mercredi 21 décembre 2011

De la poésie dans les grandes enseignes culturelles

Le rituel des cadeaux de Noël m'a conduit, contre mon gré, dans les travées de plusieurs grandes enseignes culturelles. Vous les connaissez sans doute. On y trouve des milliers de DVD, de disques, mais aussi des tablettes tactiles, des téléviseurs, et, bien sûr, des livres. Oui, en 2011, on continue de lire, aussi étrange que cela puisse paraître. S'il est vrai que le papier résiste étonnamment bien à l'assaut des technologies numériques, il faudrait s'y pencher d'un peu plus près. De quels livres parle-t-on ? Je ne suis pas de ceux qui ostracisent un certain registre de littérature, loin de là. Mais la place attribuée au théâtre et à la poésie, en comparaison à celle dévolue aux romans et autres best-sellers, laisse pantois.

C'est un fait : le rayon poésie - quand il ne se réduit pas à une étagère - est souvent coincé au fond d'une allée, loin des regards. Il faut, pour en explorer le contenu, se courber, ou s'étirer sur la pointe des pieds. La poésie, cela se mérite. Et là, immanquablement, l'amateur finit toujours déçu ; hormis les indétrônables classiques - Baudelaire, Rimbaud, Verlaine - vous ne trouverez guère d'ouvrage récent. Inutile de rêver. A croire que l'histoire de la poésie s'arrête à Yves Bonnefoy et Philippe Jaccottet, et encore. Il existe pourtant bien d'honorables maisons, à côté de la marque au liseré rouge ; on ne compte plus les voix qui se lèvent pour réhabiliter une parole généreuse et ouverte au sens, comme pour conjurer l'impasse dans laquelle la poésie semblait s'être empêtrée ces dernières années.

Mais comment découvrir ces auteurs si les principaux pourvoyeurs en culture ne relayent pas leurs publications ? Certes, par économie, certains éditeurs font le choix de s'affranchir du circuit de distribution. Ne pas s'étonner, donc, que leurs ouvrages soient introuvables. D'autres, en revanche, font le pari de s'inscrire dans la chaîne du livre, malgré les sacrifices que cela implique. Et on ne peut que regretter que ceux-ci ne soient pas mieux promus dans les grandes librairies, peu nombreuses à jouer le jeu de la pluralité et de l'audace. Si elle était plus accessible, la poésie serait sans doute lue bien davantage. Il est permis de le croire.

F.-X.M. 

lundi 19 décembre 2011

Parution du premier recueil de Blandine Merle, prix de la vocation 2011

Le titre de son tout premier recueil laisse deviner une écriture conçue comme un acte d'offrande. Presque une démarche spirituelle, semble-t-il. Le prix de la vocation distingue chaque année un jeune poète. Il est remis par la Fondation Marcel Bleustein-Blanchet, en partenariat avec les éditions Cheyne, qui éditent le texte primé. Bravo à Blandine Merle, qui prend son envol poétique de bien belle manière. Et longue route à elle.

Blandine Merle, Par obole
Prix de la Vocation 2011
E.O. 2011 / ISBN : 978-2-84116-175-1 / 19,5cm x 14,5cm / 64 page
, 15 €

la manie du papier ne laisse pas plus d’ordre
à la fin,
il reste le théâtre éclairé d’un dos,
l’appariement en silence d’une feuille
à une idée
la trace enfin du pli, et du tri
c’est couturer à soi le temps du purgatoire
(l’âme ira, bien assez vite, d’un côté)

Blandine Merle est née en 1981 à Poitiers. Etudes de lettres à Paris. Enseigne et anime des ateliers d’écriture. Collaborations aux revues « A verse », « Thauma » et « Place de la Sorbonne ».


vendredi 16 décembre 2011

Votez pour Tomislav !

Les cinq lauréats des Talents acoustic 2011 ont enregistré leurs chansons dans le studio Guillaume Tell (Suresnes). Le concert a été retransmis sur TV5MONDE les samedi 10 et dimanche 11 décembre. Vous pouvez revoir leurs prestations et décider qui sera pour vous le talent 2011. Le vote prendra fin dimanche 18 décembre à 23h59 heure Paris (22h59 GMT). Merci du soutien que vous apporterez à l'ami Tomislav, qui le mérite vraiment.Voici sa chanson :

jeudi 8 décembre 2011

Tomislav, bientôt sur les écrans

Le chanteur francilien Tomislav, l'un de mes amis, habitué de ce blog, est l'un des cinq lauréats du concours "Les talents acoustiques" organisé par la chaîne de télévision TV 5 monde. Sa prestation vitaminée sera diffusée samedi 10 décembre 2011 à l'antenne, en présence de la chanteuse Axelle Red et du présentateur Sébastien Folin. Un tremplin mérité pour un auteur interprète inspiré, dont le talent, jusqu'ici confidentiel, ne pourra le rester encore bien longtemps. La chanson qu'il interprétera samedi, "Comme une balle", est une fable humaniste qui semble miraculeusement ajustée au climat de crise économique et sociale que traverse le monde occidental. C'est le cri d'un homme qui ne cède pas son âme à la résignation. Écoutez, sa musique donne des ailes.


lundi 28 novembre 2011

Les quatrains du silence, de Claude Martingay

Recension parue dans La Croix du 24 novembre 2011

Préface de Nathalie Nabert Ad Solem, 96 p., 21 €

Quatre vers ; pas un de plus. Pour être brefs, les poèmes de Claude Martingay le sont, et de façon parfaitement assumée : les mots du quatrain, affirme le poète originaire de Genève, « définissent l'encadrement de la fenêtre, entre la maison et la fontaine, entre la raison et l'intelligence, entre les idées claires et la vie insaisissable de la vérité ». Cette démarche minimaliste rappelle parfois l'art du haïku japonais, sa rigueur économe. Ici, l'art de l'évocation rejoint peut-être davantage celui de la photographie, chaque poème se résumant à une image : « Devant l'érable flamboyait/Mon cœur misérable/D'où venait alors la joie ?/De la lumière de novembre. » Voyage laconique à travers l'automne des mots, ce recueil se laisse apprivoiser par petites touches, comme un journal intime : « Virevoltant, la feuille morte/Est entrée par la fenêtre ouverte/Mais c'est le vent que j'ai salué :/Elle en était le nom. »

François-Xavier Maigre

jeudi 17 novembre 2011

Un poème dans la revue "L'arbre à paroles"


Joie de découvrir l'un de mes textes dans la revue de poésie belge "L'Arbre à paroles", dirigée par le poète Francis Chenot. Le thème de sa dernière livraison fait honneur à la France : "Strictement hexagonal" ; preuve que nos amis belges ne sont pas chauvins, et que la poésie ne connaît pas les frontières des hommes. Et surtout, que la patrie de Hergé demeure l'un des hauts-lieux de la poésie francophone, sans doute bien davantage que chez nous, à certains égards. Merci à Francis, donc, et à toute son équipe, pour leur sélection qui fait place aux aînés comme aux jeunes plumes. J'ai le plaisir de m'y retrouver parmi des compagnons de route qui me sont chers ; Jean-Pierre Boulic, Roland Nadaus, Gérard Bocholier et le regretté Michel Héroult, disparu trop tôt... Je lui dédis le texte qui vient de paraître dans la revue, lui qui m'avait si chaleureusement encouragé lorsque nos chemins se sont croisés...

Quand l'âge mûr
sera sur toi

tu seras familier
de presque tout

mais sauras-tu
reconnaître encore

l'aile des anges
qui bordent la route ? 

lundi 14 novembre 2011

Jean-Claude Pirotte obtient le prix Apollinaire

L'info m'avait échappé. Le site de l'Express indique que le poète Jean-Claude Pirotte vient d'être couronné par le prix Apollinaire pour deux recueils parus récemment : Cette âme perdue (Le Castor Astral) et Autres séjours (Le Temps Qu'il Fait), succédant à Jean-Marie Barnaud, primé pour Fragments d'un corps incertain (Cheyne). Considéré comme le Goncourt de la poésie, le prix Apollinaire compte parmi son jury certains membres de l'Académie Goncourt dont Robert Sabatier et Tahar Ben Jelloun. Peintre, écrivain et éditeur, Jean-Claude Pirotte est également chroniqueur pour le magazine Lire, dans lequel il tient la chronique poésie. Un excellent portrait lui a notamment été consacré dans la Croix du 10 novembre 2011, sous la plume d'Antoine Perraud. Une juste reconnaissance pour un très grand poète.
(photo : éditions Le temps qu'il fait)

lundi 7 novembre 2011

Le site du magazine Livres Hebdo indique que la TVA sur le livre va passer à 7 %

 (Photo : Frachet /images)

Le taux réduit de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) augmentera à partir du 1er janvier 2012, a annoncé aujourd'hui le Premier ministre, et le livre n'échappera pas à cette augmentation, constate le site du magazine du magazine Livres Hebdo.

