lundi 4 avril 2011

Mille ans de poésie française à la portée de tous

Article paru dans le cahier Livres & idées de La Croix du jeudi 31 mars 2011

La poésie française pour les nuls, de Jean-Joseph Juland, First Éditions 584 p., 22,90 €

Sans prétention aucune, cette énième chronologie poétique surprend par la qualité des pages consacrées à l’écriture contemporaine



Cet épais volume devrait rapidement trouver son public : enfin une encyclopédie qui restitue, sans maniérisme, les riches heures de la poésie française, et qui donne envie d’en lire ! Déclinant le concept bien rodé de la collection « pour les nuls », Jean-Joseph Julaud embrasse un millénaire d’écriture poétique, des chansons de geste médiévales aux évolutions les plus récentes.

Et il faut reconnaître que ce vulgarisateur à succès – L’Histoire de France pour les nuls, c’est lui – se révèle un pédagogue hors pair, visiblement plus enclin à faire goûter la saveur des mots qu’à séduire une cour de spécialistes : « Le poème, les mots, écrit-il, sont des cadeaux du ciel. » D’où une approche sensible et ludique qui a le mérite de dérider le genre. Ce qui n’empêche pas les notes techniques qui émaillent l’ouvrage d’être de bonne tenue. Le novice sera très vite à même de distinguer lyrisme et épique, ballade et sonnet, décasyllabe et alexandrin…

Mais la grande force de cette fresque tient sans doute à la place généreuse accordée aux poètes des XXe et XXIe siècles, qui demeurent souvent mal connus du grand public. De très belles figures du début du siècle dernier sont ainsi mises en valeur : Henri de Régnier, Francis Jammes ou encore Saint-Pol-Roux, génie hélas presque oublié. Preuve que, derrière une apparente légèreté, Jean-Joseph Julaud a creusé son sujet. Péguy et Claudel, évidemment, sont aussi de la partie.

Plus près de nous, l’auteur se penche sur les voix apparues sur les cendres du surréalisme, « dans le temps retrouvé d’une écriture où, dit-il, les acquis de la modernité s’intègrent de façon naturelle aux écritures neuves » : Yves Bonnefoy, Philippe Jaccottet, Jacques Réda, Andrée Chedid… Peut-être moins médiatiques, ces innombrables plumes singulières, inclassables, qui contribuent à la profusion poétique du XXe siècle, ne sont pas oubliées : « Cadou l’infiniment doux, Guillevic et ses petits objets taillés en mots »…

Certes, concède-t-il, on peut se demander si les poètes ne sont pas en voie de disparition, tant ils semblent aujourd’hui marginalisés, peu lus… Loin d’accréditer cette hypothèse, l’ouvrage témoigne de l’extrême fécondité d’une génération d’écrivains, bien dans leur époque, qui « exercent un vrai métier » et fréquentent le « béton ordinaire » en guise de tour d’ivoire (Marie-Claire Bancquart, Jean-Claude Pirotte, Patrice Delbourg, Ariane Dreyfus…)

Certains s’agaceront peut-être de voir un chapitre entier consacré au slam, sans doute plus proche de la chanson que de la poésie. Reste que ce voyage à travers les âges de l’écriture réserve bien des surprises. En accordant une place de choix à la francophonie, l’auteur fait le pari d’un art vivant et ouvert au grand large, de la Tunisie au Québec, en passant par le Cameroun et Haïti. Plus que tout, il ne se contente pas d’honorer les grands noms d’hier et d’aujourd’hui, et s’attache à valoriser les voix de demain – le benjamin, Matthias Vincenot, n’a que 30 ans ! Le tout en proposant un large choix d’extraits, de références… Au final, cet ouvrage sans prétention offre une excellente approche d’une poésie qui ne cesse de se réinventer.

François-Xavier Maigre

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