mercredi 21 décembre 2011

De la poésie dans les grandes enseignes culturelles

Le rituel des cadeaux de Noël m'a conduit, contre mon gré, dans les travées de plusieurs grandes enseignes culturelles. Vous les connaissez sans doute. On y trouve des milliers de DVD, de disques, mais aussi des tablettes tactiles, des téléviseurs, et, bien sûr, des livres. Oui, en 2011, on continue de lire, aussi étrange que cela puisse paraître. S'il est vrai que le papier résiste étonnamment bien à l'assaut des technologies numériques, il faudrait s'y pencher d'un peu plus près. De quels livres parle-t-on ? Je ne suis pas de ceux qui ostracisent un certain registre de littérature, loin de là. Mais la place attribuée au théâtre et à la poésie, en comparaison à celle dévolue aux romans et autres best-sellers, laisse pantois.

C'est un fait : le rayon poésie - quand il ne se réduit pas à une étagère - est souvent coincé au fond d'une allée, loin des regards. Il faut, pour en explorer le contenu, se courber, ou s'étirer sur la pointe des pieds. La poésie, cela se mérite. Et là, immanquablement, l'amateur finit toujours déçu ; hormis les indétrônables classiques - Baudelaire, Rimbaud, Verlaine - vous ne trouverez guère d'ouvrage récent. Inutile de rêver. A croire que l'histoire de la poésie s'arrête à Yves Bonnefoy et Philippe Jaccottet, et encore. Il existe pourtant bien d'honorables maisons, à côté de la marque au liseré rouge ; on ne compte plus les voix qui se lèvent pour réhabiliter une parole généreuse et ouverte au sens, comme pour conjurer l'impasse dans laquelle la poésie semblait s'être empêtrée ces dernières années.

Mais comment découvrir ces auteurs si les principaux pourvoyeurs en culture ne relayent pas leurs publications ? Certes, par économie, certains éditeurs font le choix de s'affranchir du circuit de distribution. Ne pas s'étonner, donc, que leurs ouvrages soient introuvables. D'autres, en revanche, font le pari de s'inscrire dans la chaîne du livre, malgré les sacrifices que cela implique. Et on ne peut que regretter que ceux-ci ne soient pas mieux promus dans les grandes librairies, peu nombreuses à jouer le jeu de la pluralité et de l'audace. Si elle était plus accessible, la poésie serait sans doute lue bien davantage. Il est permis de le croire.

F.-X.M. 

5 commentaires:

  1. Ô que je te rejoins dans ce fâcheux constat...
    En moi résonne une pensée transmise il y a peu par un ami : "Il y a plus de personnes qui écrivent de la poésie que de personnes qui en lisent".
    Peut-être vrai... Mais ce que tu constates, qui m'horripile aussi, entretient cette méconnaissance...
    Conclusion : écrivons et luttons !

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  2. Place Place à la Sainte Toile !!!
    Certes c'est bien regrettable pour les Poètes contemporains (de talent) qui ne seront (peut être) jamais 'publiés à l'ancienne' C'est le temps qui les consacrera
    D'ailleurs, ne vaut il pas mieux s'offrir aux lecteurs sur le net et être lus relus ou même commentés critiqués(hahaha) plutôt que de pleurer sur ce qui ne sera jamais ???
    Ceux qui aiment partagent volontiers La Poésie de tout temps n'a concerné qu'un cercle restreint d'initiés Je suis pour la Poésie Libre et libérée, accessible à tous ... sur le web

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  3. Merci pour vos commentaires et la justesse de vos remarques. Et surtout : bonne année ! fxavier

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  4. Je rejoins ces réflexions. A chaque fois que je vais traîner dans les enseignes de "culture de masse", je me rends compte que la poésie est réduite à peau de chagrin...et surtout presque rien sur les auteur(e)s actuels.
    Si on en reste à cette image là, on a l'impression que la poésie n'a plus de voix. Pourtant il suffit de naviguer sur internet pour s'apercevoir qu'elle palpite vigoureusement.
    Je ne sais pas si je dois me désoler de ce constat ou m'en réjouir, car internet permet d'accéder librement à ce bel espace d'expression unique.
    Pourtant rien ne remplace le plaisir du papier, du livre, de cette jouissance de tenir entre ses mains une pépite, un trésor.

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  5. Bonjour ! Merci pour votre commentaire ; je partage vos observations, évidemment ! Merci pour l'intérêt porté à ce blog, amicalement, fxavier

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