"A l’exclusion de l’alimentation, de l’énergie, et des produits et services destinés aux handicapés, la TVA à taux réduit sera portée de 5,5 % à 7 %, générant une recette supplémentaire de 1,8 milliard d‘euros”, a annoncé le Premier ministre François Fillon dans un communiqué du lundi 7 novembre 2011. “En France, le taux réduit de TVA est fixé à 5,5 % et s’applique à des produits et services fixés par la loi. A titre d’exemple, le taux réduit s’applique aux produits alimentaires, aux livres, aux produits à usage agricole, aux abonnements à des services de télévision, aux abonnements au gaz et à l’électricité, aux travaux dans les locaux d’habitation achevés depuis plus de deux ans, à la fourniture de logements dans les hôtels et dans les campings, aux services de restauration, aux titres de transport…”, détaille ce communiqué.

“Il est proposé de créer un taux intermédiaire de TVA à 7 %. Ce nouveau taux de TVA s’appliquera à l’ensemble des produits aujourd’hui soumis au taux de 5,5 %, y compris sur les produits de la restauration rapide, à l’exception des seuls produits de première nécessité. Ne sont donc pas concernés : les produits alimentaires, les abonnements au gaz et à l’électricité, ainsi qu’à des réseaux de fourniture d’énergie, et les équipements et services à destination des personnes handicapées”, précise le texte, qui ne mentionne pas le livre dans la liste des produits échappant à cette hausse de la TVA.

Cette mesure sera inscrite dans le projet de loi de finances rectificative de fin d’année et s’appliquera à compter du 1er janvier 2012.

lundi 24 octobre 2011

Un de mes poèmes a été lu sur une radio bretonne

Le poète Jean-Pierre Boulic vient de m'informer qu'il avait lu un de mes textes, lors de l'émission "Grain de Poème" qu'il anime sur la radio RCF Rivages (Finistère). Ce poème intitulé "Luxembourg" figure dans l'anthologie L'athanor des poètes 1991-2011, parue en mai 2011 au Nouvel Athanor. L'émission a été diffusée le 4 octobre. Merci à Jean-Pierre Boulic d'avoir repéré et si bien lu ce texte ! N'hésitez pas à lire ou relire cet excellent poète, plusieurs fois chroniqué sur ce blog.

mardi 18 octobre 2011

Bref, j'ai vu Bob Dylan...

Pour une déception, c'en fut une. Mark Knopfler et Bob Dylan : l'affiche de Bercy, ce lundi 17 octobre 2011, avait pourtant de quoi faire rêver. Sur le papier en tout cas. Le premier, en bon fonctionnaire du rock, a déroulé un programme millimétré (essentiellement pioché dans son répertoire solo), sans prendre la peine de communier avec les milliers de fans qui s'étaient ruinés pour venir saluer le sultan du swing qu'il demeure sans conteste. Le second, passablement usé, n'a fait qu'égrainer des blues répétitifs à coups de grands cris rauques ; franchement irritant. Et quand le poète folk s'est risqué à puiser dans son œuvre de génie (Like a rolling stone, All along the watchtower...), il fallait être sacrément éclairé pour y déceler l'embryon d'une mélodie, d'une accroche connue... Knopfler aseptisé ; Dylan négligé. On ne leur reproche rien, on s'y attendait. L'ambiance, lorsque les feux se sont rallumés dans la salle, trahissait une confusion assez largement partagée. Entre hébétement et consternation. Pas un rappel, pas une parole. Hier, on est venu voir un mythe, voilà tout. Pour la musique, il nous reste les disques.

Paparazzo Presents Bob Dylan
(Photo : Paparazzo Presents /Wikimedia Commons)

lundi 10 octobre 2011

La Bible, intarissable source pour les écrivains

Article paru dans la Croix du 7 octobre 2011

Enquête. La littérature contemporaine est encore puissamment irriguée par le souffle du texte biblique. Mais, dans une société sécularisée et pluraliste, l'expression spirituelle des auteurs se fait plus discrète.


(Photo : François-Xavier Maigre)


Au départ, il y a le souvenir d'un petit concours hippique en Normandie. Florence Delay entend dans le haut-parleur : « Éliminé pour désobéissance. »« Je suis alors frappée, raconte l'écrivain, membre de l'Académie française, par cette expression, qui désigne le refus du cheval de franchir un obstacle. »

Mystère de l'inspiration : de cette désobéissance lui en vient alors à l'esprit une autre, métaphysique, celle de Jonas, le prophète réfractaire de la Bible. De cet entrechoquement d'images naîtra le roman Trois désobéissances, paru en 2004 aux Éditions Gallimard. Le poète et romancier Roland Nadaus évoque une idée qui « a surgi » de la lecture du Nouveau Testament. « Tous ces invisibles de l'Évangile m'ont paru soudain tellement visibles… Moi qui ai connu une enfance en milieu populaire et ai été attaché aux petites gens, je me suis senti proche de tous ces personnages anonymes, du centurion aux bergers de Bethléem », ceux qui peuplent son dernier roman, Les Anonymes de l'Évangile (1).

Si la sécularisation a pu, en partie, chasser des références communes que sont les épisodes de l'Ancien Testament ou les récits de la vie du Christ, la Bible continue d'inspirer les écrivains. « La création littéraire contemporaine est très imprégnée par les Écritures, mais de façon plus souterraine », analyse Sylvie Parizet (2), maître de conférences en littérature comparée à l'université Paris-Ouest-Nanterre.

L'expression spirituelle est aujourd'hui « en filigrane plus qu'en pleine page », remarque, elle aussi, l'écrivain belge Colette Nys-Mazure, évoquant une « nappe phréatique » qui imprègne jusqu'aux romans policiers. Sans doute, avance-t-elle, parce que la foi « se propose et ne s'impose pas, comme l'amour » : « Quand on écrit, on ne peut agir que par contagion. » Aussi parce que, dans une société qui a relégué la spiritualité à la sphère privée, de nombreux auteurs chrétiens craignent d'être étiquetés. « Beaucoup considèrent que la foi relève de l'intimité et qu'il faut laisser le lecteur faire son chemin », constate Christophe Henning, journaliste à Pèlerin et président de l'association des écrivains croyants.

À en croire le romancier Éric-Emmanuel Schmitt, si notre époque « se méfie de la grandeur », c'est sans doute aussi parce que « nous avons vu où nous ont conduits les hommes qui ont hurlé au XXe siècle. Aujourd'hui, pour se faire entendre, il faut murmurer. » Pour autant, le grand roman de l'humanité qu'est la Bible reste « au cœur de la fiction occidentale », affirme-t-il (3), car elle possède « l'obscurité nécessaire pour être une source continue d'inspiration ». Pour l'auteur de L'Évangile selon Pilate, ce sont précisément les paradoxes et les zones d'ombre du corpus biblique qui en font un vivier infini d'interprétations. « Si elle était trop directive, trop claire, estime Éric-Emmanuel Schmitt, elle s'épuiserait dans sa propre clarté et deviendrait transparente. Un mystère doit être obscur. »

Les figures de l'Ancien Testament demeurent un levier romanesque efficace aujourd'hui : Jonas est souvent invoqué pour manifester le drame de l'exil, de même que Caïn incarne la figure de la révolte… On pourrait aussi citer la figure omniprésente de Job, qui a inspiré Pierre Assouline (4). « La Bible est un texte à travers lequel on a envie de relire quelque chose, mais ce n'est pas tant la Bible qu'on relit que soi-même », analyse l'éditeur Frédéric Boyer. Il fut, il y a plus de dix ans, à l'origine de la Bible Bayard, une traduction audacieuse des Écritures fondée sur la coopération inédite d'exégètes et d'écrivains.

« On a parfois besoin de références plus fortes pour tenter de comprendre le monde dans lequel on vit. » Il n'est sans doute pas un hasard que la Genèse soit l'un des épisodes bibliques les plus prisés des auteurs, matrice de tous les commencements. « Si je relis la Genèse, ce n'est pas pour savoir comment le monde a été créé, mais pour traverser les grandes énigmes de l'humanité. »

« C'est sans doute aux auteurs de faire résonner la Bible d'une manière nouvelle pour que la société se la réapproprie », affirme Roland Nadaus. « Je constate, lors de mes lectures publiques, que les gens sont parfois désarçonnés. Mais cela ne veut pas dire qu'ils n'apprécient pas : il peut y avoir une spiritualité laïque, et même athée, car tout homme est doué d'une dimension mystique. Tout dépend de la façon d'aborder le texte. » De fait, le contexte actuel de pluralisme peut être une chance.

Loin d'accréditer l'image d'un âge d'or révolu, Sylvie Parizet souligne la créativité sans limites des auteurs contemporains face au texte biblique : « Certes, leurs références sont plus libres qu'autrefois, parfois même erronées, concède-t-elle. Mais la désacralisation permet de redonner vie à la figure. Les épisodes n'ont certes de sens que dans un monde de transcendance, mais dans un monde déchristianisé, on les relit avec une nouvelle vigueur. » Ainsi ces romans où Sylvie Germain entremêle plusieurs grandes figures pour tisser une œuvre très originale (5).

Chez le poète et écrivain Jean Grosjean, décédé en 2006, cette plus grande liberté fait jaillir l'humour. « On retrouve chez de nombreux auteurs contemporains de véritables réécritures de la Bible. Michel Tournier ou Jean-Pierre Lemaire, pour ne citer qu'eux, n'ont de cesse de transposer le récit biblique pour le faire revivre », ajoute Sylvie Parizet. Les écrivains chrétiens sont d'ailleurs loin d'être les seuls à puiser aux sources bibliques.

