mercredi 28 novembre 2012

L'éditeur Grégory Solari : "Le livre lui-même est une sorte de continuité du corps humain"

Interrogé par Dominique Greiner dans La Croix, sur le fait de savoir si l'édition numérique constitue une menace pour le livre religieux, Grégory Solari, directeur de la maison Ad Solem spécialisée dans la spiritualité et la poésie, livre une analyse nuancée sur l'avenir de l'édition. Cet éditeur estime que le papier répond à la spécificité d'un certain type de littérature :

"Pour le christianisme, il y a le livre, le codex qui prend la suite du rouleau. Le rouleau avec son mouvement d’ouverture et de fermeture, d’enroulé et de déroulé participe de deux cultures: le paganisme avec l’éternel retour et le judaïsme qui s’achemine vers son accomplissement, qui le touche et se replie sur lui-même. Le christianisme adopte le codex, car celui-ci a quelque chose à voir avec la culture chrétienne. Sa forme véhicule l’idée de fin– de la ligne, de la page –, de totalité, chaque page étant solidaire d’un tout.

Le livre lui-même est une sorte de continuité du corps humain. Dans l’édition, on parle d’ailleurs de pied et de tête pour désigner les marges, des nerfs de la reliure, des caractères de la typographie, de l’œil d’une lettre. Il y a donc dans le livre quelque chose qui est absent du rouleau. Et les tablettes numériques, qui déroulent le texte, ne sont pas autre chose qu’un retour au rouleau. Le livre chrétien ne peut donc passer au numérique sans perte. C’est pourquoi je crois qu’il a encore un avenir. Dans le même temps, l’éclipse du livre est aussi un marqueur de l’éclipse de la culture chrétienne qui doit nous interroger".

Entretien passionnant à lire en intégralité sur le site de La Croix.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire