mercredi 8 février 2012

Sous le signe de Cadou, critique de Pierre Tanguy

Merci à Pierre Tanguy qui signe la toute première critique de mon recueil, Dans la poigne du vent, qui paraît ces jours-ci aux éditions Bruno Doucey

François-Xavier Maigre sous le signe de Cadou 

Est-ce « l’acte de naissance » d’un vrai poète, comme le dit son éditeur Bruno Doucey ? Il y a tout lieu de le penser, car le premier recueil de François-Xavier Maigre est un véritable enchantement. Jeune journaliste à La Croix (au service religions), cet auteur d’à peine 30 ans, amoureux de la marche à pied (il a récemment fait le trajet Paris-le Mont-Saint-Michel avec sa famille) est un grand dévoreur de poésie. Et voici qu’il nous livre aujourd’hui ses propres textes, placés – il faut le dire – sous les meilleurs auspices : ceux de René Guy Cadou, un auteur qu’il affectionne et dont il cite en exergue ces deux vers : « Au seuil du feuillet blanc/ C’est ta main qui m’accueille ».

François-Xavier Maigre partage avec Cadou cet « instinct de lumière ». Son timbre de voix se rapproche – n’hésitons pas à le dire - de celui de l’Ecole de Rochefort. Des mots surgissent qui le font, en tout cas, étonnamment penser : «immensité de l’enfance », « nostalgie déserte des cours », « rire des enfants de passage », « villages transis au vent », « épaule du chemin », «ode buissonière », « procession des feux »… Autant de mots glanés dans ce recueil où les accointances avec l’univers du poète de Louisfert s’affirment ainsi au fil des pages. Comment ne pas s’en réjouir, à l’heure où tant d’œuvres poétiques restent encore marquées du sceau de l’hermétisme et de l’abstraction. La quête de l’auteur, celle d’un monde plus lumineux, ouvert sur l’amour, passe par l’enfance. Le jeune adulte qu’est aujourd’hui François-Xavier Maigre regarde le gamin qu’il fut. « La pluie tapote à ma capuche », écrit-il, « J’ai six ans à peine ».

Le voici, plus tard, avec « deux mandarines en poche » et « un brin d’écorce sous les ongles ». Et, au passage, cet aveu : « J’ai beau n’être rien/mes yeux sont ouverts ». Le poète s’acharne donc à « fouiller un instant encore/les miettes de l’enfance », car, raconte-t-il, « tout ce qui passait/ était bon à prendre/même/un restant de lune/entre les toits penchés ». Mais le voici, bientôt, loin des senteurs de l’enfance, dans la ville-Capitale. Lui qui cherche « une parole brûlante/comme/battement de calice » se cabre de douleur. Il n’aime pas « l’aube mutilée des métropoles » ni ces lieux où « tout est mort autour/des arbres secs ». Le jeune François-Xavier n’accédera à la vraie lumière et à la paix intérieure que par la rencontre de l’autre. A commencer par celle qui deviendra sa femme. « L’automne déborde des yeux/je déborde de toi ». La naissance d’un premier enfant (« pelote de tiédeur (…) dans la maladresse de mes bras ») avivera cette lumière.

Dans cette « allégeance aux choses simples » qu’il revendique, François-Xavier Maigre rejoint donc une fratrie d’auteurs (ses « frères d’encre ») qui ont choisi de dire le beau et le vrai face à la noirceur du monde et à la « catastrophe tranquille » dont parlait Saint-Pol Roux. Il faut vite découvrir son écriture, fortement marquée par ce qu’on appelle aujourd’hui « la quête de sens ».

Pierre Tanguy  

Dans la poigne du vent, par François-Xavier Maigre, éditions Bruno Doucey, collection « Jeunes plumes ». 110 pages, 12 euros.

1 commentaire:

  1. Il est splendide ce texte ! Je me réjouis de cet accueil, qui ne m'étonne qu'à moitié, cher FX ! J'attends avec impatience d'acheter ton recueil pour le lire et le relire, et t'en dire quelque chose. Puissé-je compter parmi tes frères et sœurs d'encre ! Amitié Marina

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