Il suffit de penser au rôle majeur des auteurs juifs, comme Claude Vigée ou Henri Meschonnic, disparu en 2009. Plus largement, des écrivains non croyants y reviennent avec assiduité, comme José Saramago, prix Nobel de littérature en 1998, et ses variations très libres sur les premiers chapitres de la Genèse, autour de la figure de Caïn (6). Ou encore comme l'Italien Erri de Luca, habité par le texte biblique au point de consacrer chaque jour une heure à parcourir les arcanes du texte hébreu.

Céline Hoyeau et François-Xavier Maigre

vendredi 7 octobre 2011

Marina Poydenot, dans la manne des mots

Je ne peux résister à l'envie de reproduire ce texte magnifique de Marina Poydenot, qui tient, sans faire de bruit, un blog raffiné auquel on vient s'abreuver comme à une source. Ceux qui la connaissent verront sans doute dans ce poème un autoportrait saisissant, toute une vocation, toute une vie en quelques lignes. Du grand art.

Allégeance au ciel

J'aurais voulu être noire
gitane
et juive.
Je suis née pâle,
française à l'épaule mince,
à la mauvaise conscience.
Si j'ai erré, c'est dans les rues de Paris
et jusqu'au fond de l'âme,
exilée de l'exil.
C'est là que le Gitan de l'âme,
le Noir,
le Juif,
le vêtu de blancheur céleste
m'a trouvée et m'a dit "suis-moi".
Depuis lors je voyage,
cheminot du neuf
dans la manne des mots,
pour prêter allégeance au ciel
de chaque visage.

Lien vers le Blog de Marina

jeudi 6 octobre 2011

Le poète suédois Tomas Tranströmer obtient le prix Nobel de littérature


(Photo : Andrei Romanenko)

C'est finalement, un autre poète, le suédois Tomas Tranströmer, qui a obtenu jeudi 6 octobre 2011 le prix Nobel de littérature.

Âgé de 80 ans, psychologue de formation, ce poète a été récompensé «car, par des images denses, limpides, il nous donne un nouvel accès au réel», indique l’Académie.

«La plupart des recueils de poésie de Tranströmer sont empreints d’économie, d’une qualité concrète et de métaphores expressives». Bonne nouvelle pour la poésie !

Le poète syrien Adonis pourrait obtenir le prix Nobel de littérature


(Photo : Furiodetti)

Engagé pour la liberté et contre la violence, en particulier celle perpétrée en Syrie, son pays d'origine, humaniste et habité par la langue arabe, le poète Adonis est pressenti pour recevoir jeudi le prix Nobel de Littérature, indique l'AFP.

L’académie suédoise devrait communiquer le résultat de ses délibérations, aujourd'hui, jeudi 6 octobre 2011, vers 13 heures. Aucune liste de candidats n'a été publiée, comme le veut l'usage, laissant place aux spéculations les plus diverses et à la veille de l'annonce, le chanteur américain Bob Dylan était le favori des parieurs sur le site Ladbrokes.

Pourtant, certains voient en Adonis le lauréat incontournable cette année, notamment pour l'acuité de ses prises de position à l'occasion du "Printemps arabe". A suivre, donc.

Lire notamment l'excellent article de mon ami et confrère Stéphane Bataillon, paru en juin 2009 dans La Croix.

lundi 26 septembre 2011

Un nouveau site consacré à Charles Péguy

Ce site a été réalisé pour le compte de l'Amitié Charles Péguy, une association qui, depuis près de 70 ans, s'efforce de promouvoir l'œuvre de l'écrivain. Une très belle réalisation, truffée d'informations sur l'auteur, d'extraits, de photos... A découvrir, à cette adresse.

mardi 20 septembre 2011

Décès du poète Michel Héroult

J'ai appris avec tristesse le décès du poète Michel Héroult, avec qui j'avais eu le bonheur de partager les planches le 12 mars 2011 autour du poète Roland Nadaus, à la maison de la poésie de Saint-Quentin en Yvelines (photo). L'auteur s'est éteint le lundi 12 septembre 2011, à l'âge de 73 ans.

Sa voix, lorsqu'il lut ses poèmes, ce soir-là, était juste et profonde. Nous avions discuté, à l'issue de la lecture, et j'avais gardé en mémoire la sagesse de ses conseils, la bienveillance discrète de ce fin limier de la Parole. Il m'avait laissé en partant une édition de ses fameux "Poèmes foudroyés", que j'ai lus par bribes cet été. Sans savoir...

Voici une présentation de Michel Héroult sur le site des Poètes mystiques contemporains : "Alchimiste des mots, Michel Héroult est né en 1938, à Caen, dans le Calvados.

Docteur de troisième cycle en sociologie politique à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, à Paris, il a été très tôt un animateur passionné de revues poétiques, notamment, cofondateur du magazine Le Puits de l'ermite, avec jean Chatard, Robert Momeux et jean-Pierre Lesieur, et celui de La Nouvelle Tour de feu avec Liliana Klein."

Toutefois, c'est par ses poèmes, qu'il qualifie lui-même de « foudroyés», que Michel Héroult donne à lire des regards « comme autant de pierres éparses ». Le poète « gravit les échelles du ciel », son chant « porte témoignage de la souffrance bue jusqu'à l'absurde ».

Il a une manière unique de crier sa soif d'Absolu, fébrilement, « à la faveur de l'ombre ». Si la fraternité est bien présente dans ces textes qui savent que « nos amours trépassent dans la clarté solaire», ceux-ci surprennent surtout par leur musique subtile et une certaine majesté venue d'ailleurs. « En vous les mots se font une fête », s'habillent de bruit, dans l'inexprimé…"


Le poète Michel Héroult en mars dernier, à droite (Photo: Christian Lauté)

vendredi 9 septembre 2011

Marques Toliver, une vibration hors du commun

Je voulais vous partager un coup de cœur musical. Né en 1987, Marques Toliver est doué d'un timbre rare. Violoniste - peu orthodoxe ! - , ce jeune homme originaire de Floride dégage une intensité qui donne le frisson, et qui tranche sur un paysage musical souvent anesthésiant. Difficile de classer sa musique. Pas d'album encore, d'après ce que j'ai pu lire. Pourtant, le chanteur affole déjà les plateaux (voir la vidéo). Pas étonnant. Il semble qu'il se soit fait connaître en jouant dans la rue. Ce qui est frappant, dans cette vidéo, c'est de voir combien une bonne chanson se passe d'artifices quand elle vient du fond de l'âme. Une voix nue, trois notes de violon, et on est déjà loin...

mercredi 31 août 2011

Coatrieux, stèle pour six écrivains bretons

Je viens de recevoir cette excellente note de lecture du poète Pierre Tanguy, qui m'a autorisé à la reproduire. Ce que je m'empresse de faire, tant l'ouvrage de Jean-Louis Coatrieux me semble important pour les amateurs de poésie bretonne, et plus largement pour ceux qui désirent mieux connaître six grands auteurs qui furent avant tout des chercheurs de sens.

"Il fallait le faire. Consacrer un essai (presque intimiste) à six « monstres sacrés » de la littérature bretonne contemporaine : Xavier Grall, Eugène Guillevic, Louis Guilloux, Georges Perros, Armand Robin, Victor Ségalen. Son auteur, Jean-Louis Coatrieux, avait des arguments sérieux pour le faire. Il a côtoyé personnellement certains de ces auteurs, mais, surtout, il les a lus assidûment. Au point de publier déjà un recueil de poèmes inspiré par deux d’entre eux (Grall et Robin), publié en 2005 aux éditions La Part commune, sous le titre « L’intérieur des terres ».

Cette fois Coatrieux – épaulé une nouvelle fois par son compère artiste, Mariano Otero – nous fait pénétrer dans sa famille littéraire élargie, mais pourtant « réduite au strict minimum » puisqu’il ne nous parle que de six auteurs. Son essai n’entend pas être un livre de révérence mais plutôt une invitation à partager une passion. « En fait, quand je leur parle, c’est de vous, de moi. Ce sont les miens, voilà c’est dit ».

Grall ? : « Il avait cette fulguration du cri primitif ».
Perros ? : « C’est en quittant le théâtre qu’il a su tenir son rôle ».
Robin ?: « Il tenait salon en tête-à-tête avec le monde ».
Guillevic ?: « Lui sait qu’il doit épargner les mots, y placer des blancs pour mieux sentir leur texture ».
Guilloux ?: « Le respect du bonheur et du travail bien fait, oui, là, il était à son affaire ».
Ségalen ?: « En marchant, il s’inventait des noms, des destins et même des langues qu’il calligraphiait avec les mains, une autre façon de se préparer à l’autre frontière, là où la vie se tait ».

Tout est à l’avenant. Coatrieux écrit des phrases à l’emporte-pièce. Courtes. Incisives. Comme rédigées dans l’urgence ou dans une passion débordante. « Naturellement de parti pris ». Mais comment peut-on ne pas l’être quand il s’agit de tels écrivains.

