mardi 23 novembre 2010

Récital autour de Jean-Pierre Lemaire

Cette rencontre parisienne est organisée par Marina Poydenot, bien connue des lecteurs de ce blog. Le programme vaut vraiment le déplacement, Jean-Pierre Lemaire étant l'une des voix les plus captivantes de notre époque. Les autres invités, tel François Clairambault, méritent eux aussi le détour, tant leur univers est attachant, accessible et exigeant à la fois. A ne pas manquer !

jeudi 18 novembre 2010

Perplexe

Une quatrième de couverture élogieuse. Presque trop. L'éditeur en question - l'un des plus importants de France, plus habitué aux best-sellers et aux prix littéraires qu'aux tirages confidentiels - cherche visiblement à "faire monter" celui (ou celle) qu'il croit être "le" nouveau fleuron poétique. Chaud devant. Que l'une des plus influentes maisons parisiennes mise encore, en 2010, sur la poésie est une aubaine. Ouvrons vite. Las ! Quelle déception ressentie à la lecture de ce triste fatras de poèmes sans syntaxe, dépourvus d'images convaincantes, de rythme ou de musicalité, jets hasardeux de paroles brouillonnes et désarticulées, pompeusement scandées sur des pages aux trois quarts vierges, genre "slam inversé". Au bout d'une vingtaine de pages, je me demande même si l'éditeur ne se fout pas de nous... Les tenants d'une poésie avant-gardiste et élitiste pourront m'objecter que je n'y comprends rien, que ce type d'écriture requiert une initiation littéraire que je n'ai sans doute pas. Soit. Je me demande toutefois qui aura le courage de lire jusqu'au bout ce volume indigeste et distant. Je m'interroge aussi sur l'intérêt, pour de tels éditeurs, avec tout leur savoir faire et leur force de frappe, de promouvoir ce type d'écriture, franchement inaccessible. Où est la logique ? Il ne faudra pas se lamenter, encore et toujours, du divorce largement consommé entre la poésie contemporaine et le grand public. Ce genre de promotion ne fait que saper le travail minutieux des centaines de revues et petites maisons qui abritent, sous de modestes voilures, certaines des voix les plus pénétrantes du moment.

mardi 16 novembre 2010

Cette disparue





L'humble palais de nos vacances
veille son propre oubli
blotti contre l'hiver
vasque de silence
derrière un rideau d'averses


Passer le long couloir
où le temps s'épanche
comme pluie battante
dans le tamis
des volets fossiles


Frôler le galbe des tomettes
avant que d'autres pas
demain ne les piétinent
avant que l'objet
ne redevienne chose


Avant que tout ne soit soldé
fouiller un instant encore
les miettes de l'enfance
- cette disparue
qui hurle tout bas.



vendredi 12 novembre 2010

Yves Bonnefoy se confie au Monde des Livres

C'est rare : un poète en couverture d'un grand quotidien national ! Yves Bonnefoy, en l'occurrence, qui vient de se confier, à 87 ans, au Monde des livres daté du vendredi 12 novembre, sous la plume d'Amaury da Cunha. Il faut dire que l'auteur bénéficie d'une aura considérable dans le paysage littéraire français. Son nom a longtemps circulé pour le prix Nobel. Son oeuvre impose le respect, tout comme la discrétion du personnage. Actualité ? La parution, entre autres, d'un recueil chez Galilée : Raturer outre. Beau présage.
L'occasion, pour l'auteur des Planches courbes, de défendre une poésie accessible au monde ("le besoin d'établir avec d'autres êtres un champ de projets et de partages") et d'exprimer les liens entre l'esprit d'enfance et l'écriture du poème, "ce chant qui régénère les mots ; et qui, je l'espère bien, n'a pas cessé et ne cessera jamais de hanter les instants anxieux de nos grandes décisions". A lire.

lundi 8 novembre 2010

Vieillerie sortie des cartons

Cette petite chanson écrite en quelques heures, en compagnie de l'ami Tomislav, nous ramène en 2005... Tomi assure les choeurs et joue guitare, basse et kazoo, Amélie G. est au violon. Quant à moi, je chantonne et maltraite un peu mon piano. Nous avions dû enregistrer à Vincennes, je crois. Le titre figurait sur l'album "La Saison morte". Bons souvenirs ! Même si la musique est un peu derrière. Pour l'instant.

