide et profonde

C'est une bonne nouvelle. Très bonne, même. Elle nous vient du poète et éditeur Bruno Doucey. Jadis aux commandes des prestigieuses éditions Seghers, ce dernier vient de fonder sa propre maison éponyme. On y trouve une collection « Jeunes plumes », destinée à publier le premier recueil d’un poète. Choix courageux, quand on sait la santé fragile de l'édition poétique. Mais Bruno Doucey n'est visiblement pas homme à céder au pessimisme.

Lun des premiers apprentis poètes publiés sous ces auspices prometteurs n'est autre que Stéphane Bataillon, bien connu des lecteurs de ce blog. Ce poète discret mais furieusement prolifique (voir son blog) publiera au mois d'octobre Où nos ombres s'épousent, dans lequel, affirme son éditeur, l'auteur parvient "à dire des choses profondes avec des mots simples. Les siens, en tout cas, seront la petite lampe de nos soirées d’automne", assure-t-il.

Ayant eu la chance d'en lire les épreuves (merci Stéphane!), je ne peux qu'appuyer cet enthousiasme ! Voilà exactement le type d'oeuvre, à la foi exigeante et proche, susceptible de séduire un large public. Jusqu'au plus rétif des lecteurs.





Extrait :

Je t'avais promis

une caresse chaque soir

désormais, ce sera un poème



Ce qu'en dit l'éditeur :

"L’auteur de ce livre, né à Paris en 1975, d’une mère égyptienne et d’un père français, n’est ni un poète maudit ni un homme en exil. Avec lui, nulle entrée tapageuse en littérature, nulle propension à faire parler de soi sans avoir rien à dire. Stéphane a juste perdu celle qu’il aimait. Que dire de plus ? Il aurait pu s’enfermer dans un silence fracassé, il ne l’a pas fait. Son chant pouvait devenir le lamento d’un être inconsolable, il ne l’est pas. Limpide et profonde, sa poésie est de celles que ne renieraient ni Guillevic ni Claude Vigée. Elle parle juste et parle vrai. Peut-être ceux qui la liront se sentiront-ils aussi deux fois vivants."


En librairie le 1er Octobre 2010 / 96 pages • 13,5 x 17,5 cm • 10 €

lundi 13 septembre 2010

La poésie doit-elle à tout prix rimer ?

Certains pensent que oui, faute de quoi le poème ne serait qu'une parole hasardeuse, dénuée de beauté formelle... C'est en tout cas ce qu'avance une lectrice de La Croix, dans le courrier des lecteurs de l'édition du 13 septembre 2010, en réaction à la série menée tout au long de l'été par Colette Nys-Mazure autour de la poésie. Série pourtant audacieuse ! En effet, la poétesse a fait le pari de convoquer dans les colonnes du quotidien nombre de plumes contemporaines, chose plutôt rare à une époque où la corporation des poètes est souvent présentée comme un musée de cire. Aussi ce choix de textes a-t-il fait une large place à l'expression poétique actuelle, qui ne cherche pas forcément la rime, la métrique parfaite... mais plutôt un espace de liberté, affranchi des limites formelles. On aime, ou pas.

Or, s'interroge notre lectrice, "la poésie, mais vraiment où est-elle dans ces quelques lignes où les mots s'ajoutent aux mots sans aucune rime? Poésie : art de faire des vers, nous dit le Petit Larousse. Je sais bien que la poésie en prose existe aussi, mais n'est-il pas plus beau de lire une pièce en vers, où les rimes distillent ce "chant" ponctué par la césure coupant le vers alexandrin en deux hémistiches?" Question légitime ! D'autant, pour reprendre les mots de Philippe Delaveau, qu'à une époque pas si lointaine, la parole poétique "s’est mise à tourner à vide, à se détruire elle-même". Voilà sans doute le risque d'une écriture minimaliste et composant sa propre grammaire. Pour ma part, je suis cependant convaincu qu'il y a parfois plus d'inspiration dans un vers libre maîtrisé que dans bien des pages de poésie "classique", plus ou moins qualitative. Sans pointer tel ou tel auteur, on ne peut pas dire que la métrique et la rime sont toujours un gage de perfection !

D'ailleurs, combien de poètes actuels s'évertuent à perpétuer l'art de l'alexandrin, sans vraiment convaincre ou apporter quelque chose de nouveau, de personnel ? A force de vouloir rimer à tout prix, certains auteurs finissent par ne plus rien dire du tout ! Ou alors par tomber dans des lieux communs... qui ne riment à rien. Un comble. N'est pas Jacques Réda qui veut. Une autre partie de la réponse se trouve peut être dans cette analyse de Jacques Roubaud, qui va jusqu'à parler d'un « vers international libre », d'origine américaine, pour désigner l'écriture dominante dans la poésie contemporaine. Celui-ci "n'est ni compté ni rimé et plus généralement ignore les caractéristiques d'une tradition poétique dans une langue donnée ; il "va à la ligne" en évitant les ruptures syntaxiques trop fortes ", analyse-t-il. Certes, ses exigences formelles sont faibles. Cela signifie-t-il pour autant que cette forme de poésie est moins recevable sur le plan esthétique ?