Un salutaire essai, quoi qu’il en soit, car l’auteur connaît aussi la part d’ombre et la « vie cabossée » des auteurs qu’il aime. Mais il les sait loin de « la parole facile des services après-vente » qui sévit, aujourd’hui, dans une certaine littérature. « Les miens ont choisi d’écrire pour de vrai », écrit Coatrieux. C’est aussi simple que cela."

Pierre Tanguy

A les entendre parler : Grall/Guillevic/Guilloux/Perros/Robin/Segalen, par Jean-Louis Coatrieux, illustrations de Mariano Otero, La Part commune 2011, 126 pages, 13 euros.

mardi 30 août 2011

Le printemps des poètes 2012 sous le signe de l'enfance

Le 14e Printemps des Poètes se tiendra du 5 au 18 mars 2012 autour du thème de l'enfance, ou plutôt des "enfances". Cet intitulé, explique Jean-Pierre Siméon, directeur artistique de la manifestation, "voudrait inviter à considérer quelle parole les poètes tiennent sur les commencements, apprentissage du monde entre blessures et émerveillements, appétit de vivre et affrontement à la « réalité rugueuse », comment leur écriture aussi garde mémoire du rapport premier, libre et créatif, à la langue".

"Ce sera aussi l'occasion de mettre en lumière cette poésie qui tient l'enfant pour un interlocuteur sinon exclusif, du moins premier, une « poésie pour la jeunesse » qui, fuyant tout didactisme, s'est profondément renouvelée au cours des dernières décennies". Ce 14ème Printemps des Poètes sera, indique-t-il, "l'occasion de mettre en avant dans le répertoire de poésie pour la jeunesse le travail novateur de quatre éditeurs : Motus, Cheyne (Poèmes pour grandir), Rue du Monde et L'Idée Bleue (le Farfadet bleu)."



lundi 29 août 2011

Reportage de Paul de Brancion sur le festival de poésie de Sète

A lire, cet excellent reportage de Paul de Brancion, sur le festival de poésie de Sète, qui a rassemblé 32 000 personnes du 22 au 30 juillet 2011. "Le festival Voix Vives, de Méditerranée en Méditerranée, dirigé avec ténacité et talent par Maïthé Vallès-Bled, est un lieu où les poètes de très nombreux pays se rassemblent se parlent, et nous parlent", souligne l'auteur de l'article.

Plus de 100 poètes étaient présents cette année à Sète, parmi lesquels Joël Bastard, Philippe Delaveau, la portugaise Maria Joao Cantino, le syrien Nouri Al Jarrah, Pierre Tilman, les libanais Abdo Wazen et Abbas Beyddoun ou encore la poétesse israélienne Tal Nitzan.

Un reportage à lire sur le site Poezibao
Voir aussi le site officiel du festival

mercredi 24 août 2011

Le Grand prix du livre insulaire 2011 attribué aux éditions Bruno Doucey



Bonne nouvelle pour une maison à suivre de près : le Grand prix du livre insulaire 2011 vient d’être attribué à l’anthologie Outremer – Trois océans en poésie, établie par Christian Poslaniec et Bruno Doucey. Le jury du salon international du livre insulaire de Ouessant était présidé cette année par Jean Métellus. Ci-dessous, quelques extraits du mot de remerciement prononcé par Bruno Doucey lors de la remise du prix ce 21 août :

« À travers ce prix qui m’est remis, c’est d’abord un travail d’équipe qui est récompensé (…) Plus encore, ce sont les 80 auteurs de ce tour du monde en poésie que le jury du salon du Livre insulaire de Ouessant vient ainsi de saluer. Poètes venus de tous les horizons du monde francophone, de Saint Pierre et Miquelon à Mayotte, des Antilles à la Polynésie française, de la Réunion à Wallis et Futuna, témoignant de la richesse, souvent insoupçonnée, des poésies d’Outre-mer.

Enfin, par ce prix, c’est à la poésie elle-même qu’un vibrant hommage est rendu. Que cet événement soit pour nous, frêle embarcation en voyage sur les trois océans de la diversité humaine, l’occasion de rappeler ce en quoi nous croyons le plus fortement : la poésie ne permet pas seulement de tisser des liens entre les êtres, les générations, les cultures ; elle est un art de l’hospitalité, un art de vivre ensemble, le cap de plus avancé d’une utopie familière, la possibilité d’une patrie en archipel. »


lundi 1 août 2011

Pourquoi le papier a toujours de l'avenir

Vidéo très drôle, et pleine de bon sens, qui démontre que nos bons vieux livres ont sans doute encore de beaux jours devant eux avant que les tablettes numériques ne s'imposent véritablement. Écolo, pratique, peu coûteux... vive le papier !

Video - Book - Une nouvelle revolution technologique

mercredi 27 juillet 2011

François Cassingena-Trévedy évoque son oeuvre

Je viens de découvrir par hasard cette conversation entre l'éditeur Grégory Solari (Ad Solem) et le poète / religieux François Cassingena-Trévedy, qui évoque ici son dernier ouvrage, "Etincelles, Volume 3" (pas encore lu !)

Intéressante réflexion sur le mystère de l'écriture.


François Cassingena-Trévedy : Etincelles, Volume 3 par Librairie-La-Procure

jeudi 7 juillet 2011

Ces poètes qui repoussent les marges du jour

Article paru dans le cahier Livres & idées de La Croix du jeudi 7 juillet 2011

Trois recueils d'inspiration chrétienne s'attachent à déceler la beauté du monde ordinaire, dans un jeu d'échos troublants

Les Marges du jour de Jean-Pierre Lemaire, Éditions La Dogana, 130 p., 22 €
Un petit jardin de ciel de Jean-Pierre Boulic, La part commune, 96 p., 13 €
Le Premier Jour de la semaine de Jean Maison, Ad Solem, 64 p., 19 €

Le flot des parutions réserve parfois d'heureuses coïncidences. Il en va ainsi de ces trois superbes recueils où l'écriture poétique renoue, sans bruit et sous des formes diverses, avec la force signifiante qui fait parfois cruellement défaut à la poésie contemporaine. Sans bruit, car ces trois auteurs ont choisi l'écoute et l'humilité pour exprimer leur rapport au monde, à ses mystères. Ce parti pris est particulièrement sensible chez Jean-Pierre Lemaire, dont le tout premier recueil, Les Marges du jour, vient d'être réédité trente ans après sa parution. D'illustres aînés ont depuis longtemps adoubé ce poète discret, tel Philippe Jaccottet, qui signe la postface de l'ouvrage : « J'entends là une voix totalement dépourvue de vibrato, miraculeusement accordée au monde simple, proche et difficile dont elle parle et qu'elle essaie calmement, patiemment de rendre encore une fois un peu plus poreux à la lumière. »

De fait, ces petits textes imposent d'eux-mêmes leur évidence en réinscrivant la démarche poétique au cœur de la Création : « Adolescents, nous jetions en marchant le paysage entier, touffu dans notre hotte ; les forêts vendangées, foulées nous donnaient leur souffle et nous ressuscitions chaque feuille plus verte à l'intérieur de nos poitrines. » Empreint de spiritualité, le regard de Jean-Pierre Lemaire a ce pouvoir de mettre à nu « Champs, villages de cendres/traversés jusqu'à l'horizon/par les rails de la foudre » : « Tu cherches l'aiguillage/derrière tes yeux/et sous le vertige/les racines du paysage ». Et même si, pour lui, « la vérité/est une chambre de silence/dont on sort sans tête », sa parole est de celles qui élèvent l'âme. On ne quitte pas ce livre comme on y est entré.

Dans une veine comparable, le Petit jardin de ciel que cultive avec passion Jean-Pierre Boulic, se lit avec bonheur. Le poète finistérien, dont l'œuvre vient d'être saluée par la Société des gens de lettres, s'attache à déceler les traces d'en haut dans ces paysages bretons qu'il affectionne tant : « Écouter s'éveiller/L'émerveillement des simples/Et la voix du magnolia// Ce beau secret mis en abyme/Sous un dais de hauts nuages/L'aubier dans la lumière// Le temps au chant ailé/Que la main de l'aube a posé/Dans un repli de silence. » Veilleur immobile, le poète, selon lui, doit se tenir « au seuil du jour », là où « les arbres en vêtement blanc » sont « si proches de la confidence ».

Ces vers, Jean Maison, auteur du Premier Jour de la semaine, pourrait les faire siens sans difficulté. Cet ancien proche de René Char exprime lui aussi sa fibre chrétienne dans une célébration mystique de la nature : « Ce premier mai, jour de l'Ascension, le pommier se ressaisit, laisse passer l'ondée. Partout, le ciel bas l'accompagne. La patience de chaque feuille, la gloire immense de l'arbre se déploient dans une trinité inventive. » Calqué sur le calendrier liturgique, ce recueil étonnant semble avoir été consigné, tapi derrière un bow-window, à l'affût des métamorphoses saisonnières… Chacun à leur manière, ces trois auteurs ramènent la poésie à ce qu'elle devrait toujours rester : un jardin de mots.

François-Xavier Maigre

mercredi 29 juin 2011

Parution de l'Athanor des poètes, anthologie 1991-2011

Superbe anthologie tout juste parue aux éditions du Nouvel Athanor, et dans laquelle j'ai la joie de retrouver un de mes textes, parmi ceux de tant d'aînés lus et aimés.



