jeudi 12 janvier 2012

"René Guy Cadou, encore et toujours", par Pierre Tanguy

Le poète breton Pierre Tanguy me fait parvenir cette excellente note de lecture sur une anthologie de René Guy Cadou parue au mois de septembre chez Points. Je n'ai pas encore eu l'occasion de la lire, mais je vous livre cette recension sans hésiter une seconde : le poète de Louisfert occupe en effet une place privilégiée au panthéon de mes auteurs de chevet. Est-ce pour l'empreinte de l'enfance qui marque toute sa poésie ? Pour l'évidence de sa parole ? Ou pour la fraîcheur de l'amour qu'il porte à sa femme Hélène ? Je ne le saurais le dire, mais ses textes m'habitent au quotidien. 
Merci à Pierre Tanguy pour la justesse de sa critique.

 

Il nous a quittés il y a maintenant plus de soixante ans (le 20 mars 1951) mais son chant garde toute sa force et toute sa saveur. René Guy Cadou, dont la vibration secrète ne cesse de nous émerveiller (et de nous réveiller), voit aujourd’hui une anthologie de ses principaux ouvrages publiée dans la collection de poche Points. L’éditeur remercie l’écrivain malouin Olivier Adam pour « avoir eu le premier l’idée et l’envie de ce livre », mais c’est le normand Philippe Delerm qui introduit avec bonheur cette anthologie. Avec bonheur, mais aussi avec modestie car l’auteur à succès de La première gorgée de bière sait tout ce qu’il doit au poète secret de Louisfert. « Enfant d’école moi-même, enfant de ces lieux traversés d’enfance, enfant de la mélancolie des classes de campagne (…), je mêle toujours à mon école intérieure celle de René Guy Cadou », écrivait déjà, en 1990, l’enseignant Philippe Delerm dans un numéro de la revue nantaise Signes consacré aux Cadou (René Guy et Hélène). « La poésie de Cadou est mémorable, ajoutait-il, non parce qu’elle obéit à des cadences, à des folklores, non pas parce qu’elle est simple, mais parce que sous la musique, sous le chant, le bonheur et la douleur s’y répondent dans le même absolu ».

Tout est dit, dans ces mots, sur ce qui fonde la postérité de Cadou. Et Philippe Delerm le réaffirme aujourd’hui. « Jamais sans doute, écrit-il dans la préface à cette anthologie, poésie d’exigence intérieure n’a été si chantante, jamais poésie chantante aussi exigeante ». Il insiste donc sur cette poésie « intimiste parfois, intériorisée toujours » qui part du plus profond de soi et d’abord de l’enfance. Et de citer les vers fameux de Cadou : « Odeur des pluies de mon enfance/Dernier soleil de la saison ». Pour autant l’enfance n’est pas là pour réveiller les souvenirs. Il s’agit bien plus, comme l’a dit le poète lui-même (et le rappelle Delerm) de « la retrouver dans chaque geste de l’âge mur ».

Bien d’autres thèmes – on le sait – traversent l’œuvre de Cadou et Delerm les pointe avec justesse : l’odeur des saisons, la conscience du monde souffrant, la présence de la mort, l’amour d’Hélène (oh, combien !) et aussi l’appel de Dieu et sa présence. « Mais c’est un Dieu christique, incarné », note Delerm (« Mon Dieu je pense à vous comme à un homme… », écrivait Cadou). Partout, dans chaque poème, c’est « la même exigence de pureté, d’intensité ».

On n’est donc pas surpris que des enfants (surtout des écoliers) aient pu s’approprier cette parole ou que des chanteurs, épris eux aussi d’exigence (Beaucarne, Douai, Lann-Huel, Servat, Bernard, Forcioli…), aient pu capter chez l’instituteur-poète de Louisfert « la singularité d’une voix, l’universalité d’un chant ».

Pierre Tanguy 

Comme un oiseau dans la tête, poèmes choisis de René Guy Cadou, préface inédite de Philippe Delerm, éditions Points, 335 pages, 7,80 euros.

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