jeudi 20 janvier 2011

Gérard Bocholier, poète au plus près du mystère

Article paru dans le cahier Livres & idées de La Croix du 20 janvier 2011

L’auteur publie deux superbes recueils dessinant une œuvre poétique et spirituelle de haute tenue

Abîmes cachés de Gérard Bocholier, Éd. L’arrière-Pays, 52 p., 11 €

Psaumes du bel amour Éd. Ad Solem, 94 p., 21 €

Ces deux ouvrages sont de ceux que l’on aimerait ne jamais finir, dont on ralentit la lecture quand se profilent les dernières pages, comme pour prolonger l’émerveillement… Personnalité discrète dans le petit monde de la poésie, Gérard Bocholier, 64 ans, est un auteur qui gagne à être connu. Ancien professeur de lettres, celui qui anime avec ferveur la revue Arpa – une référence dans l’univers poétique contemporain – a su forger au fil des années une œuvre solide et habitée, où la grâce s’insinue dans une sobriété formelle dépourvue d’artifices.

C’est particulièrement sensible dans le très beau Abîmes cachés, où le poète explore les tréfonds de son jeune âge, non sans nostalgie. « On est de son enfance comme d’une prison, prévient d’emblée Gérard Bocholier. Ma prison fut acceptée, épousée, volontaire. Elle avait des coteaux pour murailles, des vignes, des jardins pour couloirs et pour cellules. Peu m’importaient ses petites dimensions. Pour moi elles étaient immenses et ce qui se passait au soleil du printemps et sous les ors de l’automne, dans un coin du jardin, remplissait mes sens, tout mon espace intérieur. » Épurée, recueillie, son écriture s’attache à renouer les fils d’une mémoire lointaine : « Voici un jour d’école/Mes pleurs sur le chemin/Ma mère qui m’emporte/Ses bras semés d’arômes/Et sa joue que je griffe/En désespoir d’amour. »

Mais ce qui frappe le plus, dans la voix de Gérard Bocholier, est sa tension constante vers un mystère qui la dépasse. Chez lui, le moindre paysage est sujet à méditation. Le passage des saisons, le mouvement des oiseaux sauvages sont autant de signes d’une présence qui ne demande qu’à être approchée : « L’âme plongeait par les terrasses/Les pentes saisies par la fièvre/Jusqu’à la mort et au-delà/Dans un élan fou de lumière. » Cette acuité spirituelle vaut même au poète de Clermont-Ferrand un élogieux rapprochement de la part de son confrère Jean-Pierre Lemaire, qui signe la préface du second ouvrage. « Le courant secret qui irrigue ces vers, écrit ce dernier, nous porte plus loin que les mots. » « On n’avait pas entendu d’accents aussi intimes dans le dialogue du poète avec son Dieu depuis les derniers recueils de Jean Grosjean », va même jusqu’à affirmer Lemaire.

À l’évidence, il y a dans ces Psaumes du bel amour – en fait, de petits poèmes constitués de deux quatrains – une intensité rare, quintessence d’une voix humble et confiante, qui n’est pas sans évoquer la pauvreté contemplative d’un saint François d’Assise : « Réunis par tant de souffles/Nous ne pouvons pas mourir/Un fil se tend sous les sources/Unit la vie à la vie/L’amandier qu’on croyait mort/Au matin a refleuri/L’oiseau blotti dans la haie/Exulte vers la lumière. »

Chant d’amour tourné vers le Créateur, ce psautier poétique recèle son lot de trouvailles et d’images saisissantes : « Ta solitude m’étreint/Quand je fixe au loin cet arbre/Où grandit un corps cloué/À la rencontre des astres. » Jamais sibylline, quoique parfois austère, la poésie de Gérard Bocholier a cette capacité de changer les petits riens en lueurs de foi : « Le peu que je tiens soulève/Des montagnes dans la nuit. »

François-Xavier Maigre

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