Présentation de l'éditeur :

L'Athanor des poètes est une anthologie insolite et émouvante dans ses brûlures, son parti-pris de lisibilité, ses révoltes et ses tendresses. Nous affirmons sans vergogne que ce panorama de deux décennies de poésie de langue française en vaut bien d'autres ! Il est né d'une épiphanie de rencontres, d'une multiplicité d'entêtements créatifs. Il est notre marque, notre labeur, notre honneur.

Au-delà du pluralisme des singularités, les poètes que nous vous donnons à lire ici ont tous été au moins une fois édités soit par notre revue Les Cahiers du Sens, soit, en recueil, sous notre sigle Le Nouvel Athanor. En plus de vingt ans maintenant, nous avons servi aux amoureux de la poésie, sans trembler, un vaste hors-d'oeuvre de poètes édités pour la seule joie de découvrir, de faire connaître, de faire lire, d'aimer et de faire aimer.

Et se faire "piller" en dépit du copyright, par des confrères parfois peu scrupuleux, fieffés onanistes de l'éphémère, sera toujours notre amusement, notre haussement d'épaules, notre joie secrète, voire notre revanche de transmetteurs passionnés. Hormis la mort, rien ne pourra désormais nous faire reculer.

Nous ne sommes ni des avocats ni des procureurs, plutôt des bardes, des nomades, des bateleurs présentant des créateurs sur la place publique. Et nous ne craignons, au fond, que le seul tribunal du temps.

mardi 17 mai 2011

Pause



Absent au mois de juin, je ne pourrai animer ce blog avant plusieurs semaines.

Pour les plus curieux, les raisons de ce silence sont expliquées ici !

A bientôt,

@ fxavier


lundi 9 mai 2011

Le souffle poétique de Mahmoud Darwich


(Photo : http://www.mahmouddarwish.com)

Magnifique choix de textes que celui publié par Actes Sud pour honorer la mémoire de Mahmoud Darwich (1941-2008), poète palestinien célébré bien au-delà de sa terre natale. Portée par un souffle rare, son œuvre témoigne d'une quête de paix et de sens qui transcende les clivages politiques.

Ecrits entre 1977 et 1992, les poèmes publiés dans cette petite anthologie sont extraits de cinq recueils de Mahmoud Darwich. S'ajoutant aux textes de la même période déjà disponibles en français, ils permettent de mieux connaître une étape charnière de son itinéraire poétique entre Beyrouth, Tunis et Paris.

A lire : Nous choisirons Sophocle, traduit de l'arabe par Elias Sanbar, Actes Sud, 98 p., 18 €

En extrait, un passage qui m'a particulièrement séduit :

Si cet automne est le dernier,
demandons pardon
pour le sac et le ressac de la mer,
pour les souvenirs...
pour ce que nous avons fait
de nos frères avant l'âge du bronze.
Nous avons blessé tant de créatures
avec des armes faites des os de nos frères,
pour devenir leurs descendants près des sources.
Demandons pardon
à la harde de la gazelle
pour ce que nous lui avons
fait subir près des sources,
quand un filet de pourpre serpenta sur l'eau.
Nous ne savions pas que c'était notre sang
qui consignait notre histoire
dans les coquelicots de ce bel endroit.


dimanche 8 mai 2011

La revue Arpa publie son centième numéro




Surprise, ce jour-là, en décachetant l'enveloppe craft qui contient la dernière livraison d'Arpa. La célèbre revue de poésie a pris des couleurs et arbore une couverture rouge vif, qui tranche avec sa robe ocre habituelle. "Un cent d'encre", annonce-t-on joliment. La revue fête en effet son centième numéro ! C'est en 1976 qu'Arpa fut créée par Pierre Delisle, avant que Gérard Bocholier n'en assure la relève il y a vingt ans.

Membre du comité de rédaction, Jean-Pierre Farines résume ainsi la vocation de cette revue poétique de haute tenue : "Partager la poésie avec des poètes qui écrivent ou n'écrivent pas mais ont compris le caractère indispensable, comme la circulation du sang, de cet échange de cela qui a à voir avec la grâce, avec l'âme de l'humanité, avec l'humanité tout court, avec l'indicible en tout cas".

Pour l'occasion, Arpa a fait appel aux grandes signatures que la revue a contribué à faire connaître. Chacun de ces auteurs défend à sa manière une écriture simple et sensible, poreuse au mystère, mais résolument tournée vers le lecteur. "Tout se révèle don, tout / se transmue en offrande / Lorsqu'enfin les âmes se font chant" écrit par exemple François Cheng.

La revue contient par ailleurs un précieux texte de Guillevic (dont le premier tirage avait été confidentiel). Cette suite somptueuse mérite en soi l'achat de ce numéro "collector" : "Monter les degrés / De l'échelle absente, / Cela en vaut la peine (...) "Toucher, c'est déjà / S'ouvrir un passage / Vers d'autres ouvertures / A trouver."

Plus loin, Pierre Oster livre une puissante évocation sur l'origine de la création : "La terre est un savoir ! D'où les eaux, d'où les rochers jaillissent"... Jean-Pierre Lemaire, Gilles Baudry, Pierre Maubé ou Jean-Pierre Jossua sont évidemment eux aussi à l'honneur. Il serait trop long de tous les citer ici.

Avec plus de 200 pages d'inédits à lire, et à relire, ce numéro exceptionnel prouve, s'il en était besoin, que les revues spécialisées et les petites maisons sont bel et bien l'avant-poste de la création poétique actuelle.

Renseignements : site internet d'Arpa

mardi 3 mai 2011

Ron Sexsmith envoûte la Maroquinerie



Ron Sexsmith en concert le 2 mai 2011 à la Maroquinerie , à Paris
(photo : François-Xavier Maigre)


Les quelques chanceux qui ont pu assister au fabuleux concert parisien de Ron Sexsmith, lundi 2 mai à la Maroquinerie, ne sont pas près d'oublier cet instant rare. Petite salle pour un grand bonhomme. Dans l'assistance, le public est l'image de l'artiste de 47 ans : sobre, recueilli, entre deux âges.

On ne se bouscule pas dans ce genre de soirées. On déguste une bière fraîche, sans excès. Poliment, on se fraye un passage jusqu'à la scène. Ambiance londonienne. Il y a ce bobo grisonnant, qui a ressorti les Converse de ses années d'étudiant à la Sorbonne. Et cet autre, en chemise blanche, qu'on imagine il y a quelques heures encore dans un bureau austère, et qui frétille à présent, un grand sourire sur le visage, au son d'une musique qui lui rappelle sans doute le parfum de ses vingt ans. Il y a des filles, bien sûr.

Ecouter Ron Sexsmith, c'est s'accorder un voyage dans un univers folk et pop sans âge. Des chansons courtes, simples en apparence, toujours arrangées avec goût, où la voix limpide dessine des mélodies instantanément familières. Il faut reconnaître que depuis qu'il a remisé sa moto, l'ancien coursier de Toronto a fait un sacré bout de chemin. Onze albums ont suffi à imposer cette personnalité discrète dans le monde du rock. Peu diffusé sur les radios, étrangement confidentiel, le chanteur canadien au visage de poupon introverti sait qu'il peut compter sur un vivier de fans tenaces.

Que dire d'autre ? Qu'il dégage sur scène une classe folle, tout d'élégance et de retenue. Que le groupe qui l'accompagne est un brillant assemblage de personnalités loufoques. Que même Sir Paul McCartney a salué en lui l'un des plus fins mélodistes de sa génération. Qu'il faut écouter ces superbes compositions, de préférence un soir d'automne ou d'hiver. Sa musique est de celles qui réchauffe l'esprit et qui porte, jusque dans ses accents les plus mélancoliques, la marque d'un talent d'exception.

Extrait du concert d'hier (Merci à l'internaute qui a tourné cette petite séquence à la dérobée)

mercredi 27 avril 2011

Jeff Buckley, la grâce bientôt au cinéma

Après bien des rumeurs, l'information se précise : le site officiel de Jeff Buckley a annoncé il y a quelques jours le tournage prochain d'un biopic sur la vie du chanteur disparu en 1997.

Le réalisateur américain Jake Scott - fils de Ridley - , 36 ans, vient en effet d'être choisi pour s'emparer du scénario écrit par Ryan Jaffe, lui-même inspiré du livre Dream Brother, portrait croisé de Jeff Buckley et de son père Tim Buckley, tous deux tombés dans la fleur de l'âge, avec des similitudes troublantes. Ce scénario a trouvé grâce aux yeux de Mary Guibert, mère du défunt songwriter et productrice du film. "Rien ne pouvait me faire plus plaisir que de voir Jake accepter notre invitation à porter la vie de Jeff sur grand écran, a-t-elle déclaré. Sa vision de l'histoire de Jeff est inspirée, novatrice et perspicace."

"Le script de Ryan Jaffe m'a relié à l'une des âmes les plus pures de la musique. C'est un voyage dans le cœur d'un jeune artiste en quête de la vérité absolue dans le travail, l'amour, la dévotion et le désir, s'enthousiasme Jake Scott. Je crois que ce film peut séduire toute une nouvelle génération de passionnés, bien au-delà du cercle des fans de Jeff Buckley." Les castings sont en cours. Patience.

