mercredi 9 mars 2011

Christopher William Stoneking, une voix surgie du fond des âges

Ce soir-là, je roule machinalement en direction de la maison. Une longue semaine. Banlieue grise. Fatigue. La radio crépite de platitudes et de bluettes insipides. Le moteur ronronne, et moi avec. Soudain, une voix sortie de nulle part crève l'antenne, et me réveille du même coup. Mais alors, quelle voix ! Comme surgie du fond des âges, éraillée, caverneuse à souhait, empreinte d'une beauté triste, quelque part entre Tom Waits et Louis Amstrong, pour vous situer. Accompagné de cuivres grinçants, façon New Orleans, Christopher William Stoneking - c'est son nom - déboule avec un blues poisseux, crépusculaire, tout droit sorti d'un film des frères Cohen.

Qui se cache donc derrière cette voix ? Dans une interview récente au « Live de la semaine » (Canal +), l'homme au dobro, qui cultive un certain mystère, affirme que « Le passé n'existe pas dans la musique ». « C'est un concept artificiel, dit-il. Mon ambition est de faire des chansons qui laissent croire qu'un gamin de 5 ans, bien malin, les a composées ». Pas bête. On songe, en l'écoutant, aux vieux enregistrements de Robert Johnson. On voyage. A 37 ans, avec son physique maigre et pâlichon d'employé de bureau, CW Stoneking, Australien pétri de références américaines d'avant guerre, semble en effet avoir grandi dans un autre siècle.

Anachronique et pourtant bien de son temps. Car lorsqu'il se produit, ici et maintenant, on réalise qu'on tient là un authentique bluesman contemporain, ni poseur ni opportuniste. Un vrai de vrai, avec l'âme à fleur de gorge, des doigts magiques et des tas d'histoires dans les bottes. De toute évidence, l'apparition de ce fantôme du Mississipi est en soi un événement dans le ronron parfois anesthésiant de la scène musicale internationale.

Dernier disque : Jungle Blues - King Hokum Records (2008)
Myspace de l'artiste


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