Récemment, j'assistais à une soirée organisée par une commune francilienne à l'occasion d'un concours de poésie. La plupart des poèmes primés se conformaient à la plus stricte observance des usages de la poésie "classique" : des vers plus ou moins réguliers (encore faut-il en respecter scrupuleusement les règles, ce qui est loin d'être toujours le cas!), des rimes en veux-tu en voilà... ça oui ! Il y en avait, des rimes. Mais très peu de musicalité, très peu d'images inédites, très peu de paroles fortes... Bref, très peu de poésie.

dimanche 12 septembre 2010

Des hommes et des dieux, à voir et à revoir !

N'étant pas critique cinéma, je ne me risquerai pas à disséquer le long métrage proprement inouï que vient de nous livrer le réalisateur Xavier Beauvois... Un dossier très complet lui est d'ailleurs consacré sur le site de La Croix, si vous souhaitez mieux apprécier la qualité de ce film rare, et tout le contexte historique qui entoure la tragédie de Tibhirine.

En tout cas, cela faisait bien longtemps que je n'étais pas sorti aussi troublé, sonné, d'une séance en salle obscure ! D'ailleurs, la salle ne l'est pas restée longtemps. Il aura suffi de quelques minutes pour se laisser gagner par le soleil rasant de l'Atlas algérien - en fait, le tournage a eu lieu au Maroc -, par les visages lumineux de ces moines dont on parvient à oublier qu'ils sont des acteurs. Sans compter la beauté sobre des psaumes qui ponctuent cette lente montée vers le sacrifice consenti...

Il n'y a, chez ces frères de Tibhirine, aucun héroïsme, aucun orgueil mal placé. Mais simplement la foi, la fidélité à un peuple, la conviction que le dialogue est toujours possible... Jusqu'au bout. On ne ressort pas de ce film tout à fait indemne. Chacun en fera sa lecture. Bonne séance !

jeudi 9 septembre 2010

La prose lumineuse de Nicolas Vélimirovitch

Une découverte que je voulais vous partager depuis longtemps...

C'est récemment, lors d'un reportage pour La Croix (lire), que j'ai eu la chance d'embrasser pour la première fois les eaux bleutées du lac d'Ohrid, dans le sud-ouest de la Macédoine. Un endroit sublime. Et chargé d'histoire. A voir, si vous passez à l'entour.


(Photo F-X.M.)

J'y ai surtout découvert la pensée et l'oeuvre d'un grand spirituel orthodoxe, Nicolas Vélimirovitch (1880-1956), qui fut évêque de Jitcha et d'Ohrid. Ce dernier a laissé une oeuvre littéraire d'une qualité sidérante, dont le style a parfois été comparé à celui de Khalil Gibran (le prophète) ou Nietzsche (Ainsi parlait Zarathoustra).

Ce qui est sûr, c'est qu'il y a chez saint Nicolas de Jitcha une incandescence et un souffle poétique, voire prophétique, qui ne peut laisser indifférent. Voici l'ouverture de Prières sur le lac (Éditions L'Âge d'homme), brillamment traduit du serbe par Zorica Terzic :

"Qui donc me regarde sans sourciller à travers tous les astres du ciel et toutes les choses de la terre?
Fermez vos yeux, astres et choses ; ne regardez pas ma nudité. La honte à travers mes yeux brûle assez !
Que peut-on y voir ? L'arbre de vie qui en épine sur la route se rétrécit, s'érafle et érafle autrui. Quoi d'autre qu'une flamme céleste plongée dans la boue, qui ne luit ni ne s'éteint ?
Laboureurs, ce n'est pas votre labeur qui est essentiel, mais le Seigneur qui observe !
Chantres, ce n'est pas chant qui est essentiel, mais le Seigneur qui écoute !
Dormeurs, ce n'est pas votre sommeil qui est essentiel, mais le Seigneur qui veille !
Ce n'est pas l'eau rare dans les gravillons autour du lac qui est essentiel, mais le lac !
Qu'est-ce que le temps humain, depuis toujours, sinon une vague qui inonde le sable brûlant sur la rive, puis se repent d'avoir abandonné le lac parce qu'elle s'est tarie ?
Ô astres, ô choses, ne me regardez pas ! Regardez plutôt le Seigneur qui a des yeux. Il est le seul à voir. Regardez-le, et vous vous verrez dans votre patrie !
A quoi bon me regarder ? Pour voir l'image de votre exil dans le miroir de votre hâtive précarité ?
Seigneur, mon beau mandylion ourlé de Séraphins d'or, pose-Toi sur moi comme le voile sur la veuve, et recueille mes larmes où frémit le regret de toutes Tes créatures !
Seigneur, ma splendeur, sois mon hôte ! Pour que je n'aie pas honte de ma nudité. Pour que les regards assoiffés sans nombre qui s'abattent sur moi ne s'en retournent chez eux assoiffés !"