Loin d'être un débutant, Jake Scott s'était fait remarqué en 2009 pour le film "Welcome to the Rileys", avec Kristen Stewart, James Gandolfini et Melissa Leo. L'univers du rock ne lui est pas non plus étranger, puisqu'il a notamment réalisé des clips de REM, Soungarden ou U2.

Il ne reste plus qu'à patienter, et à réécouter encore et toujours "Grace", chef d'œuvre unique d'une étoile filante qui n'a pas fini de briller, l'un des artistes rock majeurs des années 1990. Ici, un passage d'anthologie à Nulle part ailleurs, sur Canal +, en 1995 :

mardi 12 avril 2011

Routes normandes, avril 2011

Le pays tout entier
célèbrera nos traces

Nos nuques impatientes
au soleil de midi

Battements de cils
en miettes de ciel

Et nos pas sans mémoire
frappés sur l'asphalte.






(photo : © Pauline Maigre)

lundi 11 avril 2011

Le vieil homme



Le vieil homme parlait peu

A l'aube, on l'entendait prier
derrière l'embrasure d'une porte
dans une langue inconnue

Puis il avalait son café
passant sa main calleuse
sur nos cheveux
avant de disparaître dans l'allée.

Ce n'est que bien plus tard
au parfum des braises
répandu par le poêle

Qu'on le voyait rentrer
le geste lourd
et les pas chargés de nuit.


Permier recueil publié cet automne

Voilà, c'est officiel ! Les éditions Bruno Doucey ont annoncé vendredi soir pendant l'apéro poétique qui précédait la magnifique pièce jouée par Céline Liger "La Séparation des Songes" au théâtre Le Vent se lève, que mon premier recueil serait publié à l'automne dans la collection Jeunes Plumes. Le livre est en chantier, sa composition à affiner, le titre à revoir... mais on avance. Merci à toute l'équipe des éditions Bruno Doucey et à la compagnie Jeunes Plumes de m'accompagner dans cette aventure !

Ici sur scène en compagnie de la comédienne Gersende Michel :



Enfin, un petit souvenir de la soirée mémorable du 12 mars autour du poète Roland Nadaus (en photo), qui fut pour moi un éveilleur et un maître attentionné. Merci à lui et à toute l'équipe de la Maison de la poésie de Saint-Quentin de m'avoir associé à cette lecture !



De gauche à droite : Roland Nadaus, Francis Chenot et Michel Héroult (merci à Christian Lauté pour ses belles photos)

vendredi 8 avril 2011

Apéro poétique à Paris

Ce soir, apéro poétique autour de la compagnie Jeunes Plumes, et de leur nouvelle création, La Séparation des songes, le vendredi 8 avril 2011 à 19 h en présence de Stéphane Bataillon et révélation du nom du jeune poète dont les éditions Bruno Doucey publieront le premier recueil cet automne. Son nom ? Devinez ! ;)
Le Vent se lève, 181 avenue Jean Jaurès 75019 (M° Ourcq) (8 / 10 €)
Résa : 01 77 35 94 36

jeudi 7 avril 2011

Bruno Doucey analyse "le retour du poétique"

L'éditeur et poète Bruno Doucey, qui dirige la maison d'édition du même nom, livre une analyse très fine du retour du poétique dans l'espace public. Après plusieurs décennies d'expérimentations parfois déroutantes, "le vent tourne du bon côté, observe-t-il. On a mis la poésie à la porte, mais elle revient aujourd'hui par toutes les fenêtres". Reste à savoir comment "rejoindre un lectorat qui se cherche encore". Des convictions fortes, une démarche audacieuse, qui font des éditions Bruno Doucey l'un des avant-postes les plus intéressants de la poésie actuelle.


Comment éditer de la poésie ? par enviedecrire

lundi 4 avril 2011

Mille ans de poésie française à la portée de tous

Article paru dans le cahier Livres & idées de La Croix du jeudi 31 mars 2011

La poésie française pour les nuls, de Jean-Joseph Juland, First Éditions 584 p., 22,90 €

Sans prétention aucune, cette énième chronologie poétique surprend par la qualité des pages consacrées à l’écriture contemporaine



Cet épais volume devrait rapidement trouver son public : enfin une encyclopédie qui restitue, sans maniérisme, les riches heures de la poésie française, et qui donne envie d’en lire ! Déclinant le concept bien rodé de la collection « pour les nuls », Jean-Joseph Julaud embrasse un millénaire d’écriture poétique, des chansons de geste médiévales aux évolutions les plus récentes.

Et il faut reconnaître que ce vulgarisateur à succès – L’Histoire de France pour les nuls, c’est lui – se révèle un pédagogue hors pair, visiblement plus enclin à faire goûter la saveur des mots qu’à séduire une cour de spécialistes : « Le poème, les mots, écrit-il, sont des cadeaux du ciel. » D’où une approche sensible et ludique qui a le mérite de dérider le genre. Ce qui n’empêche pas les notes techniques qui émaillent l’ouvrage d’être de bonne tenue. Le novice sera très vite à même de distinguer lyrisme et épique, ballade et sonnet, décasyllabe et alexandrin…

Mais la grande force de cette fresque tient sans doute à la place généreuse accordée aux poètes des XXe et XXIe siècles, qui demeurent souvent mal connus du grand public. De très belles figures du début du siècle dernier sont ainsi mises en valeur : Henri de Régnier, Francis Jammes ou encore Saint-Pol-Roux, génie hélas presque oublié. Preuve que, derrière une apparente légèreté, Jean-Joseph Julaud a creusé son sujet. Péguy et Claudel, évidemment, sont aussi de la partie.

Plus près de nous, l’auteur se penche sur les voix apparues sur les cendres du surréalisme, « dans le temps retrouvé d’une écriture où, dit-il, les acquis de la modernité s’intègrent de façon naturelle aux écritures neuves » : Yves Bonnefoy, Philippe Jaccottet, Jacques Réda, Andrée Chedid… Peut-être moins médiatiques, ces innombrables plumes singulières, inclassables, qui contribuent à la profusion poétique du XXe siècle, ne sont pas oubliées : « Cadou l’infiniment doux, Guillevic et ses petits objets taillés en mots »…

Certes, concède-t-il, on peut se demander si les poètes ne sont pas en voie de disparition, tant ils semblent aujourd’hui marginalisés, peu lus… Loin d’accréditer cette hypothèse, l’ouvrage témoigne de l’extrême fécondité d’une génération d’écrivains, bien dans leur époque, qui « exercent un vrai métier » et fréquentent le « béton ordinaire » en guise de tour d’ivoire (Marie-Claire Bancquart, Jean-Claude Pirotte, Patrice Delbourg, Ariane Dreyfus…)

Certains s’agaceront peut-être de voir un chapitre entier consacré au slam, sans doute plus proche de la chanson que de la poésie. Reste que ce voyage à travers les âges de l’écriture réserve bien des surprises. En accordant une place de choix à la francophonie, l’auteur fait le pari d’un art vivant et ouvert au grand large, de la Tunisie au Québec, en passant par le Cameroun et Haïti. Plus que tout, il ne se contente pas d’honorer les grands noms d’hier et d’aujourd’hui, et s’attache à valoriser les voix de demain – le benjamin, Matthias Vincenot, n’a que 30 ans ! Le tout en proposant un large choix d’extraits, de références… Au final, cet ouvrage sans prétention offre une excellente approche d’une poésie qui ne cesse de se réinventer.

François-Xavier Maigre

jeudi 31 mars 2011

Patrice de La Tour du Pin, un souffle poétique et spirituel intact

Article paru dans le cahier Livres & idées de La Croix du jeudi 31 mars 2011

Poèmes choisis, de Patrice de La Tour du Pin
Edition présentée par Claude Arnaud, Emmanuel de Calan et Jean-Matthieu de l’Epinois, Gallimard, 246 p., 22,50 €

Cette anthologie publiée à l’occasion du centenaire de la naissance du poète donne à relire une œuvre à la finesse recueillie, où la foi se dessine comme une évidence



(photo : Société des amis de Patrice de La Tour du Pin )


Cette parution est remarquable à plus d’un titre. Déjà, parce qu’elle marque le centenaire de la naissance d’un grand poète du XX siècle, qui gagne à être relu, tant sa voix demeure étonnamment actuelle et proche. Surtout, c’est à un cercle de fidèles que l’on doit cette copieuse anthologie de Patrice de La Tour du Pin (1911-1975). Des passionnés qui, depuis trente ans, ont pris l’habitude de se rassembler chaque mois autour de son œuvre, comme auprès d’une source. Industriel, prêtre, mère de famille ou universitaire, ces lecteurs anonymes ont tout bonnement convaincu Gallimard d’éditer le présent ouvrage… Preuve, s’il en était besoin, de la pertinence d’une parole qui impose d’elle-même sa nécessité.

