jeudi 26 avril 2012

Le doux chant des éléments

Article paru dans le cahier Livres & idées de la Croix du 26 avril 2012

Trois superbes recueils explorent les murmures du vent, métaphore de l'écriture tout entière

Par son expression même, la poésie est peut-être le registre littéraire le plus accordé au bruissement de la nature, ce « langage des fleurs et des choses muettes » dont Baudelaire sut restituer la mystérieuse vibration. Trois recueils très réussis, et de styles fort différents, s'attachent à poursuivre l'œuvre de ce glorieux devancier. Voix majeure de la poésie contemporaine, Philippe Delaveau prétend ainsi retranscrire Ce que disent les vents (Gallimard, 130 p., 18 €), dans un voyage aux confins de l'indicible. Avec cette exigence d'orfèvre qui a fait sa renommée, l'éternel mélomane qu'est Delaveau compose une subtile variation sur le thème du souffle, métaphore par excellence de l'écriture.

Cette ode buissonnière séduit par la connivence qu'elle établit avec le lecteur : c'est « notre destin si simple » que le poète se fait fort de porter jusqu'à « la mer immortelle ». Cette mer dont il esquisse, par touches, la secrète harmonie : « Voiles menues, Pentecôte, ailes blanches. Tout ce don pour le chant./Ce don très pur qu'aucune main n'atteint, ne peut atteindre. » Sa force ? Parvenir à traduire en mots le moindre paysage, y compris le plus banal : « Dans la constellation des vitres,/l'aurore affine ses récits. »

À travers ses pérégrinations autour du monde, l'auteur décline l'infinie partition qui s'offre à sa sensibilité. Dans ce livre, le souffle des éléments se confond parfois avec celui des origines, laissant affleurer la foi de son auteur : « Encore un jour, Seigneur, pour Te louer. (…) Les mots sont illusoires. J'entends alors/en contrebas comme pour se moquer, trois fois sur le fumier/du monde, avec les frottements de l'aube, le cri du coq accusateur. »

De facture plus épurée, mais d'une veine comparable, l'ouvrage de Jean Pichet s'attelle à la même quête : Un calme orage (Éd. L'Arrière-Pays, 76 p., 12 €), ou l'oxymore des sentiments. « La nuit est claire dans l'inhumaine/Sérénité du ciel./Je vais parmi les arbres, et tu viens/Au son des feuilles…/ Plus de peur./ Le temps vole,/Effleure nos souffles,/Presque silencieux/Au fond d'un calme orage, loin de tout. »

Chez lui aussi, la symphonie de la Création traverse l'acte poétique : « Comme le vent,/Je voudrais être une voix/Seulement, sur le rivage de tout… » L'Herbier (Éd. Jorn, 62 p., 12 €) composé par Joan-Maria Petit, en version bilingue occitan-français, parachève avec douceur cette flânerie au royaume des brises : « Dans le filet du vent/passent les nuages et le chemin/s'ouvre au large de l'été matinal…/ La bergère tient dans la main/un bâton de noisetier/et conduit le troupeau/au frémissement des fontaines/dans le temps de son cœur/et la respiration des arbres. »

François-Xavier Maigre

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