dimanche 7 novembre 2010

Le « lyrisme des sources » de Stéphane Bataillon

Article paru dans le cahier "Livres & Idées" de La Croix du jeudi 4 novembre 2010

Stéphane Bataillon publie un recueil magnifique et ambitieux où le
deuil et l’amour cheminent au milieu des mots

Où nos ombres s’épousent de Stéphane Bataillon
Éditions Bruno Doucey, 94 p., 10 €

S’il ne fallait lire qu’un recueil de poésie cet automne, ce pourrait bien être celui-ci… Certes, son auteur n’est ni un slameur branché, ni une grande figure de la poésie contemporaine, ni même un nouveau génie des mots. D’ailleurs, rien, chez Stéphane Bataillon, ne correspond à l’idée fantasque et un brin égocentrique qu’on peut se faire – parfois à juste titre – des poètes. Loin de tout tapage, ce jeune auteur de 35 ans, rédacteur en chef du site bayardKids (groupe Bayard), et collaborateur régulier du cahier « Livres et idées » de La Croix, signe avec ce petit livre très réussi son entrée en littérature dans la plus grande discrétion. Il faudra pourtant désormais compter avec cette voix singulière et ténue, qui n’est pas sans évoquer Guillevic, ou Claude Vigée. Même si le jeu des comparaisons est toujours risqué. Surtout en poésie.

À l’origine de cette œuvre, un deuil. Stéphane a perdu un être cher, à l’âge où l’idée de la mort semble habituellement lointaine, voire hors de propos. Épreuve relatée, dès les premiers vers, avec une sobriété bouleversante, une économie de mots qui semble être la marque de fabrique de ce jeune auteur : « Je n’ai pas la douleur/Je n’ai pas le besoin/et je n’ai pas l’exil//J’ai juste perdu/celle que j’aimais. » Dès lors, l’écriture s’impose à lui comme un chemin de guérison, la seule voie possible pour conjurer l’absence. Même dans les pires moments, le poète s’accroche à cet instinct de vie qu’il pressent en lui-même, sans parvenir à l’exprimer : « Bien sûr, l’asphyxie/Bien sûr, le pourquoi/crier sans voix au fond de l’ombre//Mais quelque chose/qui nous dit d’attendre//Que nous devrons nommer/Quelque chose de simple. » La simplicité : c’est sans doute la grande force de ce recueil qui se lit d’un seul trait, comme un journal intime, et qui fait mouche par l’universalité de son propos, son authenticité et sa modestie. Jamais le poète ne prend la pause, ne cherche à extorquer une larme facile.

En explorant ses profondeurs, attentif à la lumière qui, tôt ou tard, doit rejaillir, Stéphane Bataillon livre un témoignage exemplaire de combativité et d’optimisme : « Refuser en silence/tous ceux de votre camp/qui ne pensent qu’à venger// Raviver face à vous/les forges de l’enfance// Cette ancienne certitude/qu’il faut se relever. »

Au fil des pages, par la seule force de la poésie, la vie reprend peu à peu ses droits. On sent bientôt se dessiner « un jardin/où chaque pierre/aurait sa place// où le chaos/saurait se tenir », comme il le dit dans un stupéfiant raccourci.

Impeccablement servi par l’éditeur Bruno Doucey, naguère aux commandes des prestigieuses Éditions Seghers, le poète anime aussi un blog (1), sur lequel il vient de publier un manifeste pour un « lyrisme des sources », un lyrisme qui, dit-il, « ne refuserait aucune des expériences ni aucune des routes, sensibles ou spirituelles, mais qui privilégierait une certaine clarté. Pour former doucement une image nouvelle, lisible. Celle d’un monde qui se dirait tout bas, avec ces mots de tous les jours. »

L’intention résume assez bien la démarche de Stéphane Bataillon, qui n’a pas son pareil pour exprimer les joies simples et vraies de celui qui a su traverser son propre désert : « La plus belle conquête/est histoire d’instants// Un flagrant délit d’être. »

François-Xavier Maigre

(1) http://www.stephanebataillon.com

mercredi 3 novembre 2010