De fait, trente-cinq ans après sa mort, la poésie de Patrice de La Tour du Pin saisit d’emblée par son souffle intact, sa fraîcheur dépourvue de mièvrerie : « Je suis le versant de la vie secrète/ Qui en vieillissant sait s’en rapprocher,/Mais qui dès l’enfance en disait la fête », écrit-il avec une humilité non feinte, dans une langue simple où chaque image se dessine comme une évidence. L’esprit d’enfance : voilà sans doute la clé pour pénétrer l’œuvre de cet orphelin de guerre, repéré très tôt par Jules Supervielle, qui le recommanda à La Nouvelle Revue française. Marquée par la rêverie, son écriture se rapproche parfois de la prière, empreinte qu’elle est d’une foi profonde, voire d’un certain mysticisme – mais contenu –, comme dans cette superbe pièce en forme de litanie : « Dieu du souffle,/Vous de la source et de l’estuaire de l’esprit,/Vous du vif du bonheur et de l’angoisse humaine,/Vous du germe à la mort et jusqu’au paradis »…

Car Patrice de La Tour du Pin ne fut pas seulement un poète reconnu. Ce catholique fervent a également été très engagé dans la réflexion spirituelle de son temps. Dans les années 1960, il fut le seul laïc au sein de la commission de traduction pour le renouveau liturgique induit par Vatican II. À cette période, il collabore avec les P. Joseph Gelineau et Didier Rimaud, contribue à la transcription française des psaumes de l’Ancien Testament… Certains de ses textes furent intégrés à la liturgie des heures. C’est dire la qualité d’âme d’un auteur qui ne cessa de sonder le mystère de l’homme, porté par un sens inné de l’évocation : « Un homme était penché sur sa genèse./La vie roulait partout vers son estuaire triste,/Les abîmes du ciel paraissaient bien taris,/Ceux des fonds de la chair ne rendaient que le vide/à qui cherchaient en eux un signe de l’Esprit :/L’homme restait crispé sur le bord de lui-même. »

Souvent brève, son écriture ne craint pas de s’épancher sur plusieurs pages. Il faut prendre le temps d’apprivoiser, sur la pointe des pieds, ce « pays des eaux bordées d’herbe haute », d’y cueillir les « trouvailles secrètes », « la brisure en plein vol d’un ramier » ou « la croule sourde des fins d’hivers ». Un pays de mystères et de signes – qui n’est pas sans évoquer les brumes adolescentes d’Alain-Fournier – où les mots sont donnés au creux du silence : « Quand l’air libre manque et qu’il faut quand même/Pouvoir respirer avant le déclin,/Quand tout est suintant d’impuissance humaine,/ Mais qu’on peut choisir entre rire et rien,/C’est un petit refuge que j’aime/Il s’est amoindri, mais je le tiens bien. »

« Blancheforêt », « La Grande Ourse », « L’Allée de paradis »… Le poète égraine des lieux qui lui sont chers, volontiers fantaisistes, comme pour mieux marquer la géographie d’une écriture où l’émerveillement, la foi de l’enfance ne sont jamais très loin. Si l’usage quasi systématique des rimes en fin de vers peut sembler daté, l’optimisme affiché par Patrice de La Tour du Pin, sa force de conviction jamais intrusive et la générosité de sa plume méritent en soi une lecture attentive. Et on ne peut que souscrire aux éloges de Jules Supervielle, qui, dans une correspondance à l’auteur, saluait « cette poésie toute neuve et déjà si merveilleusement sûre ».

François-Xavier Maigre

mercredi 23 mars 2011

Parution dans la revue Esprits poétiques

Un des textes de ce blog ("Incognito") a été choisi pour figurer dans la dernière livraison de la revue Esprits poétiques, sur le thème "Sortilèges", qui vient de paraître aux éditions Hélices. Concocté par Dana Sishmanian, ce volume fait la part belle aux poètes contemporains : JYB, Emmanuel Berland, Guénane Cade, Marie-Lise Corneille, Geneviève Deplatière, Pierre Desbruères, Anderson Dovilas, Eric Dubois, Denis Emorine, Jean Gédéon, Adrien Grandamy, Patricia Laranco, Ghyslaine Leloup, Isabelle Lévesque, François-Xavier Maigre, Régis Moulu, Thomas Morisset, Sabine Péglion, Luc-André Rey, Ara Shishmanian.
Merci à leur comité de lecture de s'être attardé sur ce blog !

mercredi 9 mars 2011

Christopher William Stoneking, une voix surgie du fond des âges

Ce soir-là, je roule machinalement en direction de la maison. Une longue semaine. Banlieue grise. Fatigue. La radio crépite de platitudes et de bluettes insipides. Le moteur ronronne, et moi avec. Soudain, une voix sortie de nulle part crève l'antenne, et me réveille du même coup. Mais alors, quelle voix ! Comme surgie du fond des âges, éraillée, caverneuse à souhait, empreinte d'une beauté triste, quelque part entre Tom Waits et Louis Amstrong, pour vous situer. Accompagné de cuivres grinçants, façon New Orleans, Christopher William Stoneking - c'est son nom - déboule avec un blues poisseux, crépusculaire, tout droit sorti d'un film des frères Cohen.

Qui se cache donc derrière cette voix ? Dans une interview récente au « Live de la semaine » (Canal +), l'homme au dobro, qui cultive un certain mystère, affirme que « Le passé n'existe pas dans la musique ». « C'est un concept artificiel, dit-il. Mon ambition est de faire des chansons qui laissent croire qu'un gamin de 5 ans, bien malin, les a composées ». Pas bête. On songe, en l'écoutant, aux vieux enregistrements de Robert Johnson. On voyage. A 37 ans, avec son physique maigre et pâlichon d'employé de bureau, CW Stoneking, Australien pétri de références américaines d'avant guerre, semble en effet avoir grandi dans un autre siècle.

Anachronique et pourtant bien de son temps. Car lorsqu'il se produit, ici et maintenant, on réalise qu'on tient là un authentique bluesman contemporain, ni poseur ni opportuniste. Un vrai de vrai, avec l'âme à fleur de gorge, des doigts magiques et des tas d'histoires dans les bottes. De toute évidence, l'apparition de ce fantôme du Mississipi est en soi un événement dans le ronron parfois anesthésiant de la scène musicale internationale.

Dernier disque : Jungle Blues - King Hokum Records (2008)
Myspace de l'artiste


mardi 8 mars 2011

Gilles Baudry et Jean-Pierre Boulic à l'honneur

On vient de m'informer d'une soirée hautement recommandable autour de deux poètes de Bretagne (décidément!), souvent cités sur ce blog. Les deux sont à lire d'urgence. Deux voix humbles et habitées, tendues vers l'intériorité, la contemplation, à mille lieux des poses convenues et des modes littéraires.

Le premier, Gilles Baudry, né en 1948 , est moine bénédictin à l'Abbaye de Landévennec (lire son interview sur ce blog). Après une enfance rurale, un premier cycle d’études au Grand Séminaire, il travaille en usine et fréquente la communauté de Taizé. Il rejoint ensuite le Togo pour y enseigner, avant d'entrer à l’Abbaye de Landévennec (Finistère) où il prononce ses vœux définitifs en 1991. C'est en lisant Cadou, Supervielle, Milosz, Schehadé, Rilke et Jaccottet qu'il est venu à la poésie. Ses écrits ont été traduits à maintes reprises.



Le second, Jean-Pierre Boulic, est né en 1944 dans le Loir et Cher. Il vit aujourd'hui dans le Finistère . Depuis 1976, il a publié seize recueils de poèmes. Le prix de poésie de "l'Association des Écrivains Bretons" lui a été décerné en 1996 pour La lumière du temps. Il figure dans plusieurs anthologies : Les années poétiques 2005 et 2008 (Seghers), Poètes de Bretagne sous la direction de Charles Le Quintrec (Ed. La Table Ronde 2008), et bien d'autres encore... Le Grand Prix de poésie Louis Montalte 2010 de la Société des Gens de lettres lui a été attribué pour l'ensemble de son oeuvre à l'occasion de la parution de Patiente variation (La Part commune), chroniquée sur ce blog il y a quelques mois.



Plus d'informations sur le site de l'association Le Théâtre du Regard.

Vendredi 25 et samedi 26 mars 2011 à 20h30
Dimanche 27 mars 2011 à 16h30

Crypte du martyrium Saint-Denis
11, rue Yvonne Le Tac
75018 Paris - M° Abbesses
Réservations : 01 42 23 48 94 ou 07 86 00 46 43

Rendez-vous printaniers autour de la poésie

Alors que le Printemps des poètes 2011 vient de s'ouvrir, voici quelques rendez-vous auxquels j'ai le plaisir de m'associer dans les prochaines semaines :

- Le samedi 12 mars, dans le cadre de la Biennale de la Poésie-Poètes du Monde, une soirée est organisée avec Jehan Despert, Francis Chenot, Michel Héroult et François-Xavier Maigre, poètes ; et Isabelle Olivier, harpiste. Je suis vraiment très heureux de participer à cette soirée autour du poète Roland Nadaus, à qui je dois beaucoup. A 20h, à la Maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines (entrée libre, dans la limite des places disponibles) Renseignements sur cette page.

