vendredi 9 mars 2012

Rover, timbre rare et rock hautement romantique

Mais d'où sort-il ? Voilà un jeune chanteur français, 33 ans, timbre à la fois sombre et angélique, qui déroute. Son premier single, Aqualast, dit tout de la dualité qui habite le personnage : aux premières mesures, il vous plonge dans l'angoisse ; l'instant d'après, c'est le ciel qui s'entrouvre. Sa bio officielle nous apprend que le jeune auteur "marche dans les pas de ceux qu’il considère comme ses maîtres", de Bowie aux  Beatles, en passant par ses contemporains d'Interpol et des Black Keys. De New York, où sa famille s’est installée lorsqu'il avait sept ans, Rover semble avoir digéré avec intelligence toute la frénésie créative. Il en opère une synthèse audacieuse, servie dans un disque éponyme truffé d'imparables mélodies.

C'est sur bandes, avec la chaleur de l'analogique, et non dans cette froideur numérique omniprésente, que Rover a choisi d'immortaliser son travail ; une facture peu commune au sein du rock actuel. Rien de passéiste, pour autant, chez ce musicien naguère voué au registre punk ; son disque sonne neuf - mais n'est-ce pas le propre de toutes les grandes œuvres en devenir ? Assurément, ce jeune artiste français est à suivre de près. Il y a du Michael Stipe et du Lou Reed dans cette voix qui rôde avec insistance dans les eaux fangeuses de l'âme, ainsi que le laisse pressentir ce premier clip très réussi, proche de l'univers blafard de Jim Jarmusch.

Mais lorsqu'il se laisse emporter dans les hautes sphères de sa voix de tête, le vagabond (rover, en Anglais) vous hisse avec lui sur ces arêtes vacillantes que seuls les Jeff Buckley et autres Brian Wilson ont su explorer avant lui avec autant de grâce. Si Rover émeut, c'est peut-être pour son sens du contraste : comme la vie elle-même, sa musique épouse les élans contradictoires du cœur et se joue d'une culture radiophonique sans doute trop étroite pour la sensibilité de son auteur. Pour ne rien gâter, au fil de ses premières interviews, l'intéressé révèle une humilité qui confère à sa démarche une noblesse naturelle. Qu'il ne la perde jamais... 

François-Xavier Maigre

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