jeudi 31 mars 2011

Patrice de La Tour du Pin, un souffle poétique et spirituel intact

Article paru dans le cahier Livres & idées de La Croix du jeudi 31 mars 2011

Poèmes choisis, de Patrice de La Tour du Pin
Edition présentée par Claude Arnaud, Emmanuel de Calan et Jean-Matthieu de l’Epinois, Gallimard, 246 p., 22,50 €

Cette anthologie publiée à l’occasion du centenaire de la naissance du poète donne à relire une œuvre à la finesse recueillie, où la foi se dessine comme une évidence



(photo : Société des amis de Patrice de La Tour du Pin )


Cette parution est remarquable à plus d’un titre. Déjà, parce qu’elle marque le centenaire de la naissance d’un grand poète du XX siècle, qui gagne à être relu, tant sa voix demeure étonnamment actuelle et proche. Surtout, c’est à un cercle de fidèles que l’on doit cette copieuse anthologie de Patrice de La Tour du Pin (1911-1975). Des passionnés qui, depuis trente ans, ont pris l’habitude de se rassembler chaque mois autour de son œuvre, comme auprès d’une source. Industriel, prêtre, mère de famille ou universitaire, ces lecteurs anonymes ont tout bonnement convaincu Gallimard d’éditer le présent ouvrage… Preuve, s’il en était besoin, de la pertinence d’une parole qui impose d’elle-même sa nécessité.

De fait, trente-cinq ans après sa mort, la poésie de Patrice de La Tour du Pin saisit d’emblée par son souffle intact, sa fraîcheur dépourvue de mièvrerie : « Je suis le versant de la vie secrète/ Qui en vieillissant sait s’en rapprocher,/Mais qui dès l’enfance en disait la fête », écrit-il avec une humilité non feinte, dans une langue simple où chaque image se dessine comme une évidence. L’esprit d’enfance : voilà sans doute la clé pour pénétrer l’œuvre de cet orphelin de guerre, repéré très tôt par Jules Supervielle, qui le recommanda à La Nouvelle Revue française. Marquée par la rêverie, son écriture se rapproche parfois de la prière, empreinte qu’elle est d’une foi profonde, voire d’un certain mysticisme – mais contenu –, comme dans cette superbe pièce en forme de litanie : « Dieu du souffle,/Vous de la source et de l’estuaire de l’esprit,/Vous du vif du bonheur et de l’angoisse humaine,/Vous du germe à la mort et jusqu’au paradis »…

Car Patrice de La Tour du Pin ne fut pas seulement un poète reconnu. Ce catholique fervent a également été très engagé dans la réflexion spirituelle de son temps. Dans les années 1960, il fut le seul laïc au sein de la commission de traduction pour le renouveau liturgique induit par Vatican II. À cette période, il collabore avec les P. Joseph Gelineau et Didier Rimaud, contribue à la transcription française des psaumes de l’Ancien Testament… Certains de ses textes furent intégrés à la liturgie des heures. C’est dire la qualité d’âme d’un auteur qui ne cessa de sonder le mystère de l’homme, porté par un sens inné de l’évocation : « Un homme était penché sur sa genèse./La vie roulait partout vers son estuaire triste,/Les abîmes du ciel paraissaient bien taris,/Ceux des fonds de la chair ne rendaient que le vide/à qui cherchaient en eux un signe de l’Esprit :/L’homme restait crispé sur le bord de lui-même. »

Souvent brève, son écriture ne craint pas de s’épancher sur plusieurs pages. Il faut prendre le temps d’apprivoiser, sur la pointe des pieds, ce « pays des eaux bordées d’herbe haute », d’y cueillir les « trouvailles secrètes », « la brisure en plein vol d’un ramier » ou « la croule sourde des fins d’hivers ». Un pays de mystères et de signes – qui n’est pas sans évoquer les brumes adolescentes d’Alain-Fournier – où les mots sont donnés au creux du silence : « Quand l’air libre manque et qu’il faut quand même/Pouvoir respirer avant le déclin,/Quand tout est suintant d’impuissance humaine,/ Mais qu’on peut choisir entre rire et rien,/C’est un petit refuge que j’aime/Il s’est amoindri, mais je le tiens bien. »

« Blancheforêt », « La Grande Ourse », « L’Allée de paradis »… Le poète égraine des lieux qui lui sont chers, volontiers fantaisistes, comme pour mieux marquer la géographie d’une écriture où l’émerveillement, la foi de l’enfance ne sont jamais très loin. Si l’usage quasi systématique des rimes en fin de vers peut sembler daté, l’optimisme affiché par Patrice de La Tour du Pin, sa force de conviction jamais intrusive et la générosité de sa plume méritent en soi une lecture attentive. Et on ne peut que souscrire aux éloges de Jules Supervielle, qui, dans une correspondance à l’auteur, saluait « cette poésie toute neuve et déjà si merveilleusement sûre ».

François-Xavier Maigre

1 commentaire:

  1. je vous pique vos citations... Si justes en bord de vie, sans espérance mal calibrée.

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