- Le mardi 15 mars de 20 h à 21 h 30 au Carré des Coignard (Nogent-sur-Marne), rencontre poétique à l’occasion de la sortie du numéro 4 de la revue "Esprits poétiques" : Sortilèges. Volume concocté par Dana Sishmanian, couverture de Jean Gédéon et texte liminaire de Gaëlle Josse. Avec JYB, Emmanuel Berland, Guénane Cade, Marie-Lise, Corneille, Geneviève Deplatière, Pierre Desbruères, Anderson Dovilas, Eric Dubois, Denis Emorine, Jean Gédéon, Adrien Grandamy, Patricia Laranco, Ghyslaine Leloup, Isabelle Lévesque, François-Xavier Maigre, Régis Moulu, Thomas Morisset, Sabine Péglion, Luc-André Rey, Ara Shishmanian. Renseignement ici.
Je ne pourrai hélas être présent, mais grand merci à toute l'équipe d'Hélices !

- Il y aura enfin, courant avril, une autre soirée importante. Je vous en dirai plus dès j'aurai toutes les précisions. D'ici là, portez-vous bien. F-X.M.

samedi 5 mars 2011

Triptyque


I


Voici l’immense nuit

sous nos pas silencieux


L’hommage des veilleuses

au carreau des demeures


Et nos yeux qui palpitent

à l’ombre de sa main.


II


Dans la faille

un courant se lève

qui monte

et monte encore


Le voici qui nous taraude

abyssal

les soirs sont des marées

chargées d’or et de cendre.


III


Alors on s’agrippe

phalanges fiévreuses

tendues à pleins muscles


Sous les rouleaux d’étoiles

et les steppes du ciel


On se cramponne

à tout ce qui scintille

à cette part d’enfance

gravée au revers des ombres


Et à tout ce que la nuit

porte de nous-mêmes.




(photo : F-X.M.)

vendredi 4 mars 2011

Pierre Tanguy, un sentiment plus vital de l'existence

A lire, cette excellente interview du poète breton Pierre Tanguy parue sur le site web de l'établissement Livre et lecture en Bretagne. L'auteur, dont il fut souvent question sur ce blog (ici ou ), y expose avec simplicité et justesse son rapport à l'écriture poétique : "Tout à coup, la poésie m'est apparue comme quelque chose de terriblement concret et d'ancré dans une réalité vivante et non pas évanescente. Je parlerais volontiers de poésie « incarnée »", confie-t-il avec cette modestie qui semble caractériser son oeuvre, précisant à ce sujet que de très nombreux recueils de poésie lui "tombent des mains trop abstraits, trop hermétiques".

Pierre Tanguy admet toutefois que "la poésie puisse être un travail sur le langage". Mais il doute qu'on "puisse faire de la poésie avec des mots, s'il n'y a pas d'abord une émotion". "C'est pour cela, dit-il, que je suis très sensible à la poésie chinoise et japonaise, très concrète, très proche de la nature, comme l'est d'ailleurs la poésie des pays celtes. À la question « faut-il une méthode particulière pour écrire en poésie ? » je réponds donc que cela dépend de chacun, mais qu'en ce qui me concerne je ne peux partir que d'une émotion et d'une attention soutenue à ce qui m'entoure. Pour, au bout du compte, capter l'éphémère, lutter contre le dépérissement et la mort, et se donner (ainsi qu'aux lecteurs) un sentiment plus vital de l'existence."
Les poèmes de Pierre Tanguy sont publiés aux éditions La Part Commune.


(Photo © Pierre Tanguy )

mercredi 16 février 2011

"La poésie, tout sauf un dérivatif"

La phrase est de Jean-Pierre Siméon. Interrogé par François Aubel, de la rédaction d'even.fr, le directeur artistique du Printemps des poètes analyse ainsi le rôle de la poésie en ces temps de crise : " Oui sans doute, nous avons un besoin plus urgent que jamais de poésie, mais sûrement pas en effet comme une consolation, une fuite du réel ou l’enjolivement d’une réalité pénible", estime-t-il.

"Si nous avons besoin de poésie, c’est qu’elle est « un extraordinaire accélérateur de la conscience » (Roberto Juarroz), qu’elle est une objection à l’affadissement de la langue, au conformisme des représentations, à l’omniprésence du divertissement, ajoute Jean-Pierre Siméon. La poésie, de ce point de vue, est le gage d’une lucidité et d’une compréhension dynamique de la complexité ; c’est de cela dont nous avons besoin en temps de crise, et non de dérivatifs confortables."


(photo : Printemps des poètes)

dimanche 13 février 2011

Les raisons d'un silence passager

Vous l'aurez noté, ce blog traverse un léger creux. Plusieurs raisons à cela.
La première se trouve sur cet autre blog ! N'hésitez pas à le visiter, à le faire connaître autour de vous ; il sera mis à jour le plus souvent possible. Vous l'imaginez, ce nouveau projet est dévoreur de temps ! Mais passionnant, plein de promesses. A suivre, donc.
Seconde raison : je viens de boucler mon tout premier recueil, après une longue phase de réécriture, d'assemblage, de mise en forme... D'où un besoin de recul, ces jours-ci, avant de me lancer dans d'autres projets, dans l'écriture de nouveaux textes. Cela explique aussi que les recensions et petites notes de lecture se fassent plus rares.
Bon, j'essaierai tout de même d'être plus assidu dans les jours à venir. Promis.
Enfin, il y aura dans les prochaines semaines quelques rendez-vous poétiques - notamment la soirée du 12 mars autour de Roland Nadaus - auxquels j'aurai plaisir à vous retrouver.
D'ici là, portez-vous bien,
F-X.M.

lundi 7 février 2011

Andrée Chedid, départ d'un grande dame

La nouvelle vient de tomber. La romancière et poète Andrée Chedid, mère et grand-mère des chanteurs Louis Chedid et Matthieu Chedid, est décédée dimanche soir à Paris à l'âge de 90 ans, a-t-on appris lundi auprès de son éditeur Flammarion (source AFP).

jeudi 3 février 2011

Décès du poète martiniquais Edouard Glissant

L'écrivain martiniquais Edouard Glissant, grande figure de la créolité, est décédé jeudi matin à Paris à l'âge de 82 ans. Auteur d'une œuvre complexe dans laquelle se mêlent souvenirs, légendes, images poétiques, propos polémiques et réflexions théoriques, Édouard Glissant a ouvert la voie aux écrivains de la créolité.

Né le 21 septembre en 1928 à Sainte-Marie, dans le nord de la Martinique, enfant d'une famille modeste et élève brillant, il a fait des études de philosophie à la Sorbonne en 1946. Docteur ès lettres, il a obtenu le prix Renaudot en 1958 pour "La Lézarde". Militant activement contre le système colonial, opposé à la guerre d'Algérie, il fut expulsé des Antilles et assigné à résidence en métropole au début des années 60 par le pouvoir gaulliste.

Il a en particulier enseigné en LouisianeBâton-Rouge) et à la City University de New York, où ses leçons sur William Faulkner ont fait autorité. Ses poèmes sont publiés notamment aux éditions Gallimard.

source : AFP

© Galaade Editions

dimanche 30 janvier 2011

Quand le Web tente de sonder la poésie

Un très bon billet de l'ami Stéphane Bataillon sur l'état de santé du marché poétique, et sur ce qu'internet nous apprend du rapport des internautes avec cette galaxie de revues et de petits éditeurs. Il indique entre autres que ce secteur ne représente plus que 0,6% du marché littéraire global, "théâtre compris"... Nous en avions d'ailleurs déjà parlé récemment sur ce blog. Pas très optimiste, donc, mais plutôt instructif. Comme le suggère l'auteur du billet, la poésie est un mystère que les chiffres, si précis fussent-ils, ne parviendront jamais à sonder véritablement : "L’analyse s’arrêta là. La poésie reprend ses droits", conclut Stéphane, lucide.


(Montage de Paul Martin – Friedrich+Google Mix)

mardi 25 janvier 2011

Soirée poétique autour de Roland Nadaus

Dans le cadre de la Biennale de la Poésie-Poètes du Monde, une soirée est organisée avec Jehan Despert, Francis Chenot, Michel Héroult et François-Xavier Maigre, poètes ; et Isabelle Olivier, harpiste. Je suis vraiment très heureux de participer à cette soirée autour du poète Roland Nadaus, à qui je dois beaucoup. Le samedi 12 mars, à 20h, à la Maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines (entrée libre, dans la limite des places disponibles)



Adresse :
10 place Pierre Bérégovoy
F.-78280 Guyancourt
00 33 (0)1 39 30 08 90
maison.poesie@agglo-sqy.fr



Accès en transports :
* RER C direction et terminus Saint-Quentin-en-Yvelines
* Train au départ de Paris-Montparnasse ou la Défense, arrêt Saint-Quentin-en-Yvelines / Montigny-le-Bretonneux
* puis bus 465 (arrêt Haussmann) ou 467 (arrêt Gaudi) horaires bus

Accès en voiture :
* A86, sortir à Versailles-Satory - Guyancourt. Suivre Guyancourt. En face du technocentre Renault, suivre médiathèque Jean Rousselot.
* A12, sortir à Guya
ncourt - Voisins le Bretonneux, suivre Guyancourt centre puis médiathèque Jean Rousselot.